‹ Histoire générale du Poitou (volume 2)Chapitre 17 sur 41 · REPRÉSENTANTS DE LA POÉSIE ROMANE · texte numérisé non relu

REPRÉSENTANTS DE LA POÉSIE ROMANE

La mort d'Alphonse , comte de Poitiers , conféra , à défaut d'enfants issus de son mariage avec Jeanne de Toulouse , la possession de notre territoire au fds de St Louis, Philippe , auquel les historiens contemporains donnent le titre de Hardi , en mémoire de la bravoure que le jeune prince avait déployée dans les expéditions des armées de France en Terre-Sainte. Son premier acte , lorsqu'il vint dans le Poitou, fut de confirmer les chartes municipales données à la cité de Poitiers par les précédents rois de France ; ce monument est daté de Pons en Poitou, au mois de février 1721 . Le nouveau monarque, suivant en cela les habitudes de ses prédécesseurs , cherche à conquérir les sympathies des habitants des cités de la nouvelle province. Il s'éleva bien quelques difficultés à l'occasion de la prise

en possession des états du comte Alphonse ; cette fois elles ne sont pas provoquées par les prétentions des rois d'Angleterre ; c'est un prince de la même famille que Philippe le Hardi , Charles d'Anjou , roi de Sicile , qui revendique ses droits sur la succession de son frère. Le parlement de Paris appelé à décider sur la validité des prétentions de ce prince, donna gain de cause au roi de France, et confirma pleinement la possession de ce dernier '.

Hors ces faits , l'histoire générale ne nous transmet aucun événement dont le Poitou ait été l'objet ou le théâtre vers la fin du xiii" siècle. Les puissances rivales s'organisent, s'installent au milieu de pacifiques travaux, pour pouvoir jeter dans les guerres du siècle suivant toute leur activité , toute leur énergie. La domination française sur notre province à cette époque est presque nulle , si nous en jugeons par le manque complet de documents historiques relatifs k ces temps. Les cités peuvent largement et sans obstacle jouir des privilèges et des libertés qu'elles ont conquis au milieu des luttes qui ont signalé la fin du xne siècle. Rarement nous les rencontrons aux prises avec les officiers du roi de France , sénéchaux, baillis ou viguiers; et si quelques démêlés apparaissent dans l'histoire communale de la cité de Poitiers, ils n'ont point pour cause des envahissements de la part du pouvoir vainqueur, mais ils sont provoqués par le contact d'autres droits et d'autres franchises. C est ainsi qu'en 1287 la commune de Poitiers eut de vives contestations avec les religieux de l'abbaye du Pin, qui , se fondant sur un privilège à eux octroyé par Richard Cœur-de-Lion , comte de Poitiers , voulaient exercer, d'une manière complète leur droit de minage dans la cité capi-

' Thibaudeau.

taie du Poitou. Cette discussion , qui se renouvela depuis bien des l'ois, se termina alors à l'avantage des habitants de cette ville. — Les chefs de cette dernière commune avaient déjà eu occasion, vers l'an 1275, de donner un témoignage de leur puissance et surtout de leur bon vouloir à l'égard des populations. Dans l'intention de remédier d'une manière efficace aux vols impudents que les meuniers exerçaient à l'égard des habitants , ils leur ordonnèrent , sous des peines fort graves, de cesser leurs criantes friponneries ; ils indiquèrent même une nouvelle forme de construction pour leurs moulins , moins favorable sans doute h la fraude '. Il est vrai d'ajouter cpie ces sages mesures tombèrent bientôt en désuétude , mais elles n'en révèlent pas moins à cette époque l'action de la puissance municipale confiée à certains habitants que la confiance du peuple avait appelés à cette dignité.

Au règne de Philippe le Bel, successeur du fds de saint Louis mort en 128G, commence véritablement pour la France une ère nationale. Si, dans les siècles précédents, la royauté de Paris s'est trouvée aux prises avec les souverainetés seigneuriales du midi; au xiv°, elle lutte avec énergie contre deux puissances plus terribles encore, celle de l'église et celle de la féodalité 2 personnifiées dans la papauté et la chevalerie. Contre elles s'insurgea le nouveau roi de France. Quoique les événements auxquels se rattache l'histoire de cette époque soient presque complètement étrangers à celle de notre province , nous devons cependant les mentionner; car ce fut dans la cité de Poitiers , lors du séjour qu'y firent Philippe le Bel et le pape Clément V, que se trama la pensée de la persécution dirigée

1 Hisl. manusr. du Poitou, par Bourgeois. — Dom Fonleneau. ' Michèle!, Hist. de France, t. S.

contre les templiers. Quant à la lutte que le roi de France soutint contre le pape Boniface VIII, l'explosion en lut encore provoquée par les projets d'insurrection de la part des seigneurs du midi , projets qui rencontrèrent dans la cour de Rome d éclatantes protections. L'évêque de Pamiers , Bernard de Saisset, fut lame de cette insurrection contre la France dans les pays de Languedoc ; il chercha à y enrôler les puissants comtes de Comminges et de Foix ; il faisait entendre aux populations méridionales ces paroles : '( Les Français ne feront jamais de bien , mais plutôt du mal au pays. » Contre le roi de France circulaient encore de véhémentes satires : « C'est un faux monnayeur , son argent n'est que de l'ordure, » disait-on. L'arrestation de Saisset termina bien , il est vrai , les germes de soulèvement qu'il cherchait à jeter dans le midi, mais alors la lutte s'établit entre le pape qui revendiquait son évèque , et le roi de France qui voulait faire justice de ses coupables tentatives. Ce fut au milieu de ces divers événements , dans lesquels les passions politiques de ces temps jetèrent tant d'aigreur et de liel, que les états de France furent convoqués le 10 avril 1302. Jusqu'alors les deux grandes lignes de démarcation entre les peuples du nord et du midi , s'étaient reproduites dans les formations de ces assemblées connues sous le nom d'états ; les pays de langue doil et de langue d'oc avaient eu leur représentation spéciale : dans rassemblée convoquée par Philippe le Bel , les deux éléments se confondirent; l'unité nationale succéda à cette double représentation : ce fut un pas immense vers la fusion complète des diverses populations.

Nous n'avons pas la pensée de reproduire dans tous leurs détails les diverses catastrophes de ce combat acharné entre le pape et le roi de France , dont le dénoùment assura à

ce dernier une victoire complète , ni de rappeler les nombreuses guerres contre les communes de Flandre , pour lesquelles les exigences du fisc vinrent accabler nos contrées, et y raviver les souvenirs des précédentes conquêtes dont notre pays avait été victime. Notre unique préoccupation est de mettre en relief les seuls événements dont notre province fut le théâtre. — En \ 303 , le roi de France vint dans le Poitou et séjourna dans la ville de Saint-Jeand'Angély , où il fut rejoint par l'archevêque de Bordeaux , Bertrand de Got. C était au moment où les cardinaux, enfermés en conclave à Pérouse , s'occupaient d'élire un nouveau pape en remplacement de Benoit XI qui avait succédé à Boniface A III. Les deux partis , le français et lantifrançais , étaient en hostilité ouverte, et ils n'avaient pu terminer leur rivalité qu'en convenant que tous les deux désigneraient trois candidats, et que l'autre parti choisirait. Ce fut au parti français à choisir, et il désigna Bertrand de Got. Telles sont les circonstances qui rendent importante aux yeux de 1 histoire l'entrevue de l'archevêque de Bordeaux et du roi de France dans la petite ville de Saint-Jean. Ils se réunirent dans une forêt voisine de cette cité; et l'historien A illani , dont les affirmations nous paraissent plus que hasardées , s'est chargé de dévoiler les secrets de cette mystérieuse rencontre ; voici comment il s exprime : « Ils entendirent la messe , et se jurèrent le secret. Alors le roi commença à parlementer en belles paroles pour le réconcilier avec Charles de\ alois. Ensuite il lu? dit : « Vois, archevêque , j'ai en mon -pouvoir de te faire pape, si je veux ; cest pour cela que je suis venu vers loi; car si tu me promets de me faire six grâces que je te demanderai , je t'assurerai cette dignité , et voici ce qui te prouvera que j'en ai le pouvoir. » Alors il lui montra les lettres et délégations de l'un

et 1 autre collège. Le gascon , plein de convoitise, voyant ainsi tout-à-coup qu il dépendait entièrement du roi de le faire pape, se jeta comme éperdu de joie aux pieds de Philippe, et dit : « Monseigneur , cest à présent que je vois que tu ni aimes plus qu'homme qui vive , et que tu veux me rendre le bien pour le mal. lu dois commander, moi, obéir, et toujours j y serai disposé. » Le roi le releva, le baisa à la bouche , et lui dit : « Les six grâces spéciales que je te demande sont les suivantes : la première , que tu me réconcilies particulièrement arec /église , et me fasses pardonner le méfait que j ai commis en arrêtant le pape Boni face ; la seconde , que tu rendes la communion à moi et à tous les miens • la troisième , que tu m accordes les décimes du clergé dans mon royaume , afin d aider aux dépenses faites en la guerre de Flandre ; la quatrième , que tu détruises et annules la mémoire du pape Boniface; la cinquième, que tu rendes la dignité de cardinal à messër Jacobo et messer Piero de la Colonne , que tu les remettes en leur état , et qu avec eux tu fasses les cardinaux certains miens amis. Pour la sixième grâce et promesse , je me réserve d'en parler en temps et lieu ; car c'est chose grande et secrète. » L'archevêque promit tout par serment sur \ecorpus domini, et de plus , il donna pour otages son frère et deux de ses neveux. Le roi , de son côte , promit et jura qu'il le ferait élire pape. »

« Le pape de Philippe le Bel , continue M. Michelet auquel nous 'empruntons ce récit , avouant hautement sa dépendance, déclara qu'il voulait être couronné à Lyon. Ce couronnement, qui commençait la captivité de l'église, fut dignement solennisé. Au moment où le cortège passait, un mur chargé de spectateurs s'écroule, blesse le roi et tue le duc de Bretagne. Le pape fut renversé , la tiare

tomba. Huit jours après, dans un banquet du pape, ses gens et ceux des cardinaux prennent querelle, un frère du pape est tué. m Tels furent les pronostics qui précédèrent Le futur règne de l'archevêque de Bordeaux , Bertrand de Got , connu dans l'histoire sous le nom de Clément V.

Si le roi de France cherchait partons ses efforts à élever sa puissance au-dessus de celle de Borne , à comprimer les révoltes des communes du nord , il ne craignait point de s'abaisser jusqu'à solliciter les riches héritages de ses vassaux. 11 apprit, vers ce même temps, que le comte de la Marche et d'Angoulème, Guy de Lusignan , ce rejeton de cette puissante et formidable souche féodale , était en proie à une maladie mortelle. Il accourut promptement dans la cité de Poitiers où séjournait alors le vassal moribond , et à force de supplications il obtint de lui par voie testamentaire le don de tous ses biens. Ce legs, arraché à un vieillard malade, rencontra dans la famille éteinte des Lusignan quelques contradicteurs : ce furent les sœurs du défunt , ses uniques héritières, qui essayèrent par une faible opposition d'arracher au roi de France le magnifique héritage qu'il venait de recueillir. Impuissante et vaine tentative que Philippe le Bel apaisa promptement en livrant à l'avidité collatérale quelques bribes de la succession disputée '. Il est vrai de dire , à l'honneur du roi de France, que lors de la mort du seigneur de Lusignan , il lui lit élever à ses frais un superbe tombeau dans l'église des Jacobins de Poitiers, autant pour rappeler la noblesse de son antique famille , que comme témoignage de sa sincère reconnaissance.

Vers le même temps , en 130G, l'évèque de Poitiers , le successeur de Hugues de Chàteauroux , vint à succomber,

1 Morùri , Dut. hist

486 LAi\ClE>,

victime de la liai ne de l'ancien archevêque de Bordeaux , le nouveau pape Clément V. La lutte cpie soutint Gauthier de Bruges , ainsi s'appelait ce prélat , contre l'ami de Philippe le Bel, donne une idée assez juste de l'anarchie qui existait dans le monde sacerdotal aussi bien que dans le monde politique. C'était un homme passionné que ce Gauthier de Bruges. Ancien moine de l'ordre religieux des franciscains, il avait dû à la faveur de Nicolas III sa nomination à la dignité épiscopale. Son élection avait même été précédée dans la cité de Poitiers par un soulèvement populaire , dirigé non contre lui , mais bien contre les réformes apportées au mode d'élire les évêques. Avant Hugues de Chàteauroux , le peuple participait à leur nomination, et par de nouvelles mesures ce droit fut donné aux seuls chapitres des cathédrales. Le prédécesseur de Gauthier, nonobstant de vives protestations , avait été élu de cette façon ; et lors de sa mort , de nouvelles réclamations s'élevèrent , et ce fut pour les apaiser que le pape décerna au moine Gauthier la dignité vacante. Cette nomination , en effet , calma toutes les passions , et le nouvel évèque , pour lequel les populations avaient manifesté un vif enthousiasme , fut accueilli avec grande joie dans la cité de Poitiers '. Depuis un grand nombre d'années, il gouvernait avec talent son église , lorsqu'une discussion violente éclata entre l'archevêque de Bourges et celui de Bordeaux , au sujet de la primatie d'Aquitaine. Gauthier, dont le caractère se ressentait des passions de sa remuante patrie, la cité de Bruges , embrassa avec énergie le parti du prélat de Bourges , Gilles de Rome, de la célèbre maison de Colonne. Une violente polémique s engagea entre les deux adversaires , dans la-

' Uist. manusc. du Poitou , par Bourgeois.

quelle tous les deux invoquèrent à l'appui de leur cause diverses bulles émanées du souverain pontife. 11 paraîtrait que, dans cette discussion purement canonique, la victoire ne resta point à l'archevêque de Bourges, car il l'abandonna promptement pour recourir à des armes plus véhémentes encore, celles de l'excommunication. Gauthier reçut de son ami plein pouvoir pour lancer contre Bertrand de Got les foudres canoniques. Quoique suffisant de l'archevêque de Bordeaux , il lui ordonna d'abandonner la qualité de primat d'Aquitaine qu'il s'arrogeait indûment, et, en cas de refus, il le menaça de l'excommunication. Bertrand de Got, loin de céder aux injonctions de l'évêque de Poitiers , persista à soutenir ses droits à la dignité qui lui était contestée : alors Gauthier lança contre lui la formule d'excommunication. Jusque-là tout semblait favoriser la victoire du prélat de Bourges sur son rival , lorsque ce dernier fut promu, ainsi que nous l'avons vu, au trône pontifical. Les rôles changèrent alors ; et l'excommunié, tout en prenant la tiare, n'oublia point la conduite qu'avait tenue à son égard l'évêque de Poitiers. Le courageux complice de l'archevêque de Bourges fut chassé de son siège épiscopal , et Clément V lui ordonna de se retirer dans le couvent des Cordeliers de la ville de Poitiers. Vers le même temps , il déclara par une bulle l'indépendance de l'église de Bordeaux de celle de Bourges. Gauthier de Bruges, quoique vaincu, protesta contre la condamnation qui le frappait , avec la même énergie qu'il avait déjà attaqué Bertrand de Got. Il en appela au futur concile, et à Dieu même, pour le venger de l'injustice et de la violence dont il était victime. A son lit de mort, il prononça contre Clément V les mêmes paroles accusatrices , et il ordonna que lors de son décès , qui arriva un an après

sa déposition, on plaçât entre ses mains le parchemin

sur lequel il avait rédigé lacté solennel de sa protestation.

Le courage que montra jusque dans ses derniers moments 1 évèque de Poitiers, a laissé dans la tradition de singuliers souvenirs. Elle rapporte qu à l'un des voyages que le pape Clément V fit dans la capitale du Poitou , il lui prit fantaisie de faire arracher des mains du factieux Gauthier cet acte , monument de la condamnation dont il avait frappé ce prélat. Mais le cadavre résista aux ordres de Clément ^ , perpétuant, après la mort de celui dont il avait été l'enveloppe humaine , l'énergique indépendance de sa vie tout entière , et le parchemin resta entre ses mains décharnées. Le diacre chargé par le pape de cette mission descendit de nouveau dans le sépulcre, au milieu des ombres et du silence de la nuit , et ayant interpellé le cadavre, une voix étrange se fit entendre , et lui répondit que l'acte serait confié au pape , à la seule condition qu après lavoir lu, il le ferait replacer au même lieu où Gauthier avait ordonné de le mettre. A la suite de cette mystérieuse conférence , et au moment où le diacre s'apprêtait à franchir le seuil du caveau sépulcral , une main invisible le retint enchaîné en ce lieu , jusqu'à ce que le pape eut renvoyé la protestation de Gauthier. Depuis ce temps, ajoute la tradition, avant pour organe un prêtre de l'église de Loudun , Clément V eut pour l'ancien évèque de Poitiers une trèsgrande vénération ; il lui fit même élever un superbe tombeau dans ce même monastère qu'il lui avait désigné comme lieu d exil.

Nous n'avons reproduit ce bizarre langage de la tradition que comme un témoignage sincère de 1 admiration que provoqua dans l'église de Poitiers la courageuse résistance de son ancien évèque. Sa mémoire n avait nullement

besoin tic cette ovation presque fabuleuse , pour trouver dans l'histoire de notre province une mention justement méritée. Car, au nom de ce prélat se rattache non-seulement le souvenir de la lutte qu'il soutint avec courage contre l'archevêque de Bordeaux , mais encore celui de plusieurs ordonnances synodales qu'il promulgua pour l'administration de son évêché. Durant plus de trente années, il gouverna avec gloire l'église de Poitiers, rappelant à ces époques d agitation, parla multiplicité de ses travaux et la sainteté de sa vie , l'exemple des premiers évèques du christianisme. Outre les sages règlements qu'il lit pour son église , il a laissé comme monuments de son zèle et de sa science , un commentaire en quatre livres sur le livre du Maître des sentences , qui fut considéré alors comme un traité complet de théologie, un grand nombre d'extraits des saints pères , et un manuscrit contenant la suite des évêques de Poitiers , qui nous est connu sous le nom de Grand-Gauthier '.

Pendant que l'ancien antagoniste de Clément V descend dans la tombe , ce pape vint s'installer dans la cité de Poitiers , choisissant pour lieu de sa résidence le même monastère qui renfermait les dépouilles mortelles de Gauthier de Bruges. Le roi de France ne tarda point à venir l'y rejoindre. Le mystère dont il a entouré la sixième promesse qu'il a exigée de Bertrand île Got dans la forêt voisine de Saint-Jean-d'Angély, va peut-être se dévoiler aux yeux de l'imprudent prélat. Philippe le Bel logea en face de sa victime dans le monastère des Jacobins; un passage souterrain fut même pratiqué entre ces deux habitations pour faciliter les entretiens des deux personnages. 11 ne nous appartient pas de chercher à dissiper les ténèbres qui ont

1 Dreux du Radier.

entoure leurs intrigues réciproques , à épier leurs moindres pai'oles , à deviner leurs pensées les plus intimes en les suivantdans les sombres détours des monastères, pour pouvoir, ainsi que \ illani , révéler les secrets de leurs mystérieuses entrevues. L'histoire générale peut seule revendiquer les honneurs d'une telle indiscrétion , puisque seule elle a mission de nous initier aux événements qui furent, dit-on, la conséquence de ces négociations dans la cité de Poitiers. On a souvent répété, il est vrai , que Philippe le Bel ne vint dans cette ville que pour exiger du pape l'exécution de cette sixième promesse qu'il avait passée sous silence, et à laquelle, dans son enthousiasme, le nouveau pape Clément \ avait donné une complète adhésion. On a dit encore qu'il s'agissait de poursuivre juridiquement l'ordre de chevalerie connu dans l'histoire sous le nom de templiers. Tout ce que nous savons , c'est que la présence à Poitiers du pape et du roi de France jeta dans toute la ville une grande confusion. Le maire et les échevins ne savaient comment aviser aux moyens de remédier à un tel état de choses; tous les habitants s'empressaient autour des deux monastères pour voir les figures d'un pape et d'un roi. Chacun voulait participer aux saintes bénédictions du chef de l'église , aux cures merveilleuses que la tradition répandait devoir être faites par le roi de France. Il ne s'écoulait pas de jour sans que des scènes de tumulte vinssent jeter l'alarme dans la cité; souvent même la voix des hommes de la commune , impuissante à maintenir le bon ordre , venait se perdre au milieu de la foule. Alors il fut décidé que le maire, du nom de Guillaume 1 Alleman , aurait une garde de douze sergents , équipés aux frais de la commune. Un impôt extraordinaire fut levé pour subvenir à leur équipement; et, vu son insuffisance, le maire paya le surplus de ses propres deniers : ce fut pour

le récompenser de son dévoùment que les habitants le continuèrent dans sa dignité l'année suivante.

Le séjour de Clément V et de Philippe le Bel dans la cité de Poitiers fut encore signalé par un événement relatif à nos contrées, nous voulons parler de l'expulsion des juifs de toute notre province. Comme dans tous les autres pays , ces malheureux étaient parvenus à acquérir de nombreuses richesses : déjà vers l'an 1291 , Philippe le Bel avait ordonné de les chasser de la cité de Poitiers , et ils ne purent se soustraire à l'exécution de cet arrêt qu'en versant entre les mains du roi de France des sommes considérables. On croit même cpie dès cette époque on les contraignit à porter une marque distinctive , et à occuper des rues désignées que l'on devait fermer durant la nuit. Ces exigences n'empêchèrent pas le roi de France de réaliser sa première pensée d'expulsion , et d'exploiter contre les gens de cette nation les accusations souvent calomnieuses qui planaient sur eux. Peut-être l'avide monarque espérait -il encore remplir ses coffres aux dépens de leurs richesses ?

Le pape Clément V n'abandonna Poitiers que vers l'an 1 309 j, pour se diriger vers Avignon, où il établit, pour la première fois , le centre du pouvoir religieux. Durant son séjour dans notre cité, il donna des privilèges assez étendus au chapitre de Saint-Pierre , tous restrictifs de l'autorité épiscopale , et qui seront dans l'avenir une source de discordes entre cette dernière et les chanoines de l'église cathédrale. Peu s'en fallut que Clément V ne rejoignit dans la tombe son ancien adversaire Gauthier de Bruges; car, quelque temps avant son départ , si nous en croyons l'auteur de l'histoire manuscrite du Poitou que nous avons déjà citée, il fut saisi d'une violente maladie , et il ne dut son salut qu'à l'habileté d'un médecin de notre cité. La recon-

naissance de L'ancien archevêque de Bordeaux se manifesta d'une singulière façon : convaincu, dit le même historien, qu'un si excellent médecin des corps serait propre à la guérison des âmes , il l'êleva , dès son arrivée dans la cité d'Avignon, à la dignité d'archevêque de Mayence.

Le dénoûment de la mystérieuse rencontre de Philippe le Bel et de Clément V dans la cité de Poitiers ne tarda point à éclater. L'ordre des templiers fut poursuivi juridiquement par le roi de France ; les chevaliers furent saisis et jetés dans les cachots; tous leurs biens confisqués. « Les templiers étaient accusés , dit M. de Chateaubriand ' , de se vouer entre eux à d'infâmes voluptés, de renier le Christ, de cracher sur le crucilix, d adorer une idole à longue barbe, aux moustaches pendantes, aux yeux d'escarboucle, et recouverte d'une peau humaine ; de tuer les enfants qui naissaient d'un templier, de les faire rôtir, de frotter de leur graisse la barbe et les moustaches de l'idole ; de brûler les corps des templiers décédés , et de boire leurs cendres détrempées dans un philtre. » Au milieu de toutes ces accusations , presque tous les historiens sont unanimes à reconnaître comme unique mobile du roi de France le désir qu'il avait de s'approprier les immenses richesses des templiers; car, au moment même où les cachots s'ouvraient pour recevoir leurs victimes , Philippe le Bel prenait possession du temple où se trouvaient amassés tous les trésors de l'ordre. Vers la fin de 1307, commença l'immense procédure, et l'on vit arriver dans la cité de Poitiers soixantedouze templiers , que le roi de France envoyait au pape pour leur faire subir un interrogatoire. Ces malheureux , croyant sincère la protection que paraissait leur accorder

' Études hist.

le souverain pontife , firent des aveux qui , plus tard, motivèrent leur condamnation. Philippe le Bel revint luimême à Poitiers pour exciter l'énergie défaillante de son complice : cette fois il ne s'entoura plus de mystères ; il lit retentir bien haut les solennelles adhésions dont la plupart des plus puissants seigneurs de France ont accueilli sa conduite. « Il était accompagné dans ce voyage , dit Dupuy, d'une grande multitude de gens cpii étaient ceux de ses procureurs qu'il avait retenus près de lui , pour prendre avis sur les difficultés cpii pourraient survenir. » « En arrivant dans cette cité, dit M. Michelet ', il baisa humblement les pieds au pape. Mais celui-ci vit bien qu'il n'obtiendrait rien. Philippe ne pouvait entendre à aucun ménagement. Il lui fallait traiter rigoureusement les personnes pour pouvoir garder les biens. Clément V, hors de lui , voulait sortir de la ville , échapper à son tyran : qui sait même s'il n'aurait pas fui hors de France? Mais il n'était pas homme à partir sans argent. Quand il se présenta aux portes avec ses mulets , ses bagages , ses sacs , il ne put passer; il vit qu'il était prisonnier du roi , non moins que les templiers. Plusieurs fois il essaya de fuir, toujours inutilement. Il semblait que son tout-puissant maître s'amusàt des tortures de cette âme misérable qui se débattait encore. » Après les longueurs interminables d'une procédure inique , le bûcher fut le théâtre où se termina d'une manière sanglante ce drame dont les premiers actes s'étaient passés dans la cité de Poitiers.

Durant les sombres préoccupations de ses poursuites contre les templiers, Philippe le Bel, dont la seule pensée dominante semble être celle de désirer de l'argent , n'ou-

' Uist. rie France.

blia point de remédier aux périls que faisaient éprouver au fisc certains monnayeurs établis en Poitou. Dans le but de constituer 1 unité de monnaie dans son royaume de France, il poursuivit énergiquement cette industrie devenue à cette époque très-fréquente. En 1 308, il écrivit une lettre à son sénéchal dans notre province , par laquelle il luy est enjoint de faire abattre incessamment les fournaises construites dans les lieux secrets où les Lombards faisoient fondre du billon '. Cette ordonnance reçut une prompte exécution, et tous les changeurs , orfèvres et autres, furent contraints, sous peine d'amendes très-fortes, de laisser aux ouvriers du roi de France le soin de battre et d altérer les monnaies.

Quelque temps avant sa mort, en 1314 , Philippe le Bel donna à son fils, connu depuis sous le nom de Philippe le Long, le comté de Poitou , à la condition qu'à défaut d'enfants mâles il retournerait à la couronne de France 2. ISotre province ne demeura pas longtemps sous la dépendance d'un comte spécial , car le prince investi de cette dignité succéda promptement à son frère aîné Louis le Hutin. Sous Philippe le Long, le Poitou fut le théâtre de sanglantes persécutions dirigées contre des malheureux , connus dans 1 histoire sous le nom de Lépreux. Chassés , proscrits de la cité , on leur assignait des enceintes d'où ils ne pouvaient sortir. Dès qu'ils étaient frappés de ce mal hideux, toutes les affections cessaient, les liens de famille se brisaient , et autour de la victime se déroulaient les horreurs du désert. Bien rarement quelques femmes compatissantes venaient prodiguer leurs soins aux pauvres délaissés ; couvertes de longues tuniques blanches , le seul costume

' Ordonn. des rois de France, t. I.

' Thibaudcuu.

qui leur fût permis, elles participaient aux répugnances soulevées partout contre leurs malheureux protèges. Il leur était défendu de porter la main aux vivres qu elles voulaient acheter ; elles ne pouvaient y toucher qu'avec une baguette '. Cette contagion avait fait de tels progrès à ces époques de misère , qu'il s'était forme entre les lépreux de nombreuses associations; et la tradition populaire les accusait de posséder d'immenses richesses. Devons-nous expliquer les persécutions dirigées contre eux et les juifs en 1 320, en lançant contre le roi de France Philippe le Long les mêmes accusations cpii ont déjà retenti contre son père à l'occasion des templiers? Ou bien faut-il rejeter sur l'ignorance et la misère toute la responsabilité des violences exercées à l'encontre de ces malheureux? « Toujours est-il que, vers l'an 1321 , le bruit se répandit tout-à-coup que les juifs et les lépreux avaient empoisonné les fontaines publiques. Le sire de Parthenay écrivit au roi de France qu'un grand lépreux , saisi sur ses terres , avait avoué avant son supplice qu'un riche juif lui avait remis de l'argent et certaines drogues. Ces drogues se composaient, disait-il, de sang humain , d'urine, à quoi on ajoutait le corps du Christ; le tout séché et broyé , mis en un sachet avec un poids, était jeté clans les fontaines ou les puits 3. » Cette accusation ainsi formulée par le sire de Parthenay, fut le signal dune persécution générale contre les lépreux ; partout ils furent arrêtés, et souvent même, avant toute information préalable, livrés au dernier supplice. Un chroniqueur contemporain cité par M. Michelet nous révèle les croyances populaires répandues à ce sujet. « Nous-mêmes, dit-il , en Poitou, dans un bourg de notre vasselage , nous avons de

' Thibaudeau.

' Michelet.

nos yeux vu un de ces sachets. Une lépreuse qui passait , craignant d'être prise, jeta derrière elle un cliifïbn lié qui fut aussitôt porté en justice, et Ion y trouva une tète decouleuvre, des pattes de crapaud , et comme des cheveux de femme enduits dune liqueur noire et puante, chose horrible à voir et à sentir. Le tout mis dans un grand feu ne put brûler, preuve sûre que c'était un grand poison.... Il y eut bien des discours , bien des opinions. La plus probable, c'est que le i*oi des Maures de Grenade, se voyant avec douleur si souvent battu , imagina de s'en venger en machinant avec les juifs la perte des chrétiens. Mais les juifs, trop suspects eux-mêmes, s'adressèrent aux lépreux... Ceux-ci , le diable aidant , furent persuadés par les juifs. Les principaux lépreux tinrent quatre conciles, pour ainsi parler, et le diable, par les juifs, leur fit entendre que , puisque les lépreux étaient réputés personnes si abjectes et comptés pour rien , il serait bon de faire en sorte que tous les chrétiens mourussent ou devinssent lépreux. Cela leur plut à tous ; chacun de retour, le redit aux autres... Un grand nombre leurrés par de fausses promesses de royaumes, comtés et autres biens temporels, disaient et croyaient fermement que la chose se ferait ainsi *. »

Au milieu de toutes ces accusations grossies , envenimées par les haines des populations , il est impossible de saisir la vérité relativement aux crimes imputés aux lépreux du xiv5 siècle. L'abjection et la haine dont ils étaient frappés provoquèrent-elles dans leurs esprits irrités de semblables vengeances ? Telle est la question que l'on peut s'adresser en parcourant les récits des atrocités qui leur sont reprochées, et des persécutions dont ils furent victimes.

' Contin. de G. deNangis, trad. de M. Michelet.

Le roi de France ordonna, en effet, de brûler vifs tous ceux qui seraient reconnus coupables, et de renfermer les autres dans des enceintes que l'on appela depuis léproseries. Quant aux juifs , coupables ou innocents , tous furent brûlés.

A ces tableaux sombres, dans lesquels se reflètent avec tant de vérité les souffrances physiques des populations à cette époque , l'histoire contemporaine fait succéder le récit de scènes burlesques cpii contrastent d'une manière bizarre avec les événements que nous venons de raconter. On vit se former dans le Poitou , comme dans beaucoup d'autres provinces , des associations d'hommes et de femmes , connues sous le nom de confréries des Pénitents d amour , ou de Gallois et Galloises. Dans ces temps, tout souffre, tout est maladif, lame ainsi que le corps. Sous l'influence de leur imagination exaltée, les membres de ces confréries cherchent à prouver par toutes sortes de folies la puissance de l'amour. S ils n'étaient bien sincères dans leur étrange délire, on pourrait croire qu'ils ont eu à cœur de nous donner une complète parodie des mœurs chevaleresques. Entre autres usages bizarres qu'ils mettaient en pratique , ils avaient coutume , durant les rigueurs de l'hiver , de sortir presque nus ou couverts du moins fort légèrement , tandis que pendant l'été ils s'enveloppaient de lourds vêtements et séjournaient près de foyers ardents. Ces folies n'eussent été que risibles,si, trop souvent poussées à l'excès, elles n'eussent occasionné parmi les plus fidèles sectateurs des doctrines de la confrérie de fréquents malheurs, quelquefois même la mort '.

Les populations, victimes de tous ces fléaux, sont dé-

1 Thibaudeau.

cimées par une alTVeuse mortalité. Au-ilessus de ces misères planent de superstitieuses croyances. Les accusations de magie et de sorcellerie viennent jeter un triste éclat sur ces scènes douloureuses. Les bourreaux ne suffisent plus ; les bûchers ne sont pas assez ardents pour toutes les victimes. Seigneurs et paysans, lépreux et juifs, tous semblent prédestinés à la fatalité du supplice. Philippe le Long, ainsi que son père , emporta dans la tombe les malédictions de son peuple, pour les extorsions inouïes dont il l'avait accablé. — Si nous détournons les regards de ces souffrances générales pour les porter vers un monde moins accessible à toutes ces hideuses catastrophes , nous rencontrerons à la cour du roi de France deux hommes d'origine poitevine dont les noms sont restés célèbres dans les annales de cette époque. Ils n'ont point acquis leur gloire contemporaine par une participation quelconque aux événements politiques de ces temps ; ils ne la durent qu'à leur amour pour cette poésie provençale , dont les premiers accents en langue romane ont trouvé parmi nos aïeux tant de sectateurs illustres et passionnés. Parmi les hommes de ces temps, tous légistes et portant la robe longue , avides de procès féconds en sanglantes tragédies , en crimes obscènes et atroces , et ayant pour dénoùment des supplices plus étranges et plus affreux encore , notre histoire locale n'a point à revendiquer ni les Pierre de Flotte, ni les Plassian, ni les Nogaret , tous ces instruments impitoyables de la volonté de Philippe le Bel, soit lorsqu'il brise le pouvoir papal en humiliant le souverain pontife, soit lorsqu il frappe de mort la féodalité par le supplice des templiers. Nos illustrations de cette époque ont une physionomie plus douce ; autour d'elles ne s'agitent pas de lugubres catastrophes ; elles n'ont

pour trophées que îles chants poétiques, et pour dramatiques péripéties des combats d'amour.

Pierre Milio ou Milhon , Emeric , seigneur de Rochefort, tous deux attachés à la cour de Philippe le Long , appartiennent à notre histoire par leur naissance. C'étaient de beaux esprits, rappelant dans ces temps de calamités les poétiques habitudes de nos anciens troubadours. Le roi de France lui-même, tout préoccupé qu'il fût des graves intérêts de ses états , avait pour la poésie provençale une grande affection. Pendant qu'il était comte de Poitou, il a pu s'inspirer des beautés de cette langue méridionale , si mobile et si capricieuse dans sa forme et dans ses allures. Si elle a perdu son influence politique sur les destinées des peuples , elle n'en est pas moins restée pour servir de poétique enveloppe à toutes les fantaisies de l'imagination. Les temps ne sont plus, en effet, où le troubadour lance au milieu de la lutte ses fougueux sirventes , utilisant au profit des passions nationales la verve de son esprit et les sympathiques harmonies de la langue que parlent les peuples dont il provoque les éclatantes insurrections. Désormais la poésie romane, métamorphosée, réduite à de minimes proportions, reste ensevelie dans les mystérieuses préoccupations d'amour; à elle les replis les plus secrets du cœur, les hauts faits de galanterie et les exploits de belle courtoisie. Pierre Milhon et le seicneur de Rochefort nous donnent une idée assez juste du nouveau rôle qu'elle est appelée à remplir.

Une dame de la maison de Monta igu en Poitou provoqua l'amour et les chants du premier de ces deux poètes. Dans une des nombreuses épitres adressées à cette noble dame, le pauvre troubadour se compare à un malade à qui le médecin fait espérer uneguérison certaine , et qui en est

promptement abandonne lorsque la mort s'avance, u II en » est de même , dit-il , de mon amante ; elle m'a donné » quelques espérances , mais aujourd'hui elle n'a pour » moi que du dédain. JN importe, jamais la pensée de » briser mes liens ne me viendra à l'esprit. » Il est cependant à présumer que la dame de son cœur ne fut pas toujours à son égard aussi sévère , ou bien que le poète oublia promptement ses serments de fidélité, car, dans un autre chant , il nous révèle qu'après bien des soins et des peines, il a enfin obtenu le don d'amoureuse mercy. — La femme qui donna à l'imagination du seigneur de Rochefort son poétique élan , fut une jeune fille du nom de Florence , de la maison de Forealquier. Plus discret que son émule Pierre Million , il se contente d'exprimer dans ses chants des pensées empreintes d'une douce mélancolie. « Chaque jour, » s'écrie-t-il , est pour moi plus long qu'une année entière , » quand je ne vois pas celle que j'aime avec tant d ar- )> deur. » Combien fut vive et poignante sa douleur, lorsqu il fut forcé de s'éloigner de la jeune Florence pour dissiper les calomnies que la médisance se plaisait à jeter sur leurs amours. Hors ces plaintives et tendres émanations du coeur, la poésie est muette, inactive. Quel rôle aurait-elle rempli dans le tumulte de ces temps ? A quelles âmes d élite se serait-elle fait entendre , puisque toutes sont sous l'impression de pénibles pensées ?

Du règne de Philippe le Long date encore pour notre histoire un événement assez important, nous voulons parler du morcellement de lévêché de Poitiers. Il fut divisé en trois parties par la création des évèchés de Maillezais et de Luçon. Le pape Jean XXII , qui détermina cette nouvelle circonscription religieuse par une bulle datée d'Avignon au mois d'août 1317, la première année de son pontificat,

craignit sans doute de voir se renouveler les énergiques résistances dont Gautier de Bruges avait donné l'exemple à 1 encontre de l'archevêque de Bordeaux. Le pouvoir sacerdotal de l'évêque de Poitiers , déjà restreint par l'octroi de privilèges à l'église cathédrale, se trouva de la sorte réduit à de fort étroites limites de territoire, si on les compare à létendue immense de son ancienne juridiction.

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