‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 11 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

révélation est, en ce sens, une idée sémitique. Elle apparaît dès les origines de la race. Le Coran n'imagine pas d'autre classification des peuples que celle-ci : peuples qui ont une révélation (un livre), peuples qui n'en ont pas.

L'absence de culture philosophique et scientifique chez les Sémites tient, ce me semble, au manque d'étendue, de variété et, par conséquent, d'esprit analytique, qui les distingue. Les facultés qui engendrent la mythologie sont les mêmes que celles qui engendrent la philosophie , et ce n'est pas sans raison que l'Inde et la Grèce nous présentent le phénomène de la plus riche mvthologie à côté de la plus profonde métaphysique. Exclusivement frappés de l'unité de gouvernement qui éclate dans le monde , les Sémites n'ont vu , dans le développement des choses que l'accomplissement inflexible de la volonté d'un être supérieur; ils n'ont jamais compris la multiplicité dans l'univers. Or la conception de la multiplicité dans l'univers, c'est le polythéisme chez les peuples enfants; c'est la science chez les peuples arrivés à l'âge mûr. Voilà pourquoi la sagesse sémitique n'a jamais dépassé le proverbe et la parabole, à peu près comme si la philosophie grecque eût pris son point d'arrêt aux maximes des sept sages de la Grèce. Le livre de Job et le Kohéleth, qui nous représentent le plus haut degré de la philosophie sémitique, ne font que retourner les problèmes sous toutes les formes, sans jamais avancer d'un pas vers la réponse; la dialectique, l'esprit serré et pressant de Socrate y font complètement défaut. Si parfois le Kohéleth semble plus près d'une solution, c'est pour aboutir à des formules antiscientifiques : «Vanité des vanités... Rien de nouveau sous le soleil... Augmenter sa science, c'est augmenter sa peine...';»

' Ecclés. chap. i : «J'ai voulu rechercher ce qui se passe sous le ciel, et j"ai »u que c'était la pire occupation que Dieu ait donnée aux fils des hommes J'ai

formules dont la conclusion est : jouir et servir Dieu , — let deux pôles de la vie sémitique.

Les peuples sémitiques manquent presque complétemen* de curiosité. Leur idée de la puissance de Dieu est telle que rien ne les étonne. Aux récits les plus surprenants, aux spectacles les plus capables de le frapper, l'Arabe n'oppose qu'une réflexion, rDieu est puissant! i? comme dans le doute, {iprès avoir exposé les opinions pour et contre , il se gfarde de conclure, et s'échappe par la formule jfc^l aMI «Dieu le sait!» L'explication de toute chose est à leurs yeux trop prochaine et trop simple pour laisser place à la recherche rationnelle. Dieu est, Dieu a créé le monde; cela dit, tout est dit. — Si l'on objecte le développement philosophique et scientifique des Arabes sous les Abbasides, il faut répondre que c'est un abus de donner le nom de philosophie arabe à une philosophie qui n'est qu'un emprunt fait à la Grèce, et qui n'a jamais eu aucune racine dans la péninsule arabique. Cette philosophie est écrite en arabe, voilà tout ; elle n'a fleuri que dans les parties les plus reculées de l'empire musulman, en Espagne, au Maroc, à Samarkand, et, bien loin d'être un produit naturel de l'esprit sémitique, elle représente plutôt la réaction du génie indo-européen de la Perse contre l'islamisme , c'est-à-dire contre l'un des produits les plus purs de l'esprit sémitique.

La poésie des peuples sémitiques se distingue par les mêmes caractères. La variété y manque absolument. Les thèmes de la poésie sont, chez les Sémites, peu nombreux et bien vite épuisés. Cette race n'a connu, à vrai dire, que deux sortes de poésies : la poésie parabolique , le maschal hébreu , dont les livres attribués à Salomon sont ie type le plus parfait, et la poésie

appliqué mon cœur à la science et j'ai vu que ce n'était qu'affliction d'esprit.»

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