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LIVRE II. CHAPITRE II

viendrait-elle à la Phénicie^ La domination phénicienne dans la Méditerranée répond à celle des peuples maritimes du golfe Persique dans la mer d'Oman. La couleur obscène des religions de l'Assyrie et de la Phénicie, si opposée à la pudeur naturelle des Sémites et des Ariens, le mythe céphénien de Joppé^, le culte couschite de Sandan ou Sandak et d'Adonis', les généalogies fabuleuses qui font descendre Agénor et Phénix de Bélus, de Libye, d'^Ëgyptus, et les mettent en rapport avec Céphée et les Ethiopiens*, la légende qui les rattache à Memnon^, s'expliquent bien dans cette hypothèse. Enfin la tradition relative au séjour des Phéniciens sur les bords de la mer Erythrée , avant leur établissement sur les côtes de la Méditerranée^, s'éclaire ainsi d'un jour tout nouveau. Il résulte des travaux de M. Movers , et des récentes découvertes faites à Ninive et à Babylone, que la civilisation et la religion de la Phénicie et de l'Assyrie étaient fort analogues. D'un autre côté, la plupart des critiques modernes admettent comme démontré que le séjour primitif des Phéniciens doit être placé sur le bas Euphrate, au centre des grands établissements commerciaux et maritimes du golfe Persique"', conformément au témoignage unanime de l'antiquité.

* Movere, Die Phœn. II, i, p. 376 et suiv. — Knobel, Die VœJkertafeï der Genesis, p. 3io-3i5. — D'Eckstein, dans Y Athenœum français, a a avril i854, p. 366, 3* col. — Bunsen, /Egypten» Stelle, 1. V, 3* partie. M. de Bunsen, toutefois, nous parait avoir exagéré le degré de parenté entre l'Egypte et la Phénicie.

* D'Eckstein, ibid. a* col.

* Movers, Die Phœn. I, 45t et suiv. — Bœtticher, Rtidim. myth. semit. p. la, 10 et suiv. — D'Eckstein , Athenœutn, «7 mai i854 , p. 388, 3* col.

* Knobel , op. cit. p. 3 1 1 .

* Movers, Die Phœnizier, II, i, 977 et soir.

* là. ibid. p. 38 et suiv. — Bertheau, Zur Gesch. der Israeliten , p. i63 el suiv.

' Movers , Knobel , Bertheau , loc. cit. — Tuch , Kommentar ùber die Gen. p. a A &

186 HISTOIRE Dh'S LANGUES SÉMITIQUES.

Nous tiendrons donc les Phéniciens pour une branche de la grande famille sémitico-couschite, que nous avons déjà trouvée en Assyrie et en Babylonie, que nous retrouverons dans l'Yémen et l'Ethiopie, et qui forme un contraste si frappant avec les Sémites nomades ou Térachites. Nous pensons, avec M. Guigniaut', que cette famille, sortie la première du berceau commun de la race sémitique , c'est-à-dire des montagnes du Kurdistan, se civilisa de bonne heure, et devint pour ses frères demeurés pasteurs un objet d'exécration. Il semble qu'un changement aussi profond ne put s'opérer que par l'influence d'une population distincte des Sémites purs et antérieurement établie en Babylonie. En admettant même que cette population ait fait usage d'une langue sémitique analogue à l'hiœyarite, on ne concevrait pas qu'elle eût parlé un dialecte aussi semblable à celui des Térachites que l'est le phénicien. On peut supposer, au contraire , que , plus fidèles à leur langue qu'à leurs croyances et à leurs mœurs, les Phéniciens sont restés Sémites par l'idiome , alors même qu'ils entraient dans les voies des nations profanes , et tournaient leur activité vers le luxe et le commerce. La race sémitique offre plusieurs exemples de ces sortes de transformations, opérées sous l'influence des autres peuples. En est-il de plus frappante que celle du peuple juif, devenant, par suite de contacts répétés avec les étrangers, la nation la plus ouverte aux idées du dehors, et n'exerçant plus guère d'autre profession , dans son exil , que celle qui lui était d'abord à peu près interdite ? S'il est vrai de dire que les races ne changent point leurs inclinations essentielles, il faut avouer que ces inclinations aboutissent souvent à des efi'ets tout con-

et suiv. Voir cependant les objections de Hengstenberg, De rehua Tyriorum, p. 98 et suiv.

' Rehgiom de l'antiquité, t II, 3'parti«, p. 8aa-8s3.

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