LIVRE II, CHAPITRE II
chez eux à la signification générale de marchand. (^Prov. xxxi, 2/1; Joh, XL, 3o; Osée, xii, 8; Sophon. i, 11 ; Is. xxiii, 8,11; Ezéch. XVII, II.)
De ce que les Phéniciens parlaient une langue sémitique, le linguiste est invinciblement porté à conclure qu'ils étaient eux-mêmes des Sémites. De graves difficultés s'élèvent pourtant aux yeux de l'historien , et le tiennent en suspens sur l'origine réelle de ce peuple , qui a joué un rôle si important dans l'histoire delà civilisation. Et d'abord les Hébreux ont repoussé obstinément toute fraternité avec Chanaan , et l'ont rattaché à la famille de Cham. Le critique est par moment tenté d'être de leur avis. Nous l'avons dit en commençant : le caractère propre des Sémites est de n'avoir ni industrie, ni esprit politique, ni organisation municipale ; la navigation et la colonisation leur semblent antipathiques; leur action est restée purement orientale et n*est entrée dans le courant des affaires de l'Europe qu'indirectement et par contre-coup. Ici, au contraire, nous trouvons une civilisation industrielle, des révolutions politiques, le commerce le plus actif qu'ait connu l'antiquité, une nation sans cesse rayonnant au dehors et mêlée à toutes les destinées du monde méditerranéen. En religion , même contraste : au lieu de ce monothéisme sévère, de cette haute idée de la divinité, de ce culte épuré qui caractérise les peuples sémitiques, nous trouvons chez les Phéniciens une mythologie grossière , des dieux bas et ignobles , la volupté érigée en acte religieux. Les mythes les plus sensuels de l'antiquité, les cultes phalliques, le commerce des courtisanes, les infâmes institutions des galles et des hiérodules venaient en grande partie de la Phénicien Peut-être, s'il fallait désigner parmi les peuples
' Conf. Movers, Die Phœnizier, I, p. 5a-55, 698 et suiv. 676-690, etc. M. Movers croit retrouver d\ns la religion phénicienne les traits d'uno mytholojjie
antiques celui dont la physionomie contraste le plus avec celle des Sémites, seraient-ce les Phéniciens qu'on serait tenté de nommer. Et pourtant voilà le peuple que les données linguistiques nous montrent comme ayant été dans la fraternité la plus étroite avec les Hébreux.
Des preuves nombreuses établissent que les Phéniciens ne sont pas les habitants primitifs de la terre de Ghanaan : mais la difficulté n'est par là que reculée; car comment supposer qu'un peuple doué d'un génie si fortement caractérisé ait adopté la langue d'une autre race, certainement fort inférieure en civilisation? Les Phéniciens, d'ailleurs, ne paraissent avoir été précédés sur le sol de Ghanaan que par des peuplades à demi sauvages (Refaïm, Zomzommim, etc.), qui n'appartenaient pas elles-mêmes à la race sémitique (voir ci-dessus, p. 35, note). Il faut donc admettre que les Phéniciens ont toujours parlé une langue sémitique , avant comme après leur arrivée en Ghanaan. Mais alors comment expliquer le contraste entre la langue et les mœurs? Il faut avouer que, dans l'état actuel de la science, il n'est point possible de répondre à cette question d'une manière bien satisfaisante.
Au fond, le problème qui nous occupe pour la Phénicie est parallèle à celui qui s'est déjà présenté à nous pour la Babylonie et l'Assyrie. Là aussi nous avons trouvé avec étonnement, à côté d'une langue sémitique, une civilisation qui ne s'explique oas mieux parle caractère sémitique que par le caractère arien. Nou.^ avons admis un premier fond de population , analogue à la race propre de l'Egypte , qui donna aux civilisations des bords du Tigre et du bas Euphrate leur physionomie industrielle , commerciale et matérialiste. Peut-être la même explication con-
commiine à tous les Sémites. (Die Phœnizier, I, p. 5 et suiv.) J'examinerai ailleurs (Études sémitiqties) en quel sens cela doit être entendu.