‹ Histoire générale du Poitou (volume 2)Chapitre 33 sur 41 · NOTICE SUR LA FAMILLE SAINTE-MARTHE. — BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA FAMILLE SAINTE-MARTHE. — BIOGRAPHIE

Le poignard de Ravaignae , en frappant le roi de France, rompit du même coup toute tentative de conciliation entre les deux cultes. Aux tendances de paix succédèrent de vagues rumeurs d'hostilités. Les calvinistes n'avaient-ils pas , nonseulement à venger l'odieux attentat dont un moine s'était l'ait l'épouvantable héros , mais encore à protéger les libertés conquises contre les atteintes dont les menaçait la fougue catholique? La minorité du jeune roi Louis XIII , la régence de sa mère Marie de Médicis , les affections de cette dernière pour les prêtres italiens , tout contribuait à laisser aux passions des partis leur ardeur et leur activité. Déjà de sinistres pressentiments agitaient les protestants, lorsque, dans l'assemblée générale des églises réformées qui eut lieu à Saumur , les principaux chefs combinèrent leurs efforts pour résister, le cas échéant , aux mesures hostiles que tout semblait annoncer. Ainsi que toutes les cités importantes , celle de Poitiers se ressentit des émotions provoquées par les nouveaux événements. La milice municipale s'organisa ; une serveillance active fut ordonnée. Marie de Médicis, connaissant les tendances catholiques de la capitale du Poitou , lit tous ses efforts pour la retenir dans les liens d'une étroite

obéissance. Du liant de ses remparts, elle pourra dominer les turbulentes agitations dont quelques seigneurs menacent toute la province, et opposer aux envahissements des La Trémouille et des Rohan , chefs du calvinisme dans nos contrées, la fidélité à toute épreuve de sa bonne ville. Celle de Niort eut à éprouver, elle aussi , toute la sollicitude du nouveau ouvernement. Des lettres patentes du mois de juin 1610, enregistrées à la chambre des comptes le 12 août suivant , et à la cour des aides le 30 septembre de la même année , confirmèrent tous les privilèges dont l'avaient gratifiée les précédents rois de France. Et pourtant , non loin de Niort, du haut de sa forteresse de Maillezais , le vieux capitaine d'Aubigné protestait énergiquement contre la régence de la reine-mère , proclamée sans le consentement des états généraux de la nation.

Dès 1 G 1 4 , le prince de Coudé publia un manifeste , et convoqua sous ses bannières de nombreuses troupes. Bien grande fut l'agitation parmi les habitants de Poitiers, à la nouvelle de l'approche de ce prince, dont les projets hostiles n'étaient pas encore ouvertement déclarés. Une députation, «à la tête de laquelle devait se trouver le maire Nicolas de Sainte-Marthe , s'apprêtait à aller au devant du prince , lorsqu'une lettre de la reine-mère vint tout-à-coup arrêter ces préparatifs de réception. On accusa même le maire , ainsi que plusieurs autres notables habitants , d'avoir voulu livrer la ville au seigneur révolté. Pour affaiblir aux yeux de Marie de Médicis cette fâcheuse impression , le corps municipal lui renvoya intacte la copie du manifeste que leur avait adressé le prince de Coudé. « Messieurs , écrivait-elle aux maire et » échevins , j'ai reçu votre lettre , laquelle vous m'avez en » voyée par le sieur de Sainte-Marthe, avec une lettre qui » vous a été écrite par mon neveu le prince de Condé , et

» l'ai encore plus particulièrement entendu dudit Sainte- » Marthe , en ce qu'il nous a rapporté sur ce de votre part ; » sur quoi, je vous dirai que je demeure bien contente et » satisfaite des témoignages et assurances que vous me » donnez de votre affection et fidélité au service du roi Mon- » sieur mon fds, et du soin qu'il reconnaît que vous prenez » par-delà pour vous conserver et vous maintenir sous son » autorité et obéissance. »

Non-seulement la cité de Poitiers éprouvait ainsi les agitations des partis , mais les mêmes faits se manifestaient dans d'autres lieux du Poitou. A Saint-Maixent, d'énergiques réclamations émanaient de la communauté calviniste , pour le maintien des clauses formulées par l'édit de Nantes. De graves accusations étaient dirigées contre les envahissements et la tyrannie des catboliques , encouragés par la nouvelle administration dans leurs projets hostiles. ^ ers Lusignan , le marquis de Bonnivet, serviteur dévoué du prince deCondé, parcourait le pays et recommençait d'aventureuses expéditions. « Sur l'avis que j'ai reçu, écrivait la reine, que le » marquis de Bonnivet continue toujours de faire des op- » pressions, excès et désordres sur les sujets du roi mon » fils , que même il se met en devoir de forcer les maisons » des gentilshommes, je lui fais un itératif et exprès com- » mandement de licencier présentement ses troupes et se » retirer ; et à faute d'v satisfaire , j'écris aux gouverneurs » des villes d'assister les prévôts des maréchaux , de leur » courir sus et les tailler en pièces , faisant châtier exem- » plairement ceux qui seront pris et appréhendés , se faisant » même assister pour cet effet des communes ; en sorte que » la force et l'autorité en demeure au roi mon fils. »

Un incident de peu d'importance faillit devenir le signal de la guerre civile au sein de Poitiers. Un des of-

liciers du prince de Condé, du nom de Latrie, qui s'y trouvait alors, eut à subir une attaque de gens armés et dévoués, disait-on, à l'évêque de la Roche-Posay, contre lequel le prince nourrissait de vifs ressentiments. Pour placer leur crime à l'abri de toute poursuite , ils se fortifièrent dans les tours de l'église de Saint-Pierre , raillant ainsi les menaces de l'hôtel-de-ville où s'était réfugiée leur victime. A la nouvelle de ces événements , le prince de Condé s'avança vers Poitiers pour délivrer Latrie. Le corps de ville , instruit de son arrivée et ne sachant quel parti prendre à ce sujet, lui envoya des députés « pour lui témoigner la reconnaissance » que la cité avait de l'honneur qu'il lui faisait de vouloir » y venir , et toutefois lui représenter l'état de la ville , et le » supplier très-humblement de ne point croire que l'émotion » du peuple ait été faite par sa permission ni conseil. » Et comme conclusion de ces respectueuses paroles, ils le prièrent fort timidement de ne point entrer dans la ville. Non salisfait de toutes ces démarches, le prince se préparait à n'en rien faire, lorsqu'une violente insurrection éclata au sein de la cité. Le tocsin appela les habitants aux armes , et bientôt une foule d'artisans se précipitèrent dans les rues, ayant à leur tête l'évêque lui-même, dont l'accoutrement guerrier annonçait l'exaltation. Par ses ordres , les portes furent gardées , et les députés de l'hôtel-de-ville eux-mêmes ne purent aller faire entendre de nouvelles doléances sur la sédition de leur cité. Un homme du peuple, du nom de Berland , le même qui avait fait tirer le canon sur Henri III , se faisait encore remarquer par la violence de ses discours , et par son ardeur de révolte. Dans cette émeute populaire, le maire faillit devenir victime de son intervention , et malgré tous ses efforts il ne put dissiper cette multitude armée. Le prince de Condé se plaignit vivement à la reine de l'hostilité

-T6i L'ANCIEN

qu'il avait eu à suhir.de la part1 des habitante de Poitier>, demandant justice contre eux et surtout contre l'évèque, le principal instigateur de tous ces troubles.

Sur ces entrefaites, le duc de Roanez , gouverneur de Poitiers, arriva dans cette ville. Son intervention fut impuissante à calmer l'effervescence populaire. Les troubles n'en devinrent que plus vifs. Les rues fuient barricadées , des chaînes tendues , et le tocsin ne cessa de sonner. Le duc lui-même fut entraîné à l'évêché , après une lutte dans laquelle il eut à essuyer le feu de plusieurs assaillants. Là , il trouva l'évèque armé d'une cuirasse , et une pique à la main. Ce fut en vain qu'il essaya de ramener à l'ordre les fauteurs de ces discordes , et les insurgés formulèrent ainsi leurs projets, qui furent transmis par Benjamin Esnard : « Je » viens de la part de deux mille hommes de cette ville , lui » dit-il , lesquels sont bien marris de la fortune que vous » avez courue; ils s'offrent à vous pour votre conservation , » sachant bien que vous êtes bon serviteur du roi; néan- » moins , ils désirent vous obéir sous l'autorité de l'évèque, » et que vous ne vous mêliez plus de faire des bans dans la m ville; ils sont vos serviteurs et. vous reconnaîtront, dé- » sirant toutefois servir le roi à leur volonté ; c'est à savoir o de tendre les chaînes quand bon leur semblera , au son » des tambours de monseigneur l'évèque , qui sont les » cloches ; disant encore qu'il y a des traîtres dans la ville, » du conseil desquels s'ils ne veulent plus que vous vous » serviez, ni les appeliez encore que quelques-uns aient les » principales dignités. » Cette déclaration non équivoque des sentiments de la multitude, faite au gouverneur prisonnier j lut accompagnée de menaces et d'injures. Il lui fallut encore écouter en silence les diatribes d'un écolier du nom de Roux, qui avait joué un rôle dans l'assassinat de

Latrie. Enfin, le lendemain , les insurges lui permirent dû sortir de la ville où son autorité était méconnue , et il se retira dans son château d'Oiron, près de Thouars, où il ftit suivi parle maire Sainte-Marthe et plusieurs autres notahlcs de la cité.

Les deux factions envoyèrent aussitôt des députés à la reine-mère, pour l'informer de ce qui s'était passé à Poitiers. Marie de Médicis sembla prendre vivement à cœur l'injure faite à son parent le prince de Condé; elle renvoya même au parlement de Paris la connaissance des derniers troubles , et enjoignit aux maire et échevins de recevoir le prince dans leur cité avec les honneurs dus à sa qualité de prince du sang. Ces démonstrations de sympathies publiques furent démenties par un message secret dont était porteur La Fraiselière, député de l'évèque, et l'entrée de Poitiers fut de nouveau refusée au prince de Condé. Enfin , le maire et l'évèque vinrent eux-mêmes trouver la reine à Tours pour lui exposer leurs mutuels griefs. A la demande du duc de Roanez relative à la publicité de leurs débats, la reine répondit par un refus positif, préférant dominer par les mystères d'entrevues secrètes toutes ces discussions dans lesquelles une intervention franche et loyale répugnait à sa politique. Elle écrivit au corps de ville de recevoir le gouverneur de la cité, et de lui adresser d'humbles excuses sur les événements dont il avait été victime. Elle ajoutait ces mots : Lui ayant commandé de se comporter de sa part envers vous , en sorte que vous en puissiez demeurer contents comme de la vôtre. Et lors de son passage à Poitiers, quelques jours après , elle confia aux maîtres des requêtes Mangot el Mazuyer le soin de faire toutes informations et poursuites pour la répression des désordres qui avaient éclaté. Malgré ces mesures de sévérité, les agitateurs n'en poursuivaient pas

moins leurs coupables résolutions. D'ignobles placards furent affichés par toute la ville, et le présidial fit défense à toutes personnes « de se méfaire et médire pour les choses passées » depuis les derniers mouvements , à peine d'être déclarés » criminels de lèze-majesté , et perturbateurs du repos » public. »

Le récit de ce qui se passa lors de l'arrivée des députés du roi se trouve consigné dans un acte de l'hôtel-de-ville, dont voici les termes : « Les membres du corps de ville sont allés « vers MM. Mangot et Mazuier , pour leur dire que le » conseil étoit assemblé pour ouïr les volontés du roi ; eux » étant venus , lecture faite desdites lettres, M. Mangot fait » entendre ce qui s'est passé aux derniers mouvements , le » désir que le roi a que les habitants de cette ville vivent » en paix et union , comme le reste de son royaume , et » d'avoir les avis sur le retour que doivent faire en icellc » ville et en leurs maisons , famille et offices , ceux qui s'en » sont absentés, après quoi il a mis sur la table copie de sa » commission. » Pendant qu'on procédait de la sorte aux mesures à prendre pour rétablir l'ordre, une multitude armée envahit l'hôtel de l'échevinage ; les chaînes furent tendues, les boutiques fermées, et la discussion renvoyée à un autre jour. Enfin, au milieu de rumeurs toujours croissantes et que ne put apaiser le nouveau maire, Pierre de Brilhac, il fut décidé qu'on obéirait au roi, et qu'on lui adresserait d'humbles remontrances sur tous les événements accomplis.

Ces germes d'agitation populaire , soulevés et entretenus dans la cité de Poitiers par les débris de la faction de la ligue , provoquèrent dans notre province de nouveaux troubles. Les calvinistes, de leur côté, firent entendre des plaintes amères contre la marche des choses ; et dès l'année

1615, un soulèvement général éclata dans les contrées de l'Ouest. Le mariage du jeune roi avec une princesse d'Espagne devint le prétexte de cette nouvelle prise d'armes. Si la ville de Poitiers révèle , par de nombreuses manifestations, son attachement aux destinées catholiques , il n'en est pas de même des autres parties de la province. A Saint-Maixent, à Niort , les calvinistes s'agitent et se préparent; les puissants seigneurs abandonnent la cause royale pour s'associer de nouveau aux chances de l'insurrection. Le gouverneur du Poitou lui-même , le duc de Sully , sans prendre une part active aux événements , semble réserver pour le parti protestant toutes ses sympathies. L'accueil peu gracieux qu'il reçut de la cour lors du passage du roi à Poitiers, son éloignement des diverses places qu'il avait si dignement remplies sous le règne précédent, n'étaient pas de nature à faire naître en lui des sentiments d'affection pour le nouveau gouvernement. Son alliance avec le duc de Rohan, auquel il donna sa GUe en mariage , révéla sa pensée tout entière. Cependant, dans toutes les lettres qu'il adressa au corps de ville de Poitiers , il protesta hautement de son amour pour la paix. « Mandez-moi , écrivait-il à ses membres , si vous voulez » me déclarer la guerre ou non , et me tenir pour votre ami » ou votre ennemi, afin que je me résolve de m'accorder à » vos desseins. »

Au retour du roi de la cité de Bordeaux, où son mariage avait été célébré , des conférences s'ouvrirent à Loudun , le 10 février 161 G , entre les délégués du roi et ceux du prince de Condé , à la suite desquelles la paix fut signée , avec les clauses et les conditions confirmatives de celles établies par l'édit de Nantes. On songea alors à réparer les maux passés. Le duc de Sully rendit, à la date du 9 mai 1616, une ordonnance pour maintenir la paix dans les contrées sou-

mises à son gouvernement. « Étant nécessaire, y dit-il, » pour lu soulagement du pauvre peuple , de satisfaire » promptement aux commandements que nous avons reçus » du roi , à nous réitérés par les ordonnances très-expresses » de sa majesté , à empêcher les désordres et pilleries qui se » commettent par les gens de guerre qui ont suivi l'un ou » l'autre parti , commandons à tous soldats , chefs et capi- » taines de gens de guerre , de sortir hors l'étendue du » Poitou dans quatre jours pour tout délai. » Dans le traité de paix de Loudun se rencontrait une clause relative aux désordres dont la ville de Poitiers avait été le théâtre , et par laquelle tous ceux qui avaient été dépossédés de leurs places et emplois devaient y être réintégrés. L'exécution de cet article souleva quelques difficultés de la part de certains hahitants de Poitiers , peu disposés à accepter les bénéfices de la transaction , et il fallut l'intervention du roi , représenté par le maréchal de Brissac et les conseillers d'état de Vie et de Champigny, pour obtenir la réintégration exigée.

L'arrestation du prince de Condé , et la mort violente du maréchal d'Ancre , favori de la reine-mère , détruisirent bientôt les tendances pacifiques du traité de Loudun. Ces deux coups d'état, inspirés par des passions diverses, firent renaître des hostilités à peine éteintes. Les Rochelais , soutenus par La Trémouille et le marquis de Bonnivet , se préparèrent , comme par le passé , à maintenir dans leur intégrité les droits des calvinistes. Une assemblée générale eut lieu dans leur cité , et elle ne se sépara qu'après avoir reçu du conseil du roi l'assurance d'une énergique protection. Le duc de Rohan reçut l'investiture du gouvernement du Poitou , comme successeur du duc de Sully , son beaupère.

Il serait trop long de raconter les diverses luttes dont la

cité de Poitiers était dans ces temps le perpétuel théâtre; de rappeler le souvenir de ces agitations populaires provoquées par le fanatisme catholique , qui éclatent, bruyantes et passionnées , toutes les fois que l'autorité municipale semble vouloir maintenir le calme et la paix. C'est ce qui arriva lors de l'élection d'un capitaine ecclésiastique en remplacement de messire Guy Chessé , abbé de Notre-Dame. Les ordres du roi furent méprisés , et une faction puissante , bravant les injonctions du maire , s'éleva du sein de la cité. Le conseiller d'état Montbolon y fut envoyé pour faire exécuter la volonté royale. Dans un discours qu'il adressa an conseil de l'échevinage, il sut tout à la fois employer des paroles de conciliation et de sévérité. « Dépouillez , leur » disait-il, ce qui vous reste de ces mauvaises passions et » ressentiments ; ne soyez point seuls en toute la France » qui ne jouissiez de la paix et de la tranquillité qui régnent » partout. » Il triompha de l'obstination de certains membres , et obtint la nomination qu'il réclamait au nom du roi. De nouveaux troubles éclatèrent encore à l'occasion des charges militaires confiées en 1614 à quelques partisans de l'évèque. Mais , dans tous ces incidents de vie locale , nous retrouvons toujours les mêmes caractères , les mêmes émotions. Les pensées qui inspirent la multitude , leurs moyens de se manifester ne changeant point, nous n'aurions à reproduire que des faits semblables , ayant tous la même origine et la même physionomie.

Non-seulement la Rochelle devient encore à cette époque le centre de l'activité calviniste , offrant par de courageuses manifestations le spectacle toujours nouveau d'une fière et indomptable indépendance , mais encore elle reçoit dans ses murs tous ceux qui ne rencontraient point dans leur patrie un asile assuré. De nombreuses et fréquentes assemblées s'v u. 24

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réunissent clans l'intérêt dos églises réformées. Sans l'impassible droiture de Duplessis-Mornay , petit-être la fougue de certains seigneurs eùt-elle brisé violemment les éphémères apparences de paix que laissaient entrevoir les velléités d'insubordination filiale du jeune roi , qui avait exilé sa mère dans la cité d'Angoulême. Au mois de janvier 1619 , le parlement de Paris déclara criminels de lèse-majesté tous les membres d'une assemblée qui se tenait alors à la Rochelle ; et , à la suite de nombreuses négociations, le roi permit la convocation d'une assemblée générale dans la ville de Loudun ; mais l'exaltation des esprits nécessita une déclaration royale pour dissoudre la ligue protestante , malgré les remontrances respectueuses de ceux qui la composaient.

L'année suivante, au mois de mars 1G21 , il se tint à "Niort une conférence entre les chefs calvinistes , Rohan , Soubise et La Trémouille. Plusieurs ministres de la Rochelle , admis aux discussions de cette assemblée, soutinrent avec force les droits incontestables du parti protestant , s'indignèrent des mesures de transaction proposées par les trois nobles seigneurs, et résolurent de maintenir contre la volonté du roi l'assemblée qui était alors réunie à la Rochelle. Ce fut en vain que Duplessis-Mornay fit aussi entendre sa voix grave et éloquente. Il envoya son gendre Villarnoul à la Rochelle , avec un mémoire pour l'assemblée : il y dépeignait les chances de la guerre , les calamités dont les villes protestantes seraient victimes, si le roi se décidait à entrer en campagne. « Sommes-nous bien en état d'opposer nos » forces avec celles du roi ? Où sont nos ressources ? Les » princes et les états protestants désapprouvent hautement » notre conduite ; ils n'en veulent pas être complices. » Malgré les énergiques efforts de celui qu'ils appelaient na-

poitou. n

guère lé pape des protestants , ils n'en persistèrent pas moins dans leur résistance contre la volonté du roi.

La guerre recommença donc : Louis XIII publia à son passage à Niort, le 27 mars 1G21 , une déclaration contre les habitants de la Rochelle et de Saint-Jean-d'Angély, lesquels étaient traités de rehelles , aussi bien que leurs partisans. Notre pensée n'est pas de suivre le roi de France dans sa marche à travers notre province , ni de raconter les détails de son expédition contre les calvinistes de la Rochelle. Tous ces événements appartiennent à l'histoire générale : ce qu'il nous faut dire, c'est l'accueil que reçut le jeune monarque dans les cités du Poitou qu'il traversa. Soit crainte , soit affection , presque toutes lui ouvrirent leurs portes ; Parthenay, Fontcnay et Niort rivalisèrent de soumission; Chàtellerault envoya des députés pour exprimer la fidélité de ses habitants. Parmi les seigneurs calvinistes , le duc de Thouars abandonna la cause du duc de Tiolian , et resta neutre dans la campagne qui se préparait. N'était-ce pas déjà presque une répudiation complète de ses anciennes affections, que le brillant accueil fait par lui au roi de France? Ne fut-ce pas dans son propre château que Louis XIII s'empara d'une grande quantité d'armes et de munitions destinées au siège de St-Jean-d'Angélv ? Cette ville fut emportée d'assaut , malgré la résistance de Soubise et les chaleureuses prédications d'un grand nombre de ministres , dont la parole éloquente excitait au combat les guerriers calvinistes. Pendant que le roi de France poussait activement le siège de la Pvochelle , Soubise, quoique vaincu à Saint-Jean, alla chercher dans le bas Poitou de nouvelles occasions de luttes. A la tête de trois mille fantassins , il se rendit maître des Sahles-d'Oloune ci du château de la Chaume. Les dra-

peaux qu'il prit sur l'ennemi furent envoyés à la Rochelle comme gages de sa victoire; on les plaça dans la salle de l'hotel-de-ville où les magistrats municipaux tenaient leurs

orageuses séances.

Le comte de la Rochefoucauld marcha contre lui , et ne put en aucune façon mettre fin aux incursions fréquentes qu'il faisait dans tout le pays, à Saint-Gilles, à Talmont et à ]Noirmoutiers. Enfin , le roi s'avança lui-même contre les rebelles qui venaient de piller la ville de Luçon, et qui s'apprêtaient à s'emparer des iles de Rie , Férié et de Mont , situées sur les côtes du bas Poitou , au milieu des canaux et des marais qui avoisinent les plages de l'Océan : ce fut dans ces lieux presque inabordables qu'il les rencontra. Dès que la basse marée permit aux troupes royales de marcher vers le point où s'étaient réfugiés les soldats de Soubise , elles se disposèrent au combat. Mais ce dernier , ne voulant point affronter les chances d'une défaite , abandonna précipitamment le pays envahi , laissant à la merci du vainqueur un grand nombre de prisonniers. Au moment où cette fuite venait de s'effectuer, plusieurs vaisseaux partis de la Rochelle s'approchaient des côtes pour protéger la défense de Soubise. Toute la flotte allait être victime d'un stratagème des royalistes qui avaient contraint un ministre protestant de paraître sur le sommet de la tour pour appeler les secours, et de supplier d'opérer un débarquement. Un des marins , envoyés pour rendre compte de ce qui se passait , étant tombé entre les mains de l'ennemi , feignit de vouloir se prêter à la ruse dont le ministre s'était fait l'instrument. Mais , lorsqu'il fut à portée d'être entendu de ses compagnons , au lieu de faire retentir le cri de ralliement , il proféra à haute voix celui de trahison , et se précipitant

dans ks Ilots , il rejoignit, quoique blessé, la lloiio qu'il venait de sauver par son sublime dévoùment. Ce marin , né à l'ile de lié, s'appelait Foran.

La victoire du roi dans les marais du bas Poitou plaça sous sa domination presque toutes les places fortes de notre province; et lorsqu'en 1624 la cité de la llocbelle adressa à Louis XIII l'assurance de sa fidélité et de sa soumission , nos contrées furent pour quelque temps à l'abri de tout désastre. On avait bien encore à redouter les désordres des guerriers epars çà et là sur notre territoire , ainsi que les manifestations bostiles de l'un ou de l'autre des partis; mais aucune guerre générale n'existait entre eux. La royauté songe à détruire. tous les germes d'indépendance communale et nobiliaire. Elle impose ses eboix aux élections municipales, introduit dans les conseils de l'écbevinage, sous prétexte d'y rétablir la paix , des hommes dévoués. C'est ce qui arriva pour les conseillers d'état Amelot et de Cbaillou qui se mêlèrent des affaires de la cité , et cela malgré l'énergique résistance des magistrats municipaux. On semble accorder protection aux calvinistes , et leur enlever ainsi tout prétexte de révolte; mais dès que l'occasion s'offre de sévir contre eux , la sévérité des cours judiciaires , aussi bien que le caprice royal , frappent avec rigueur les dissidents. Le présidial de Poitiers n'avait-il pas condamné à être pendu et brûlé un malheureux protestant de Thouars , dont le seul crime était d'avoir proféré contre le roi quelques paroles injurieuses? Et lors du dernier siège de Saint-Jcan-d'Angély, alors que Louis XIII venait de traverser notre territoire , n'avait-on pas encore, dans la ville de Poitiers, offert à la multitude fanatique un spectacle de nature à exciter ses passions déjà trop vives? N'y avait-il pas d'autre moyen de prouver sa fidélité an monarque et à la religion que de

;- i L'ANCIEH

pendre en effigie un ministre protestant .J Commcni s'étonner, après de semblables faits, des agitations populaires dont nous avons signalé les incidents? Quoi de plus naturel que la joie des catholiques de Poitiers à la nouvelle de la victoire de Louis XIII contre Soubise? Les protestants sont publiquement insultés ; sur les places publiques , au milieu des fêtes que provoquait ce dernier triomphe , des allusions grotesques, des épithétes méprisantes émanèrent d'une populace furieuse. Il est vrai que le pouvoir municipal intervient pour réprimer de tels désordres , qu'il prend à cet effet de nombreux et de sages arrêtés ; mais qu'importe tout cela, si , dans l'intime pensée des gouvernants, se rencontre l'expression d'une haine profonde contre les calvinistes? Est-ce que les populations pouvaient croire à ces vaines protestations , alors que le sang des victimes fumait encore , que retentissaient de nouveau des cris de vengeance , et que les dignités conquises par de glorieux services étaient indignement ravies à ceux qui les avaient méritées? L'injure faite à Duplessis-Mornay, alors qu'on lui enlève son commandement de Saumur , révèle assez le caractère de tous ces événements , la position des divers partis , et l'impossibilité dans laquelle ils se trouvent d'opérer une complète et sincère fusion. Dans une telle situation, faut-il s'étonner que les traités pacifiques soient à chaque instant violés, et que la foi des contractants n'offre aucune garantie certaine? Les factions sont en présence ; leur communauté d'existence n'est plus qu'une tentative reléguée dans les expériences du passé ; toutes deux veulent la victoire , réclament l'empire : dans un tel état de choses, la guerre devient une triste nécessité pour toutes deux , et la défaite de l'une la logique conséquence du triomphe de l'autre.

Le duc de Kohan et son frère de Soubise ne tardèrent

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point à recommencer les hostilités. Le premier se lil solennellement proclamer chef des églises réformées. Dès ce moment son enthousiasme politique s'entoura de Ions les prestiges que l'imagination religieuse a créés : il uvail , disent les pamphlets du temps, la figure d'un apôtre guerrier; jamais il ne sortait sans se l'aire précéder de la Bible ; il flattaif les ministres , et se livrait enfin à toutes les exagérations d'un esprit fanatique, ou bien aux arrière-pensées d'un perfide ambitieux. Le duc de Soubise, de son côté, après avoir séjourné quelque temps en Angleterre , revint en France , et, à l'aide de quelques vaisseaux anglais , il se rendit formidable sur toutes les côtes de l'Océan. Quelques ports tombèrent en son pouvoir, et il occupait déjà l'île de Bé, lorsque le duc de Montmorenci reçut du roi la mission de prendre le commandement de l'armée navale réunie aux Sables. De Soubise fut vaincu dans les diverses rencontres, et, malgré l'héroïque vaillance des matelots roehelais sous les ordres de l'amiral Guiton , les calvinistes éprouvèrent sur les Ilots de l'Océan les mêmes revers que sur le territoire de la Saintonge et du Poitou. De Soubise retourna en Angleterre , et Guiton vint à la Rochelle braver les reproches injustes de ses habitants , qui l'accusèrent d'avoir cédé aux coupables suggestions de l'ennemi. Ceci se passait en 1625. Ces événements furent suivis d'une nouvelle transaction de paix.

Cette paix n'eut pas plus de durée que les précédentes. Une triste fatalité raviva l'énergie de celte guerre religieuse. Lue nation voisine , l'ancienne ennemie de la France, vint prêter à la faction vaincue l'appui de ses Hottes et sa guerroyante intervention. Le 20 juillet 1627, un des ministres du roi d'Angleterre, de Buckingham , parut devant file de Ré avec une flotte considérable j prés de lui se ren-

contre Soubise, cet infatigable moteur de désordres civils, fie soutien audacieux du parti calviniste. La cité de la Rocbelle, fiére de son antique indépendance, et comprenant la dignité nationale , refuse l'entrée de ses murs à l'armée étrangère , alors même qu'elle vient s'offrir pour soutenir la cause cbancelante du protestantisme. De Soubise pénétra seul dans la ville , grâce an dévoùment de sa mère, la vieille duchesse de Rohan , et obtint, à force de prières, l'introduction du secrétaire du ministre anglais dans le conseil de la commune. Là, leurs efforts furent inutiles pour amener les Rochclais à une transaction avec l'Angleterre , et ce ne fut qu'après de longs pourparlers, alors que le duc de Ruckingham s'était déjà emparé de l'ile de Ré, qu'ils consentirent à associer les destinées de leur cause à celles d'une puissance ennemie. N'y avait-il pas , dans cette étrange union , le germe d'une future défaite?

Le roi de France accourut de nouveau vers la ville rebelle ; près de lui se rencontre, non plus une femme faible et capricieuse, ni un favori lâche et imprudent, mais un homme dont le nom occupe le premier rang parmi les politiques de nos temps modernes, l'illustre Armand Duplessis, cardinal de Richelieu. Notre province peut, ajuste titre, revendiquer le souvenir de cet homme d'état ; non-seulement il tient au Poitou par sa coopération active aux événements de cette époque , mais encore par sa naissance , par les commencements de sa vie , et par la fondation de ce noble manoir auquel il donna son nom , et qui devint le centre de la petite cité située entre l'Anjou et le Poitou. Suivant le savant Duchêne, le célèbre cardinal aurait eu pour souche la maison Duplessis, dont la terre était située à quelque distance d'Angle. Et puis, n'était-ce pas dans le diocèse de Lueon qu'il avait débuté dans la carrière sacerdotale? Chose étrange!

alors que les doux armées catholique et prolestante se trouvent en présence , leurs divers chefs appartiennent, par origine , à la province dont nous résumons les annales. C'est sur un territoire voisin du nuire que la lutte s'accomplit ; faut-il s'étonner maintenant de l'intérêt que nous devons porter à son dénoùment ?

Nous ne rappellerons cependant pas les détails du long siège dont la Rochelle fut le théâtre, ni les mille comhats qu'il provoqua , ni le courage des assiégés , ni l'ardeur de l'attaque ; nous ne dirons point les agitations des camps extérieurs ni celles de la cité , pas plus que les querelles privées et tous les incidents d'une vie pleine d'émotions et d'alarmes; nous ne répéterons point les éloquentes paroles des ministres protestants, ni les discussions orageuses de l'échevinage , ni les plaintes légitimes portées contre l'Angleterre ; tout cela échappe aux limites de notre travail. C'est à peine si nous pouvons recueillir çà et là le souvenir des actions héroïques qui ont signalé la défense de cette cité , soit lorsque le maire Guiton jette son poignard sur la table de la commune , jurant d'en frapper celui qui parlerait de se rendre , soit lorsque la vieille duchesse de liohan , âgée de quatre-vingt-onze ans, supporte sans murmurer les horreurs d'une longue famine. JNous voudrions pouvoir suivre les destinées heureuses ou malheureuses de tous les calvinistes poitevins, alors qu'ils combattent pour le triomphe de leur cause. C'est là leur dernière épreuve. Malheur aux vaincus ! L'avenir de la lutte était en suspens sous les murs de la Rochelle. Plus de combats, plus d'assemblées tumultueuses, plus de révoltes. Nous sommes arrivés à la dernière heure de cette lutte immense , à laquelle les paroles audacieuses du moine Luther ont servi de signal. Il nous faudrait aussi raconter les exploits de tous les seigneurs poitevins enrôlés

sous les bannières de la royauté , dire leurs noms , les suivre <le l'œil au milieu de eelte mêlée confuse*. Enfin., après plus d'un an de siège, cette ville, qui pendant si longtemps avait étôbné la France et arrêté les yeux d'une grande partie de l'Europe, fit sa soumission au roi de France dans les derniers jours du mois d'octobre '1628. Le Ie1 novembre, le cardinal de Richelieu y célébra la messe , et Louis XIII y lit son entrée solennelle. La mère et la sœur du duc de Roban ne voulurent point accepter la capitulation , et elles allèrent expier dans le donjon de Niort leur fidélité aux principes religieux qu'elles avaient embrassés.

La prise de la Rocbelle fut le dernier coup porté au calvinisme. La réaction catholique triomphe; la puissance royale met à néant toutes les tentatives d'indépendance. Les citadelles des villes sont rasées ; celles de Niort , de Fontenay cl de Saiut-Maixent subissent ce sort. Les seigneurs lléchissent devant l'autorité royale; la fermelé souvent cruelle de Richelieu ne donne à leurs projets de rébellion que les chances de la défaite et d'un supplice humiliant. Le duc de l'houars, après avoir combattu dans l'armée royale , abjure entre les mains du cardinal les doctrines pour lequelles il s'était autrefois insurgé. Les monuments du catbolicisine , .-■ longtemps livrés à la dévastation et au pillage, se relèvent de leurs ruines; les ordres monastiques se propagent; partout se manifestent les conséquences de la dernière victoire du roi de France. Alors , au milieu desebantsde triomphe, ou entendit non-seulement des plaintes énergiques sur les malheurs passés , mais aussi des cris de colère et de vengeance centre ces hommes qui avaient soutenu avec tant d'éclat la liberté de conscience et de culte , contre ces seigneurs qui s'étaient associés à leur» espérances et à leurs efforts. Les guerres de religion contribuèrent puissamment a fortifie!

l'unité nationale ; durant les troubles > l'indépendance des cités, celle des nobles, a éclaté bruyante et glorieuse. La royauté, ce lien mystérieux et symbolique de l'unité, a élé méconnue par les bourgeois aussi bien que par les seigneurs. Enlevez à toutes ces luttes leur caractère , leur prétexte , vous ne rencontrerez, que des tendances vers l'anéantissement du pouvoir unitaire. Dans les manifestations des communes, alors qu'elles répudiaient la puissance royale, alors que, de concert avec les ligueurs, elles s'insurgeaient contre elle , n'est-il pas possible de reconnaître les derniers efforts du système féodal , luttant avec de nouveaux cbefs sous de nouvelles bannières? Mais le dénoùment de toutes ces luttes consolida l'œuvre nationale ; en face de la royauté soutenue par Richelieu, expirèrent toutes ces velléités de révolte et d'indépendance. La victoire de la Rochelle devint le signal de cette révolution. Les communes qui avaient pris une part active dans l'insurrection perdirent leurs privilèges; leurs fortifications , leurs citadelles , refuge toujours ouvert à la révolte , furent rasées; des promesses de soumission , comme les garanties d'ordre , furent solennellement prononcées. Quant aux seigneurs, tremblants sous la toute-puissance de l'ancien évèque de Luçon, ils devinrent les alliés fidèles de la royauté; et si quelques-uns d'entre eux voulurent conserver leur propre indépendance en luttant contre elle, ce ne fut plus les armes à la main , sur les champs de bataille, que le roi de France vint les combattre , mais au milieu du sanctuaire de la justice , souvent par l'office de juges partiaux et dévoués; et pour dénoùment de leurs efforts, ils ne rencontreront que la hache du bourreau et l'appareil hideux du supplice.

La réaction catholique se manifesta bientôt dans toute sa véhémence : la justice s'inspira des passions religieuses, et

proclama d'énergiques sentences contre le» désordres passés, cherchant à donner à l'avenir des garanties de paix. En 1(33'+, le roi de France ordonna la réunion de la cour des grands-jours dans la cité de Poitiers, lui déléguant un pouvoir immense, non-seulement pour la répression des crimes prives, mais encore pour décréter diverses mesures nécessaires à la commodité , sûreté et repos de la province. Les décisions de cette puissance judiciaire, politique et législative, révèlent les préoccupations de cette époque, et nous donnent une juste mesure des tendances du gouvernement de Richelieu. Le Poitou ne fut pas seul soumis à cette juridiction ; elle s'étendit aussi sur les provinces du Limousin et du Périgord. Il fut ordonné à tous les baillis, sénéchaux, juges et prévôts, d'informer des meurtres, assassinats, volleries, rapts , enlèvements et violcments de femmes et filles , levées de deniers et autres exactions , concussions , rebellions , forces , violences , usurpations et occupations de cures , prieurez , cliajyprlles , hospitaux , maladeries , exceds faicls à ses f/ens et autres officiers du roy. La cour convoqua près d'elle tous les magistrats royaux des trois provinces, pour rendre raison de leurs charges et entendre ses ordonnances et délibérations. Les décisions municipales de la cité de Poitiers furent sanctionnées; il fut défendu de jurer et de blasphémer le nom de Dieu , de porter des armes au sein de la ville , d'y sonner tambours, fifres on trompettes, de pratiquer des fossés autour des maisons, de tenir boutiques ouvertes, travailler, vendre et débiter marchandises les jours de f estes et dimanches. Toutes ces prohibitions lurent suivies de clauses pénales.

Mais ce n'était là que le prélude de mesures plus sévères encore , toutes dirigées contre les calvinistes. Le passé fut soumis aux investigations de la justice. Malheur à ceux qui "iil prolité «hs derniers troubles pour se livrer à quelques

actes coupables ! Au lieu de paroles d'amnistie et d'oubli , ils auront à redouter de sévères et d'implacables sentences. Les cimetières , les églises occupés par les protestants furent restitués au culte catholique; aucun temple ne pourra s'élever, aucune école s'établir sans la permission du roi; les seigneurs ayant liante justice ou fief d'haubert devront désigner la maison qu'ils destinent à l'exercice de la religion réformée; les autres ne pourront pratiquer leur culte dans une maison de leur dépendance qu'au sein de leur famille , et cela avec le consentement des seigneurs catboliques de qui ils relèvent. Tous les édifices consacrés au protestantisme, qui peuvent nuire par leur proximité aux exercices de la religion rivale, seront détruits. Il sera défendu de faire le presclie ou tout autre exercice sur les places publiques , dans les balles, au milieu des carrefours. Des commissaires furent envoyés dans tout le pays pour visiter les cures et les églises , s'informer de l'état des édifices , des personnes qui jouissent des revenus , des bénéfices appartenant à des bénéficiers , fabriques ou confrairies ; de constater la nature des aliénations , les titres de propriété ; d'en chasser les possesseurs illégitimes; d'aviser aux moyens de rétablir, reconstruire les édifices détruits ; en un mot , de prendre toutes les mesures nécessaires pour le rétablissement du culte divin. Les évêques furent exhortés à visiter leurs diocèses , et à pourvoir à ce que la parole de Dieu fut annoncée au peuple par gens capables, de bonne vie et non suspects de factions.

Les dispositions générales furent suivies de plusieurs ordonnances plus précises encore. On interdit l'exercice du culte protestant dans la cité de Vivône , avec défense au ministre de Lusignan d'aller prêcher en tout autre lieu que cette dernière ville. A Loubé, à Saint-Maixent, à la Tré-

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mouille , à lu Molhe , ù Lherveux , cl dans beaucoup d'autres lieux, on publia prohibition aux calvinistes d'enterrer leurs morts dans les cimetières communs. Enhardis par les diverses décisions rendues par la cour des grandsjours, l'abbé et les religieux de Saint-Maixent lui adressèrent une requête contre les protestants de cette ville, et plus spécialement contre le ministre Samuel le Blanc et Raphaël Dieumegard , l'un des anciens de la religion , afin d'obtenir la destruction d'un temple récemment construit. L'archevêque de Tours , Bertrand Deschaux, se chargea de soutenir leur demande. « Il fut ouv au barreau , reveshi » de son rochet et camail , et assisté de son advocat et pm- » cureur , suppliant la cour dans un discours en latin de n vouloir bien l'entendre , comme obligé par le devoir de » sa charge et l'honneur de sa conscience de procurer les » intérêts de l'église et ses droits. » Après les discussions auxquelles se livrèrent les avocats des parties Bry et Soulet , et les conclusions de l'avocat général Talon tendant à faire considérer comme usurpation l'acte des ministres protestants, la cour rendit cet arrêt : « Ordonne que dans huie- » taine lesdits défendeurs feront démolir et abbattre le » bastiment du temple qu'ils ont fait construire , et à faute » de ce faire le dict temps passé , sera ledit bastiment » desmoly à la diligence du substitut du procureur général » au siège de Saint-Maixent. »

Dans toutes ces sentences se rencontre la même tendance en faveur du culte catholique. La justice s'associe à l'œuvre de réaction. jNon-seulement par ses décisions elle restitue les bénéfices à ceux qui en avaient été dépouillés , chasse les usurpateurs et contribue au rétablissement des édifices , mais encore elle frappe les délinquants , sanctionne les condamnations passées , formule des règlements , surveille les

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