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LIVRE II. CHAPITRE II

Syriens détruites par les Pharusiens et les Nigriles, dont parle Strabon , supposent d'un autre côté que les établissements sémitiques s'avançaient très-loin vers le sud^.

Quant à la langue des Numides, nous croyons avec M. Quatremère et M. Movers"^, contre Gesenius', que c'était le berber. Les noms numides n'ont aucune analogie sémitique. La syllabe Mas, qui revient d'une façon caractéristique au commencement de ces noms : Massyliens , Massésyliens , Massinissa, Massiva, Massugrada, etc. a la signification àefils en berber, et correspond aux mots ^^^ et^Jo, qui entrent dans la composition d'un si grand nombre de noms arabes *. Or le berber, le touareg et la plupart des langues indigènes de l'Afrique septentrionale semblent appartenir à une grande famille de langues qu'on peut appeler chamitiques , et dont le copte serait l'idiome principal. Le mot Mas précité se retrouve en égyptien avec la même signification, et entre dans la composition de beaucoup de noms propres : A-mosis, Touth-mosis , peut-être Moïse^. Quant aux inscriptions auxquelles on a donné à tort, depuis Gesenius, le nom de numidiques , elles forment en réalité une classe d'inscriptions carthaginoises, en caractère cursif^. Les vraies inscriptions numidiques sont celles auxquelles on a donné le nom

* Humboldt, Co$mos, II, i55, iSg et suiv. trad. franc.

* Quatremère, Journ. des «apant* , juillet i838. — Movers, Die Phœn. Il, ii, p. 363 et suiv. — Conf. Adelung, Mitkridate, III' partie, p. It6-k'j. — Hamaker, Mùcell. phœn. p. a 17. — De Siane, Hitt. de$ Berbert d'Ibn Khaldoun, t. IV, append. p. 4 98 et suiv. 564 et suiv.

' Monum. pJuenicia, p. 34o.

* Voy. cependant Hanolcau, Etsai de grammaire habyle, p. 367-368 , note. — n est singulier qu'à côté des Massésyliens, etc. on trouve en Numidie des Baniurœ (Plin. V, 1, 17, et InscriptioM de l'Algérie, n' SgSS ; cf. Revue arch. juin, 186a, p. 385, note) et des Bavtovêai (Ptol. IV, 1), Beni-Juba?

* Lepsius, Einleitung zttr Chronologie der /Egypter, I, p. 3a6, note.

* Ewald, Gœtt. gel. Anz. (i85a), p. 1713 et suiv.

de libyques, celle de Thougga, par exemple, dont l'alphabet se retrouve encore chez les Touaregs^.

On croit du reste que la langue des Libyens , comme celle des Numides, avait de grandes analogies avec le berber^. En général, l'ethnographie du nord de l'Afrique paraît avoir peu changé. Un grand nombre de noms de peuplades berbères et touaregs se retrouvent dans l'antiquité : ainsi les Zavujxes, ëdvos Aiêvïis^, sont les Zéwaga (ii*i^)); les Gétules paraissent être les Gheschtoulali (i<Jjixikï ) ou plutôt les Gezoulah (*ij>^ ou >Sjj)j ). Le nom des AîSvss lui-même est probablement identique à celui de Lewatah. La terminaison tah (*j), si caractéristique des noms berbers {^Zenatàh, Mezatah, etc.), et qui, selon Ibn Khaldoun, est une terminaison plurielle *, ne serait-elle pas identique à

' Jomard, dans ie Bull, de la Soc. de géog. t. VI, a* série, p. 81; t. VIII, 3* série, p. 83, et Mém. de l'Acad. des inscr. t. XVI, 1" part. p. 6a et suiv. — De Saulcy et Boissonnet, dans le Joum. asiat. févr. 1863, août i845, mars tSliQi dans les Annakê de l'Institut archéologique , t. XVII (1 845 ) , p. 69 ; dans la Revue archéologique, novembre 1 8i5, et dans les Mém. de l'Académie des inscr. t. XVI, 1" part. p. 85 et sniv. — Judas, Etude démonstrative de la langue phénic. et de la langue libyque, p. ao5 et suiv. et Joum. asiat. mai 1847. — Movers, Die Phoeràzier, II, 11 , p. 4o6-io8. — Barges, Joum. asiat. mars 1867, et Revue de l'Orient, février i853. — 0. Blau, dans la Zeitschrijt der deutschen morg. Gesell. (i85i), p. 33o et suiv. — Annuaire de la Soc. archéol. de Constantine, 1 854-1 855 , p. m, Uq et suiv. 1856-1857, p. 5 et suiv. pi. i et 11, — J. Richardson, documents inédits , à la bibliothèque de l'Institut. — Hanoteau , Essai de grammaire tamachek, Paris, 1860. Il paraît que toute espérance de trouver des livres anciens écrits avec l'alphabet touareg n'est pas perdue. (Bull, de la Soe. de géogr. juillet et novembre i856.) L'inscription donnée dans l'^nnuatre de Constantine, 1 854-1 855, pi, I , est fausse. L'alphabet pi. 11 a été inventé pour la soutenir.

* Movers, op. cit. II, 11, p. 369 et suiv. 609, etc. La vieille hypothèse de Saumaise, qui prenait pour du libyen les six vers inintelligibles placés dans le Pœnulutk la suite des dix vers puniques, ne mérite pas d'être discutée. Ces six vers sont sans doute du carthaginois macaronique, comme le turc du Bourgeois Gentilhomme, à l'usage des acteurs qui préféraient un texte burlesque.

* Dans Hécatée et Hérodote. C. Mùller, Frag. hist. grœc. I, p. 23.

* QL Reinaud, Rapport inséré au Moniteur, 6 août 1857.

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