‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 100 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

xvm* siècle, d'une manière vraiment efficace, ce puissant moyen herméneutique. Il faisait partie de la grande école de philologie hoUandaise , qui avait compté ou qui comptait encore dans son sein Hemsterhuys, Valckenaer, Lennep, Ruhnkenius, Scheid, et dont le caractère était d'allier l'étude des langues orientales à celle des langues classiques. La philologie hébraïque doit à Schultens une éternelle reconnaissance pour la vigueur avec laquelle il réalisa son idée favorite : l'éclaircissement de l'hébreu par l'arabe; néanmoins il faut reconnaître qu'il appliqua ce principe d'une manière beaucoup trop exclusive. Les parallélismes qu'il croit découvrir entre les deux langues sont quelquefois subtils et forcés ; il ne tient pas assez compte des autres idiomes sémitiques. Si l'arabe, en effet, fournit de grandes lumières pour l'intelligence de la syntaxe et de la structure générale de la langue hébraïque, il faut reconnaître que, pour la partie lexicographique, les analogies tirées de l'arabe sont fort trompeuses ; l'araméen est ici un guide bien plus sûr ^. Schultens avait d'ailleurs le tort de négliger les autres moyens herméneutiques , tels que la tradition juive et le secours des anciennes versions. Son plus illustre élève fut Schrœder, professeur à Groningue, qui porta la grammaire hébraïque au plus haut point de. perfection qu'elle eût encore atteint.

Jusqu'ici les travaux des hébraïsants avaient été considérés comme un appendice de la théologie. L'école de Schultens, en suivant dans l'étude de la littérature hébraïque une méthode purement profane , se plaça la première au point de vue de la science impartiale et désintéressée; mais ce fut l'école allemande qui ramena définitivement l'interprétation de la Bible

' R. Jona avait bien aperçu cette vérité. (Voir le fragment poblié par M. Munk, Noùee sur Abotdwalid, p. 178.)

i80 HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

à la condition de toute autre science. Dès lors la connaissance de l'hébreu rentra dans le domaine général de la philologie , et participa à tous les progrès de la critique par les écrits des deux Michaëlis , de Siraonis , Storr, Eichhorn , Vater, Jahn , Rosenmûller, Bauer, Paulus, de Wette, Winer, et surtout par les admirables travaux de Gescnius et d'Ewald , après lesquels on pourrait croire qu'il ne reste plus rien à faire dans le champ spécial de la littérature hébraïque ^

Le trait caractéristique de la méthode nouvelle est un éclectisme éclairé, admettant et contrôlant l'un par l'autre tous les moyens que les écoles antérieures avaient appliqués isolément et d'une manière exclusive. Elle ne rejette pas les pointsvoyelles , comme l'école française du xviii^ siècle ; elle n'a point pour ces signes le, respect superstitieux de l'école rabbinique; elle ne suit pas aveuglément, comme Buxtorf, la tradition des Juifs ; elle ne la dédaigne pas , comme le faisait Schultens. Tout ce que peut accepter une critique pénétrante et sévère, elle l'accepte, ne se proposant d'autre but que celui de toute autre branche de la philologie : l'intelligence aussi complète qu'il est possible de l'une des faces de l'esprit humain.

^ Une nouvelle école ayant pour chefs MM. Julius Fûrst et Delitzsch, et se donnant le nom à^historico-analytique , a prétendu, dans ces dernières années, s'opposer à l'école empirique de Gesenius et à l'école rationnelle d'Ewald. Si l'on excepte une déférence particulière pour l'autorité de la tradition juive, et une tendance fort dangereuse à rapprocher les langues indo-européennes et sémitiques , il est difficile de dire quel principe nouveau MM. Fûrst et Delitzsch ont introduit dans le mouvement des études contemporaines. On peut lire, comme manifeste de celte école, l'ouvrage de M. Delitzsch, lesurun, seu isagoge in gramtnaticam et lexicographiam linguœ hebraicœ, conlra G. Gesenium et H. Eœalclum; Grimm^,'. i83$.

Page 1