‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 104 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IL

traires, selon les milieux divers où elles s'appliquent. La bassesse et l'avilissement de l'Arabe livré au commerce et aux métiers manuels dans les villes de Barbarie forment un singulier contraste avecla fierté naturelle du véritable Arabe, de l'Arabe du désert.

Quant à l'époque de l'émigration qui porta les Phéniciens sur les côtes de la Méditerranée , il est permis d'affirmer qu'elle fut antérieure à l'arrivée des Térachiles en Palestine , puisque Abraham trouva partout dans ce dernier pays des établissements chananéens. On peut donc placer l'événement qui nous occupe vers l'an 9000 avant J. C. au temps de la domination des Hyksos en Egypte. Plusieurs critiques, frappés de ce synchronisme , ont supposé que les Hyksos étaient la horde phénicienne elle-même, traversant l'Egypte et se fixant, après son expulsion de la vallée du Nil, dans le pays de Chanaan. L'affinité que les Hébreux établissent entre Cham et Chanaan semble, du moins, signifier qu'à leurs yeux les Chananéens venaient du sud. Peut-être aussi le parti pris des Hébreux de faire de Chanaan une race maudite a-t-il influé sur leur ethnographie, et les a-t-il portés, malgré l'évidente similitude du langage, à retirer les Phéniciens de la race élue de Sem, pour les rejeter dans la famille infidèle de Cham^. Ces haines de frères n'ont nulle part été plus fortes que dans la race juive , la plus méprisante et la plus aristocratique de toutes. Bien plus tard, et jusqu'à nos jours , ne la vit-on pas renier toute fraternité avec

' Hamaker, Miscellanea phœniâa (Leyde, 189 8), p. 172 et suiv. soutint le premier cette opinion , mais avec bien peu de critique et de philologie.

* Cette intention se trahit naïyement dans un chant populaire. [Gen. a, 95- «7. — Conf. Tuch, KommetUar ûber die Genesis, p. alto. — Bertheau, Zur Gesch. der ItraeUten, p. 179 et suiv.) M. de Lengerke suppose que le passage relatif à la malédiction de Chanaan est une addition du dernier rédacteur du Penlateuque. (£enaan,p. cm, note.)

les Samaritains , et traiter dédaigneusement de Cuthéens cette branche moins pure et moins noble, il est vrai, de la famille Israélite ?

Il est singulier que le peuple auquel rantiquité attribue I l'invention de l'écriture, et qui certainement l'a transmise à / tout le monde civilisé , ne jjous ait presque pas laissé de litté- ■ rature. L'écriture alphabétique, si merveilleusement simple, ne fut pas , comme l'écriture hiéroglyphique , une invention de prêtres, mais une invention d'industriels et de marchands. Les relations étendues de Babylone et de la Phénicie réclamaient cet organe si commode et si clair. Sans doute les Phéniciens, comme les Carthaginois, possédèrent des livres écrits dans leur langue originale \ mais il ne paraît pas que le travail intellectuel ait atteint chez ces deux peuples le degré d'élévation et de force qui fait vivre les œuvres de l'esprit. Leur littérature s'effaça devant celle des Grecs et des Latins : quelques fragments de V Histoire phénicienne de Sanchoniathon^, et le Périple d'Hannon', traduits en grec, échappèrent seuls à ce naufrage universel.

Les monuments épigraphiques viennent heureusement combler en partie cette lacune. Un grand nombre de médailles et

* Movers, Die Phœn. I, 89 etsuiv. et art. Phœnizten, àansVEncyel. d'Ersch et Gruber, p. 4 Ai et suiv. Sur la littérature carthaginoise, voir Sallusle, Bellum Jugurth. c. XTii. — Cic. De Oral. I, 58. — Pline, Hitt. nat. XVlll , t. — Coinnielle, I, i, 6 etsuiv. XII, iv, a. — Âmm. Marcell. XXII, i5.

* Movers, Die Phœnizier, I, 121 et suiv. — Guigniaut, Relig. de l'antiq. t. II, 3* part. p. 889 et suiv. — Ewald, Abhandlung ûber die phœnik. Ansichten von der WcJtschœpfung und den geschichtlichen Werth Sanchuniathoit's ; Gœtlingen, i85i. — Bunsen, /Egypteru Stelle, i. V, 3* part.

' C. Mûlier, Geogr. gr. mm. I, p. xviii etsuiv. 1 et sui».

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