‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 101 sur 281 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

BRANCHE CHANANÉENNE {phÉNICIEn).

LTiistoire des langues sémitiques, telle que nous l'avons entendue, ne saurait être que l'histoire des dialectes de cette famille qui ont laissé des documents certains , à partir de l'époque où ces documents nous permettent d'atteindre ; aussi avonsnous dû nous borner jusqu'ici à raconter la série des transformations de l'hébreu. Avant le ii* siècle de notre ère, en effet, les Juifs seuls, parmi les Sémites, ont écrit pour la postérité, et sans eux les antiquités de cette race nous seraient profondément inconnues. Les Phéniciens, cependant, doivent trouver place à côté des Hébreux dans notre première période : bien qu'aucun ouvrage phénicien n'ait été conservé, et que l'interprétation des monuments épigraphiques conçus en cette langue soit vraisemblablement destinée à rester toujours imparfaite, on en sait assez pour parler avec assurance d'une langue phénicienne, droit que l'on n'a pas pour les autres dialectes sémitiques de ces temps reculés. L'arabe, par exemple, ne commence à exister pour la science qu'au vi' siècle de notre ère, quoique cette langue possédât sans doute, dos la plus haute antiquité , ses traits distinctifs.

Aucune incertitude ne saurait rester, même en l'absence des monuments écrits, sur le caractère de la langue phéni-

i82 HISTOIRE DES LANGuifs SÉMITIQUES.

cienne et sur ses analogies avec l'hébreu ^ L'hébreu était la langue des peuples de la Palestine au moment de l'entrée des Beni-Israël en ce pays (voir ci-dessus, p. 1 1 1, i iq). Or la table ethnographique du x' chapitre de la Genèse , si précise et si exacte quand il s'agit des nations voisines de la Palestine, établit par le nom de Chanaan^ un lien immédiat de parenté entre toutes les populations du littoral et du Liban, depuis Hamat et Aradus au nord, jusqu'à Gérare et la mer Morte au sud. C'est exactement l'ensemble des populations que les Grecs appelaient Phéniciens, nom qui se retrouve dans la plus importante de leur colonies : Pceni^. Les Phéniciens se désignaient eux-mêmes par le nom de Chanaan ^ ; ce nom se lit sur des médailles^, et les Hébreux l'appliquaient si bien à l'ensemble des populations phéniciennes, que le mot chananéen a passé

' Ce fut une vérité reconnue des anciens. Nous ne répéterons pas ici les passages souvent cités de saint Augustin, de saint Jérôme, de Priscien. On peut les voir recueillis par Gesenius, Monumenta phœnicia, p. 33 1, et par M. Judas, Etude démonstrative de la langue phéniàenne, 1. 1, chap. i.

* Ce nom paraît signifier le bas pays, mais non, comme on le croit d'ordinaire, par opposition à Aram, «le haut pays.» (Voir Movers, Die Phœnizier, II, i, p. 7 et suiv. — Bertbeau, Zur Gesch. der Isr. p. i53 et suiv. — Lengerke, Kenaan, p. a 5 et suiv.)

' «Pœni, sermone corrupto, quasi Phœni.» (S. Hieron. In Jerem. v, aS.) M. Brugsch croit retrouver ce mot dans un document relatif aux Hyksos. [Zeitsch-ijt der d. m. G. i855, p. 213.) M. Hitzig l'identifie au Pout ou Poul des Hébreux. ( Die Grabschrift des Danns , p. 7 1 .)

* XvSs, oUrci) èXéyeTO b Àj^r}v«p^ 6%tv xai j? <î>otvlxn Ù)(vS Xéyertu. (Chœroboscus, apud Bekker, Anecdota grcpca, III, p. 1181.) Xi'cë, oUtus v (^oivIkv êxa-

AeÎTo Tè iôvixov lavmjs Xvios. (Steph. Byzant. verbo XvS.) À^eA^ès XvS

Tov [n£rovo(jLa(7dévTos (î>olvixos. {Sanchoniathonis fragmenta, edit. Orelli, p. ho.) (Cf. Hérodien, Ilepi ftorrjpous lé^ews, p. 19, edit. Lehrs. Voy. Buttmann , Afyihologus, I, 228. — Tuch, Kommentar ûber die Genesis, p. 334 et suiv. — Knobel. Die Vœlkertafel der Genesis, p. Sog-Sio.)

^ Barthélémy, dans les Mém. de VAcad. des inscr. et belles-lettres, t. XXX, p. 4 16. — Eckhel, Doctrina numorum veterum, pars i , t. III, p. 609.

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