GUERRES ET INCIDENTS DES COMMENCEMENTS DE SON REGNE
Après de longues et aventureuses explorations à travers tout le territoire d'Aquitaine , nous avons enfin assisté au dénoùment de la crise féodale : les luttes du nord et du
Pour l'histoire complète des ducs d'Aquitaine , consulter X Histoire d' Aquitaine de Hauteserre, celle des Comtes de Poictoa de Besly, et les divers fragments de la Collect. des Historiens de France. Nous avons eu le regret de ne pouvoir mettre à profit les recherches du savant Dufour sur celte partie de notre histoire; mais nous espérons que la publication de ce travail, auquel l'érudition de sou collaborateur, M. de la Fontenelle, donnera un nouveau prix, complétera le tableau de l'histoire de cette période, sur laquelle nous aurions désiré nous appesantir avec plus de soins, si les limites de notre plan ne nous eussent imposé l'obligation de n'en tracer qu'un rapide aperçu.
midi vont encore cesser, et la nationalité des anciens compagnons de \\ aifer va reparaître sous de nouvelles formes et sous de nouveaux chefs. Singulière destinée que celle de ces pays d'outre-Loire, mobile en apparence , mais toujours inspirée par les mêmes sentiments et les mêmes passions. Au vui° siècle , les guerres d indépendance contre la conquête des Franks en dramatisent toutes les phases; au ix% elle puise son intérêt dans ces premiers combats qui précèdent et suivent la naissance du monde féodal. Sur ce sol aquitain , le génie d indépendance et de liberté nationale a toujours soulevé de perpétuelles catastrophes. Là , mieux qu'ailleurs, la pensée féodale dut rencontrer, ainsi que nous l'avons dit , de fougueux sectateurs : tous ces seigneurs que la conquête a jetés sur ce sol , ont respiré avec l'air de ces pays les passions des peuples qu'ils sont appelés à gouverner. Autour d eux désormais se concentre la vie historique. Les dynasties dont ils sont les héros s'installent définitivement dans les provinces ; elles doivent maintenant servir de point de ralliement à tous nos récits : et alors même qu'il nous faudrait enlacer le drame de 1 histoire dans le cercle mesquin et étroit d'une individualité seigneuriale, nous préférons suivre pas à pas les destinées des chefs qui vont régner tour à tour sur l'Aquitaine , plutôt que de perpétuer le vague et l'incertitude de nos recherches. C'est assez d'avoir traversé au hasard les périodes tumultueuses des siècles passés , pleines de luttes et de combats , il nous faut maintenant ne pas perdre de vue le descendant de notre dynastie féodale ; il est l'étendard des populations, le centre de toute l'activité de ces temps ; il nous fait aussi séjourner le plus longtemps possible dans cette cité de Poitiers, que les nouveaux chefs aquitains ont choisie pour lieu de leur résidence.
Le successeur d'Ebles le Bâtard fut Wilhem ' , l'un de ses fils , auquel les chroniqueurs contemporains ont donné le surnom de Tète-d'ëtoupes , caput stupœ. Grand a été l'embarras de certains de nos devanciers pour expliquer avec logique la bizarrerie de ce sobriquet. Les uns ont pensé que le jeune Wilhem avait reçu cette dénomination comme caractéristique de ses goûts légers et frivoles, ainsi que de l'inconstance et do l'étourderie de ses passions : d'autres , moins aventureux dans leurs hypothèses, ont cru tout simplement et dans la naïveté de leur bon sens que la couleur des cheveux du nouveau duc était l'unique raison de son capricieux surnom. Ce devait être, en effet, une chose assez nouvelle pour les populations de ces temps, que de voir à leur tète un jeune chef dont la physionomie ne ressemblait en rien à celles de ses prédécesseurs , toujours sombres, toujours noircies autant par les fatigues des combats, que par l'influence méridionale de leur patrie. Le fils d'Ebles s'éloigne de la race des Bernard ; dans ses veines circule le sang d'une femme du nord, et sa blonde chevelure diffère étrangement des noires et épaisses chevelures des premiers héros de la féodalité.
Les temps de farouche énergie sont passés : personne , pas même le roi de France , ne songe à anéantir la puis-
1 Nous devons dire quelques mots sur la désignation hiérarchique que nous avons donnée aux ducs d'Aquitaine, comprenant dans la liste les deux seigneurs du nom de Wilhem , comtes d'Auvergne , qui, suivant presque tous les historiens, ont remplacé Ranulph dans l'autorité féodale qu'il exerçait en Aquitaine ; nous avons dû assigner à Wilhem , fils d'Ebles , le titre de troisième du nom. Ce chiffre, dont nous faisons suivre la désignation nominale de nos ducs , ne sert à nos yeux qu'à établir entre tous ceux du même nom un rang d'ordre. — Quant à la distinction des ducs d'Aquitaine et des comtes de Poitiers , nous nous en rapportons à ce que nous avons dit dans les chapitres précédents , pour détruire complètement la source de ces discussions et rétablir dans sa vérité le sens historique de ces deux désignalions.
sance féodale des seigneurs du midi. Il existe même entre ces derniers et lui des rapports de bonne amitié ; il semble (pie tous cherchent à se reposer des labeurs des luttes précédentes. Il n est pas jusqu'à ce peuple vagabond , dont tant de fois nos pays ont eu à déplorer les invasions , cpii ne reste immobile dans les vastes contrées que lui ont cédées par violence les anciens rois de France. Au lieu de guerres implacables , ce sont des fêtes splendides , des chasses à travers les immenses forêts. Dans une de ces réunions d'un grand nombre de seigneurs , Wilhem choisit pour femme la fille d'un chef normand, sur l'existence et le nom de laquelle les chroniques ne nous fournissent aucuns détails satisfaisants. Elle s'appelait Adèle ou Gerloc, disent-elles ; et elle avait pour père un chef du nom de Wilhem. Leurs auteurs ajoutent même que ce dernier , Lorsqu'il voulut rétablir le monastère de Jumiège fondé par St Philibert , demanda au duc d'Aquitaine , son beau-frère , de lui envoyer dix moines de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiei's pour l'aider dans ses projets : ce que Wilhem accorda avec grand plaisir.
La puissance féodale des ducs d'Aquitaine avait acquis à cette époque une telle stabilité , que Wilhem Tête-d'étoupes n'eut à repousser aucune attaque sérieuse de la part des rois de Paris. Bien au contraire , il intervient avec une certaine énergie dans les révolutions qui s'accomplissent au-delà de la Loire ; il se fait le soutien des derniers débris de la dynastie impériale , des descendants de ces hommes contre lesquels ses aïeux ont si souvent combattu. C'est en Aquitaine , en effet , que le fils de Charles le Simple , Louis , vint chercher un refuge, de peur d'avoir à subir dans ses états révoltés le même supplice que son père , mort prisonnier en la tour de Péronne, vers l'an 929. 11 se rendit
dans la cité de Poitiers presque seul, abandonné par les siens '; lui, le rejeton de ces terribles vainqueurs de l'Aquitaine, il supplie l'ancien ennemi de sa race de protéger sa vie, et de combattre pour sa cause. L'année suivante, en 943 , Wilhem conduisit à Rouen, où se trouvait alors le roi de France , une troupe de guerriers , à l'aide desquels Louis put obtenir des seigneurs acharnés à sa perte une trêve de quelques mois, et les apparences d'une trompeuse soumission. Lors de sa mort, en 954, le duc d'Aquitaine fut un des plus ardents à soutenir les droits de son fils , qui fut couronné roi dans la cité de Reims , recevant des mains des seigneurs plus puissants que lui une autorité éphémère ;, un vain simulacre de royauté, appelant plutôt sur sa tète la haine des chefs féodaux que le respect et l'obéissance des populations. Le comte de Paris, Hugues, de la race de ces seigneurs d'Anjou, contre lesquels les ducs d'Aquitaine auront si souvent à combattre , était , dans le nord de la France , le représentant le plus énergique de l'indépendance féodale. Par l'éclat de son nom, la terreur de ses armes, il s'est institué, pour ainsi dire, le chef de toutes les populations situées au nord de la Loire. La protection qu'avait rencontrée Louis d'Outre-mer dans les états du duc d'Aquitaine, fut considérée par lui comme un acte d'hostilité contre sa puissance. Pour s'en venger, il s'avança dans le Poitou , emmenant avec lui le jeune fils de ce dernier, Lothaire, fantôme impuissant et débile de la puissance de ses aïeux , et vint assiéger la cité capitale du duché de Wilhem , qui en était absent à cette époque; c'était en l'an 955 =. Malgré les efforts d'une longue et courageuse ré—
' Au milieu d'une abi\me d'angoisses el de. détresses , dit Besly. * Besly, ffisl. des Comtes de l'oictou et ducs de Guyenne.
sistance , les habitants de Poitiers e'taient sur le point d'ouvrir aux assiégeants les portes de leur ville, si la rigueur du froid , le manque de vivres, n'eussent contraint le chef des guerriers de France à regagner les pays d'outre- Loire. Il est vrai de dire aussi avec la tradition , que la foudre du ciel, par le mystérieux pouvoir de St Hilaire^ avait jeté dans le camp ennemi la terreur et le découragement. Quoi qu'il en soit des motifs qui déterminèrent l'armée du comte Hugues à abandonner le siège, toujours est-il que Wilhem , voulant profiter de cette espèce de victoire, la poursuivit dans sa fuite jusque sur les bords de la Loire. Là un combat terrible s'engagea , et le duc d'Aquitaine , après avoir perdu une grande partie de ses guerriers, fut obligé lui-même de prendre la fuite. Il avait oublié, ajoute naïvement Besly , qu'on doit faire un pont d'or à son ennemi fuyant.
Quelques années après cet échec ' , le fils du même comte Hugues reçut du roi Lothaire le titre de duc d'Aquitaine. ^ aine et ridicule réminiscence des premiers jours de la conquête , cette investiture ne détruisit en rien la puissance de AVilhem sur ces provinces ; et s'il a été malheureux dans son enthousiasme guerrier contre l'armée du comte de Paris, son fils vengera avec énergie cette défaite qui n'amena dans lorganisation féodale de notre pays aucune catastrophe. L'inimitié de "NVilhem et du roi de France ne fut pas de longue durée , car au dire de Besly, qu'en ce moment nous copions presque textuellement, le duc d'Aquitaine accompagna ce dernier au siège de "N itry , vers l'an 963 , et obtint de lui la confirmation d'un don fait par sa femme à l'abbaye de la Trinité. La vie monotone et peu animée de
' Eu 000.
"YVilhem, d'après ce que nous rapportent les documents historiques, fut un instant troublée par la lutte qu'il eut à soutenir contre Alain Barbetorte, duc de Bretagne , au sujet des limites des deux provinces. Leduc d'Aquitaine, suivant en cela les habitudes de ses prédécesseurs, étendait son autorité jusqu'au lleuve de la Loire, comprenant de la sorte dans ses états les pays à Ilerbauges et de Tiff auges : ces prétentions réciproques allumèrent entre les deux princes une guerre assez vive dont l'issue ne nous a pas été transmise par les récits des chroniqueurs.
Durant le règne de Wilhem Téte-d'dloi/pes , la pensée religieuse trouva un défenseur énergique dans la personne d'Ebles son frère , qui devint , après la mort de leur père, évêque de Limoges. Ce saint prélat s'appliqua à rétablir les anciens monastères, si souvent ruinés pendant les guerres des siècles précédents. Dans le Poitou , celui qui fut l'objet de son aiFection était situé non loin des côtes de l'Océan , et avait été élevé en l'honneur de saint Michel , d'où lui vint le nom de Michel-en-1'IIerm. C'est là que furent déposés ses restes après sa mort , qui fut provoquée par les douleurs qu'il éprouva d'un acte de cruauté dont son ami et son futur successeur , du nom de Benoit , devint victime de la part d'Hélie, comte de Périgueux. Ce seigneur, en effet, poussé par une haine profonde contre le saint prélat, ordonna de lui crever les yeux. Quant à Wilhem , il se retira vers la fin de ses jours dans le monastère de Saint-Maixent, et termina sous l'habit de moine, vers l'an 9G3 , une existence qu'aucun événement important n'avait rendue remarquable.
Avec Wilhem son fils , auquel les chroniqueurs ont donné le surnom de Fier-à-bras , fera brachia , se ranima le drame de ces premiers temps de la féodalité. Non-seule-
ment les luttes qu'il eut à soutenir contre le roi de France et contre le comte d'Anjou jettent un vif intérêt sur la vie de ce nouveau duc , mais encore avec lui commencèrent ces discordes de familles, que les chroniqueurs de ces e'poques entourent par leurs récits d'un si naïf éclat. Pour tous les faits relatifs à ce Wilhem, il existe dans nos annales de nombreuses contradictions. Il n'est pas jusqu'à sa propre personnalité' qui n'ait été mise en doute ; car, d'après la chronique de Maillezais ' , le sobriquet sous lequel nous le connaissons n aurait été donné qu'à son fils , qui ne trouve point place dans aucune des hiérarchies de nos ducs. Quel que soit notre désir de jeter sur l'ensemble de notre histoire des indices vrais, qu'il nous suflise cependant, pour certaines questions, de signaler l'incertitude et les contradictions qu'elles provoquent , sans être forcés de nous perdre dans les diflicultés de dissertations souvent inutiles. Ainsi, est-ce bien \\ ilhem W qui eut à repousser dans les premiers temps de son règne l'invasion des guerriers de France , et dont la défaite sur les bords de la Loire par les troupes d'un seigneur du nom de Hugues , rappelle en tous points celle de son père ? Est-ce bien lui qui soutint de longues guerres contre un comte d'Anjou du nom de Geofïroi , au sujet de la domination du château et du territoire de Loudun ? Ou bien tous ces faits se rapportent-ils à son prédécesseur , ou même à un fils dont l'existence aurait échappé à presque tous les historiens ?
Cependant , à travers toutes ces ambiguïtés historiques
' Pierre de Maillezais , dans sa chronique, dit positivement que le fondateur de l'abbaye de Maillezais fut Wilhem IV , fils de Wilhem Têle-d'c'loupes , et père de celui auquel on donna le nom de Fier-à-bras. Ce document isolé na nous offre pas assez de garantie d'authenticité pour détruire la chronologie da nos ducs le plus généralement adoptée.
relatives à Wilhcm appelé vulgairement Fier-à-bras , il est des événements de sa vie qui nous semblent avoir acquis un caractère d'authenticité irrécusable , quoiqu'il laide de quelques documents, il serait encore possible de les attribuer au fils de Wilhem Tdte-détoupes : c'est la fondation du monastère de Maillezais , ainsi que les incidents d'un drame domestique qui se rapportent à cette même époque. — La tradition a entouré d'étranges circonstances les détails de cette pieuse fondation. C'était une ile^ dit la même chronique de Pierre , formée par le confluent des deux rivières de la Sèvre et de l'Autise , dont le sol était couvert par d'épaisses forêts. Là , le duc d'Aquitaine avait fait construire une maison de plaisir , dont la situation au milieu des bois favorisait merveilleusement ses goûts de chasse. Ce territoire avait pour uniques habitants des bêtes fauves sans nombre , et quelques-uns de ces hommes proscrits que le moyen-âge nous a fait connaître sous le nom générique de Colllberts '. A l'une de ses extrémités se rencontrait cependant une petite église sous l'invocation de St Hilaire , dans laquelle se célébraient de temps a autre les saints mystères. Un jour , continue la chronique , que Wilhem et sa femme, du nom d'Emme, fille de Thibault comte de Champagne , se livraient aux délices de la chasse , à travers les sombres forêts et les marécages presque inabordables , poursuivant a outrance un sanglier qu'ils étaient sur le point d'atteindre ; la bête , épuisée de fatigue, chercha un refuge à travers les ruines de cette solitaire habitation rouée au culte de Dieu. Frappée de ce spectacle , la jeune femme ordonna de ne point la tuer et de respecter la sainteté du lieu ; puis elle supplia son époux
' Voir le chap. 1" de la Ire partie.
de ne pas laisser plus longtemps ces ruines précieuses à la merci des bètes féroces , et d'y faire reconstruire dans tout son éclat une nouvelle église. Tels sont les faits , quelque peu fabuleux, que Pierre de Maillezais invoque dans son récit , pour donner sans doute plus de merveilleux à la fondation de ce monastère , qui doit devenir par la suite le centre dune circonscription religieuse dans notre province du Poitou.
La pensée religieuse d'Emme reçut sa réalisation vers 1 an 970 ' , et les premières pierres de l'édifice commencèrent à s'élever au-dessus du sol , jam parietes 'cœpli operis undèque in alto se erexerunt. Mais la joie qu'elle en éprouva fut bientôt effacée par un incident qui jeta sur le reste de son existence de douloureuses empreintes. Les détails nous en ont été transmis par le même chroniqueur. A son retour des frontières de Bretagne , Wilhem , traversant tout le territoire du Poitou, fut reçu avec grand honneur par le seigneur du château de Thouars , où il séjourna durant quelques jours. Mais , au mépris des droits de l'hospitalité , le duc d'Aquitaine conçut pour la femme de son vassal une passion effrénée , qu'il parvint après de grands efforts à faire partager à celle qu'il aimait. Le bruit de cette aventure galante arriva jusqu'aux oreilles de sa femme, qui était alors à Poitiers : pleine de colère pour cette insulte , elle résolut de se venger de sa rivale d'une manière éclatante. C'est en vain que Wilhem , répondant à ses reproches , cherche à l'apaiser et à étouffer clans son âme ses justes ressentiments. Rien n'y peut faire, ni ses prières, ni ses caresses, ni ses menaces; le cœur passionné de la fille du comte Thibault n'éprouve qu'un seul senti-
1 Nous suivons In chronologie de la même chronique.
ment , celui de La vengeance. Elle ne tarda pas, en eiFet , à donner à sa colère un libre cours. Quelques jours s'étaient à peine écoules depuis l'arrivée de Wilhem à Poitiers , qu'elle partit elle-même pour le pays de Thouars , accompagnée d'une escorte de gens sûrs : s étant avancée près du château où résidait sa rivale, elle la rencontra par hasard à travers la campagne. Sa vue ne fit que redoubler le courroux de l'impitoyable Emme ; elle se précipita ellemême vers elle , la renversa de cheval , irruens ergo toto impetu in earn de equo prœcipitat ; non contente de lui prodiguer des injures et des mauvais traitements, sourde à ses prières , elle la livra aux gens de sa suite , et, durant toute une nuit , peut-être dans les mêmes lieux témoins de ses amours avec Wilhem , elle eut à souffrir les caresses impures et les outrageux baisers des soldats qui avaient accompagné Emme ; son supplice dura jusqu'aux premières heures du jour, lorsqu'elle fut chassée ignominieusement par ceux-là même qui lavaient si indignement souillée. L'épouse du duc d'Aquitaine, après avoir si cruellement satisfait sa haine contre sa malheureuse victime , redoutant le ressentiment de Wilhem, s'achemina vers le château de Chinon qui lui appartenait. A la nouvelle des horreurs commises par les ordres de sa femme à l'encontre de la vicomtesse de Thouars , il fut saisi d'une violente colère , qu'il ne réprima que par l'impuissance dans laquelle il se trouvait de ne pouvoir la satisfaire : verùm quoniam aberat persona hujusce modi pravitatis auctrix , impunè abscesserat , furorem répressif.
Cette discorde des deux époux occasionna de longs retards dans la construction du monastère de Maillezais ; et les sauvages habitants des forêts de l'ile auraient pu encore chercher un refuge au milieu des murs à demi achevés ,
si plusieurs prélats n'étaient intervenus pacifiquement entre \\ ilhem et sa femme , qui se réunirent après deux années de séparation. Grâce à ce dénoùnient , les édifices du cloitre s achevèrent , et vers 1 an 972 , les moines , au nombre de treize, purent s'y installer sous la direction de Gaubert , abbé du monastère de Saint-Julien de Tours. Quelque temps après, des fêtes solennelles eurent lieu à l'occasion de sa dédicace , faite par l'archevêque de Bordeaux , du nom de Gumbald , assisté de plusieurs suffragants.
Les dernières années du règne de Wilhem IV se ressentirent des orages qui avaient déjà éclaté dans sa famille. Ni l'un ni l'autre des deux époux n'ont oublié leurs injures réciproques , car , vers l'an 985 , Emme abandonna de nouveau le palais de son mari pour se retirer en Anjou , où elle fit construire un monastère dans un lieu appelé Bourgueil ; elle avait entraîné dans sa fuite le seul enfant qu'elle avait eu de Wilhem , celui qui lui devait succéder dans le duché d Aquitaine. L époux délaissé ne survécut pas longtemps à cette nouvelle séparation. Accablé sous le poids de 1 "âge et des douleurs , et par mépris pour les choses de ce monde, U prit l'habit monastique et se réfugia dans L'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers. Mullo jam senio confractus , numdiakm pompam spcrncns , opud B. Cypriamim Pictavis sanctce religioms habitum suscepit. Par haine pour sa femme , ob coatcmption axoris , il chassa de Maillezais les moines qu'elle y avait appelés ., et le soumit à l'autorité ecclésiastique de l'abbé de Saint-Cyprien. \n\ douleurs morales succédèrent des souffrances physiques. C'est en vain qu'un moine , Italien de naissance et profondément versé , au dire des chroniqueurs , dans la science médicale , cherche à ranimer chez Wilhem un dernier
souffle de vie, en lui faisant avaler d'étranges potions, ex wrinâ viri; toutes les fois que les douleurs devenaient plus vives, que la mort semblait le menacer, un enfant lui apportait le précieux breuvage , et à peine avait-il vide la coupe qui le contenait, que son corps prenait une nouvelle force , que sa voix s'animait. Cependant la science du moine italien ne put opérer un miracle complet; et Wilhem, voyant sa fin approcher , écouta , les larmes aux yeux , les terribles reproches cpie lui adressaient les gens d'église sur ses dérèglements passés , et ce fut sans doute pour échapper à la rigidité et à l'amertume de leurs paroles qu'il abandonna le monastère de Saint-Cyprien pour se retirer à Sainl-Maixent. Là , sous l'inspiration de ses nouveaux frères, il résolut de se réconcilier avec sa femme, et lui envoya à cet elFet quelques-uns des siens pour la ramener près de lui , afin de pouvoir avant de mourir lui adresser un dernier adieu , priusquàm se amara opprimât mors. Touchée du repentir de son époux , Emme s'achemina avec son fils vers le monastère de St-Maixent, oii Wilhem mourut quelque temps après.
Pendant que Wilhem , ce dernier héros de la lutte féodale, qualifié avec tant d'énergie par les historiens contemporains de Bras de fer , rendait le dernier soupir dans le monastère de Saint-Maixent, en proie aux regrets de sa vie passée cpie ne pouvaient effacer les paroles de paix jetées par sa femme sur sa tombe à demi-ouverte, la victoire que nos provinces ont si rudement conquise se révèle dans un fait, lequel, suivant nous, doit être la limite définitive du monde ancien et du monde nouveau. 11 advint qu'un certain guerrier du nom d'Aldebert , comte de la cité de Périgueux^ s'avança à travers le territoire poitevin, et, api'ès quelques succès remportés près de la ville capitale
d'Aquitaine , il alla mettre le siège devant la cité de Tours. Quels étaient ses projets et ses espérances? Voudrait-il par hasard franchir la Loire pour menacer les pays soumis à l' obéissance du roi de Paris? Le petit nombre de guerriers qui l'accompagnent dans son expédition ne peut lui suggérer de telles ambitions. Disons-le, il cédait tout simplement à ce vague instinct qui dans ces siècles poussait le guerrier du moyen-âge à d'aventureuses courses ; et ses victoires ne peuvent en rien troubler l'autorité de celui qu'ils appellent , par-delà le grand fleuve, roi de France. Mais si ses armes n'ont aucune force pour frapper cette puissance royale si souvent et si rudement en contact avec celle de nos ducs, sa langue du moins se chargea de compléter les victoires de ce dernier , en jetant à la face de la royauté de Paris l'expression la plus vraie de l'existence féodale. En effet , au moment où les guerriers d'Aldebert menaçaient d'envahir la cité de Tours, le roi de Paris crut anéantir son ennemi en lui adressant par message cette question : Qui t'a fait comte? Pour toute réponse Aldebert lui répliqua : Qu'est-ce qui t'a fait roi? Voilà la fierté féodale à son apogée. Ce n'est plus même le chef d'une immense étendue de terrain , un duc d'Aquitaine par exemple, qui jette à la face du pouvoir royal un semblable défi , mais bien un simple guerrier, inconnu jusqu'alors, et que l'histoire aurait oublié , s'il ne s'était chargé de signifier au roi de France l'autorité réelle des souverains féodaux et la légitimité incontestable de leur usurpation.
Quelle que soit la pensée historique des paroles d'Aldebert , toujours est-il que , repoussé des frontières du pays de Tours, il rentra dans le Poitou, et vint mettre le siège devant le château de Gençay, nouvellement reconstruit par les ordres de Wilhem. Contre cette forteresse s'élevèrent
longtemps les attaques des seigneurs voisins ; contre, ses hautes murailles , en effet , venaient se briser leur fougue et leurs ambitions de conquêtes. Le comte de Périgueux ne s'inquiète nullement quel est l'ennemi qu'il a à combattre. Dans ce monde il ne reconnaît d'autre puissance que celle de sa volonté' et de son caprice. Adviennent donc les chances du combat. Les efforts des assiégeants redoublaient pour emporter le château , lorsqu'Aldebert , déjà presque vainqueur, dit le chroniqueur, s'étant avancé sans cuirasse, nudus armis, près des murailles, fut percé par une flèche, et mourut avant d'avoir réalisé ses projets de victoire. Mais son frère apparut bientôt, surreccit pro eo, continue le même chroniqueur , autant pour venger sa mort que pour jeter à bas les murs toujours menaçants de la forteresse assiégée. La nouvelle de la mort du duc d'Aquitaine l'encouragea dans ses desseins. Et puis sur la destinée de Boson , ce frère d'Aldebert , planent d'étranges présages. Sa femme , du nom d'Adalmode , excitée soit par une pensée d'ambition , soit par tout autre sentiment , a arraché aux mystères de l'avenir une terrible prophétie. A l'aide de sortilèges et de paroles magiques , elle est parvenue à connaître quelle deviendrait un jour comtesse de Poitiers et duchesse d'Aquitaine.
L'occasion était belle, en effet, pour porter ce titre. Au vieux AVilhem Fier-à-bras avait succédé le seul rejeton de son déplorable mariage avec la fondatrice du monastère de Maillezais. C'était un jeune homme remarquable par son intelligence et sa beauté ; seule consolation sur cette terre à l'infortunée Emme, il avait recueilli dans son jeune âge tous les soins de sa tendresse ; élevé dans le monastère de lîourgueil au milieu de saintes occupations et de pieux enseignements, il est appelé à faire revivre dans nos contrées
les souvenirs de Louis,, le fils de Charles le Grand. Boson , l'esprit troublé par les sombres prévisions cpi'y avait fait naître sa femme, devint l'ennemi le plus acharne du jeune duc d'Aquitaine. Il croit pouvoir briser la fatalité de Y oracle par l'énergie de sa haine , et reconquérir l'amour de sa femme par ses futures victoires. 11 accourut donc vers le château de Gençay , bien décidé a commencer par sa destruction une rude guerre au nouveau comte de Poitiers.
A peine AVilhem a-t-il appris l'attaque de Boson, qu'il marcha pour délivrer ses guerriers assiégés et réprimer l'insolence de son ennemi par la force de ses armes, armis ultricibus , dit le chroniqueur. Après avoir étudié la position de l'armée de Boson , il dispersa à travers les rangs de ses guerriers une foule de jeunes gens de race noble , accourus des diverses parties de l'Aquitaine pour commencer sous les ordres du jeune duc lexistence militaire à laquelle ils étaient destinés. Ces préliminaires étaient à peine achevés , que les deux armées en vinrent aux mains. Après une sanglante mêlée, dans laquelle presque tous les soldats de Boson furent massacrés , ce dernier prit la fuite , ajournant à des temps plus prospères ses espérances de victoire sur Wilhcm , et l'anéantissement de la fatale prophétie qui pesait sur lui. Le jeune duc poursuivit sa marche triomphante jusque vers le château appelé par les contemporains Rupes Mcdeldis ' , situé non loin du monastère de Charroux , et occupé par les hommes de Boson. A peine s'étaitil présenté devant la forteresse, que les portes s'ouvrirent à lui.
Cette victoire si facile pouvait devenir funeste au comte de Périgueux; car c'était ce même château qu'il avait choisi
' riocbcmeau.
comme lien d'asile pour sa femme Adalmode, et dont les murs bien fortifies devaient la protéger contre les malheurs de la guerre , et surtout écarter loin d'elle tous les événements qui auraient pu donner quelque réalité aux rêves chimériques de son imagination. Y avait-il dans cette rencontre , et principalement dans la prompte reddition de la forteresse, quelque velléité de la part d' Adalmode, d'aider un peu dans leur réalisation ses croyances magiques, et de donner gain de cause à l'oracle , en tombant de la sorte au pouvoir de celui qu'il lui avait fait pressentir devoir être son époux ? Sur ces mystères , silence des chroniqueurs contemporains ; ils nous disent seulement que la jeune femme, suivie de Candide sa mère, se présenta devant le vainqueur. Elle avait toute la beauté de la jeunesse , lasciviam juventutis , ajoutent-ils ; et la première pensée de Wilhem fut de venger l'injure que lui avait faite Boson , en réalisant à demi la prophétie d'Aldamode. Mais sa générosité triompha de ce premier mouvement ; et loin de satisfaire ses passions, tradens illam ludibrio , dit le chroniqueur, il eut pitié de ses malheurs et de sa jeunesse ; l'ayant donc confiée à une escorte de gens fidèles , il la lit conduire avec grand honneur dans son pays.
Cette rencontre fortuite , lacté de générosité qui en fut le dénoùment, les mystérieuses hallucinations de la jeune femme , et surtout sa beauté remarquable , firent naifre entre elle et Wilhem des sentiments d'amour, dont la force servit sans doute plus puissamment les désirs d'Aldamode que les secours de la magie et des sortilèges. Quelques mois s'étaient en effet écoulés, qu'elle devint duchesse d'Aquitaine et comtesse de Poitiers , en unissant ses destinées à celles de Wilhem. Les détails qui accompagnèrent la mort de Boson nous sont complètement inconnus. D après
le récit d'Adémar , il aurait été empoisonné par sa femme ; mais ce chroniqueur, en désaccord avec le récit de l'historien de Maillezais , donne pour époux à cette même Adalmode le comte Aldebert tué sous les murs de Gençay. Quant à cette femme , il y a donc autour de sa vie autant de mystères cpi'elle en jetait elle-même dans sa bizarre destinée. Mais avant le dénoùment tragique de la vie de Boson, il soutint contre Wilhem plusieurs combats ; il fut même vainqueur dans la défense du château de Bellac , cpie son père avait fait construire sur la frontière du pays de Limoges, et quêtait venu assiéger le duc d'Aquitaine, soutenu par le roi Robert : là s'étaient réunis tous les guerriers des deux pays pour opposer leurs efforts à la courageuse résistance de Boson.
Plus tard , et devant ce même château de Rupes Medeldis , où s était révélée la grandeur d'âme de Wilhem, une nouvelle rencontre eut lieu entre lui et Boson. Les chances du combat se balancèrent longtemps entre les deux guerriers ; mais enfin la victoire resta au duc d'Aquitaine, qui s'empara pour la seconde fois de la forteresse. Au dire d'un chroniqueur , ce fut dans cette lutte que le comte de Périgueux tomba entre les mains de Wilhem, cpii usa envers lui de la même générosité qu'à l'égard d'Aldamode , car il le renvoya sain et sauf dans ses états : inimicam suam occiclere noluit , sed usus pietate illœsum eurn sacramenlis absolvit. Cette conduite de Wilhem vis-à-vis de Boson détruit de la manière la plus éloquente les insinuations que l'on pourrait, en se servant de la version d'Adémar , jeter sur ses amours avec Aldamode , et elle confirme le récit du chroniqueur de Maillezais qui ne parle pas d'empoisonnement, lorsqu'il énonce la mort subite de Boson. Dans ce dernier combat , le duc d'Aquitaine eut pour compagnon
d'armes un guerrier du mime nom que lui, Wîlhem comte d'Angoulème , homme dune sagesse remarquable , dit l'historien. Leurs destinées furent étroitement liées : car ils s'aimèrent d'une amitié telle , continue le chroniqueur, qu'il semblait qu'il n'y avait qu'une seule âme clans ces deux corps, ut esset eis in duobiis corporibus anima una. Avec les mêmes projets , les mêmes espérances, ils se soutiennent l'un l'autre dans les combats ; amitié sainte et noble , aurore brillante des beaux jours de la chevalerie. Lorsque Wilhem d'Angoulème alla assiéger le château de Blaye , le jeune duc l'accompagnait , et la résistance des assiégés fut vaincue par leurs efforts réunis. Non - seulement ils s'entr'aident dans les guerres qu'ils ont à soutenir ; mais encore, durant la paix, dans les conseils et dans les assemblées , ils se prêtent l'appui de leur sagesse et de leur prudence : aussi, pour récompense de cet attachement sincère, le comte Wilhem fut-il gratifié par le duc d'Aquitaine de plusieurs places fortes, entre autres de Melle, Ruffec et Confolens.
Les attaques qu'eut à soutenir Wilhem contre Aldebert et Boson ne furent pas les seules qui troublèrent les premières années de son règne. La cité de Périgueux est inépuisable à lancer contre lui de nouveaux adversaires. Un des parents de Boson, irrité de la préférence accordée par Wilhem aux fds d' Aldebert et de Boson pour le comté de la Marche et celui de Périgueux, décision qu'il avait prise après ses dernières victoires , en ayant soin toutefois de placer près de ces jeunes chefs deux hommes fidèles , Umbert et Drutus, qui devaient leur servir de tuteurs, s'apprêta à diriger contre la puissance du duc de nouvelles attaques , et il vint placer son camp à deux milles de la cité de Poitiers. Parmi les guerriers que Hildebert avait appelés
à son secours se rencontrait lingues , seigneur d'un château voisin ; plusieurs autres étaient attendus, et de ce nombre e'tait Foulque comte d'Anjou , lorsque les habitants de Poitiers, dans une sortie aussi vigoureuse qu'inattendue, essayèrent de repousser les assaillants. La victoire allait couronner leurs efforts , lorsque Hugues invoqua , aux dires du chroniqueur, pour ranimer le courage presque éteint de ses guerriers, l'intervention miraculeuse de St Benoit. La veille du combat il avait reçu des moines d'un monastère voisin plusieurs pains, les mêmes dont ces derniers "avaient coutume de se nourrir; au milieu de la mêlée, il se fit apporter ces pains précieux, et en ayant distribué les fragments à ses soldats , le combat devint plus acharné, et les Poitevins, dont les cris de victoire retentissaient déjà , furent défaits et contraints de regagner les murs de leur cité. Et chose remarquable, ajoute le naïf historien, de tous ceux qui avaient goûté le pain miraculeux des moines de St-Benoît , pas un ne reçut la plus légère blessure.
Telles furent les luttes qu'eut à repousser dans les premiers temps de son règne le jeune duc d'Aquitaine. Ce n'étaient plus de ces combats terribles dans lesquels la puissance féodale est mise en péril , et la couronne ducale conquise avec l'énergie du glaive. Tout est stable désormais dans cette autorité. Il y a bien quelques seigneurs, tels qu Aldebert , Boson et Hildebert , cpii cherchent à briser les liens de suzeraineté qui les attachent au duc d'Aquitaine, récusantes impcrium , mais ils sont vaincus, leurs châteaux renversés , de telle sorte que le chroniqueur résume par ces paroles leur position de dépendance et de soumission vis-à-vis de Wilhem : Qui comili eidem conabantur Aquitanici primons vel cdomiti , vel prostrati sunl : ut nemo contra euni levare auderel manum. Du reste , les seigneurs
d'au-delà la Loire aspirent presque tous à jouir des fruits de leurs labeurs : des alliances se contractent, les amitiés se resserrent; ils cherchent à affermir ainsi leur indépendance , à l'asseoir non sur des ruines , mais sur de bons châteaux bien fortifiés ; ils reconstruisent ceux qui ont été détruits. Ils n'oublient cet appareil de force que pour donner leurs soins à l'élévation de nouveaux monastères ; enfin , la guerre semble avoir ajourné pour quelque temps ses cris de fureur et ses scènes de dévastation. Ce besoin d'union et de paix se fit bien plus vivement sentir lorsqu'une peste terrible éclata dans le pays de Limoges. C était un feu ardent qui brûlait les entrailles de ceux que la maladie saisissait ; hommes et femmes , jeunes et vieux , tous tombaient victimes du fléau. La désolation était partout. Ce spectacle des misères humaines donna aux esprits une exaltation religieuse , en propageant la croyance de la fin du monde. A quoi bon les combats , les périls et les chances de la victoire, s'écriait-on de toutes parts, puisque le courroux du ciel menace d'exterminer à chaque instant les plus fougueux d'entre les guerriers ! C'est en vain que Wilhem , d'accord avec le pieux abbé de Saint-Martial , et Âlduin , évèque de la cité de Limoges , ordonne dans toute la province des prières et des jeûnes. Rien n'y peut faire. Il n'est pas jusqu'aux reliques du grand saint d'Aquitaine qui viennent, dans des processions solennelles, abdiquer aux yeux des contemporains leur toute-puissance. C'était bien , il est vrai , une consolation pour les peuples que cet enthousiasme et ces prières , mais la maladie est tenace , et bien des victimes disparaissent avant que Dieu, tant de fois invoqué, n'en arrête la marche. Ce fut sous le coup de cette calamité que les chefs féodaux d'Aquitaine résolurent de faire cesser entre eux tout combat ,
et qu'ils contractèrent cette alliance qui fut appelée Irève de Dieu.