‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 10 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

Ainsi les cultes vraiment sémitiques n*ont jamais dépassé la simple religion patriarcale, religion sans mysticisme, sans théologie subtile, confinant presque chez le bédouin à l'incrédulité. De nos jours, le mouvement des Wahhabis n'a-t-ii pas failli aboutir à un nouvel islam , sans autre prestige que Téternelle idée de l'Arabie : simplifier Dieu , écarter sans cesse toutes les superfétations qui tendent à s'ajouter à la nudité du culte pur? De là ce trait caractéristique, que les Sémites n'ont jamais eu de mythologie. La façon nette et simple dont ils conçoivent Dieu séparé du monde, n'engendrant point, n'étant point engendré , n'ayant point de semblable , excluait ces grands poèmes divins, oij l'Inde, la Perse, la Grèce ont développé leur fantaisie , et qui n'étaient possibles que dans i'imaginalion d'une race laissant flotter indécises les limites de Dieu, de l'humanité et de l'univers. La mjihologie , c'est le panthéisme en religion ; or l'esprit le plus éloigné du panthéisme , c'est assurément l'esprit sémitique. Qu'il y a loin de cette étroite et simple conception d'un Dieu isolé du monde, et d'un monde façonné comme un vase entre les mains du potier, à la théogonie indo-européenne, animant et divinisant la nature^com::^ prenant la vie comme une lutte , l'univers comme un perpétuel changement, et transportant^ en quelque sorte, dans les dynasties divines la révolution et le progrès !

L'intolérance des peuples sémitiques est la conséquence nécessaire de leur monothéisme. Les peuples indo-européens, avant leur conversion aux idées sémitiques, n'ayant jamais pris leur religion comme la vérité absolue , mais comme une sorte d'héritage de famille ou de caste, devaient rester étrangers à l'intolérance et au prosélytisme : voilà pourquoi on ne trouve que chez ces derniers peuples la liberté de penser, l'esprit d'examen et de recherche individuelle. Les Sémites, au contraire , as-

pirant à fonder un culte indépendant des variétés provinciales, devaient déclarer mauvaises toutes les religions différentes de la leur. L'intolérance est bien réellement en ce sens une partie des legs bons et mauvais que la race sémitique a faits au monde. Le phénomène extraordinaire de la conquête musulmane n'étail possible qu'au sein d'une race incapable comme celle-ci de saisir les diversités , et dont tout le symbole se résume en un mot : Dieu est Dieu. Certes, la tolérance indo-européenne partait d'un sentiment plus élevé de la destinée humaine et d'une plus grande largeur d'esprit; mais qui osera dire qu'en révélant l'unité divine , et en supprimant définitivement les reli- ? gions locales , la race sémitique n'a pas posé la pierre fonda-cli mentale de l'unité et du progrès de l'humanité? l|

Au monothéisme se rattache un autre trait essentiel de la race ' sémitique : je veux dire le prophétisme. Le prophétisme est la forme sous laquelle s'opèrent tous les grands mouvements chez les Sémites, et, de même qu'à chaque âge du monde correspond chez les Indiens un nouvel Avatar, de même, chez les Sémites, à toutes les grandes révolutions religieuses et politiques correspond un prophète. Les peuples primitifs se croyant sans cesse en rapport immédiat avec la divinité , et envisageant les grands événements de l'ordre physique et de l'ordre moral comme des effets de l'action directe d'êtres supérieurs , n'ont eu que deux manières de concevoir cette influence de Dieu dans le gouvernement de l'univers : ou bien la force divine s'incarne sous une forme humaine, c'est V Avatar indien; ou bien Dieu se choisît pour organe un mortel privilégié , c'est le Nabi ou prophète sémitique. Il y a si loin, en effet, de Dieu à l'homme dans le système sémitique , que la communication de lun à l'autre ne peut s'opérer que par un interprète restant toujours parfaitement distinct de celui qui l'inspire. L'idée de

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