LIVRE II, CHAPITRE II
la terminaison tani(Mauritani, etc.), qui en Afrique, et surtout en Espagne, indique les noms de peuples? L'hj^othèse qui rattache les Ibères aux populations indigènes de l'Afrique trouverait là une sorte de confirmation ^.
C'est bien à tort qu'on a voulu découmr des traces du phénicien dans le maltais. Ce dialecte n'est qu'un jargon mêlé d'arabe et d'italien , et, s'il y reste des vestiges d'influence carthaginoise, ces vestiges sont tout à fait impossibles à ressaisir.
S IV
On voit que c'est surtout par la famille chananéenne que les langues sémitiques entrèrent, durant la période que nous venons de parcourir, dans le commerce du monde entier. Il est difficile , pour une antiquité aussi reculée , de faire le compte exact de ce qu'elles donnèrent et de ce qu'elles reçurent. Nous pouvons affirmer qu'entre la famille arienne et la famille sémitique les emprunts se réduisirent- à peu de chose. Mais que se passa-t-il entre les langues sémitiques et les langues chamitiques et couschites, qui en plusieurs endroits les précédèrent sur le sol de l'Afrique et de l'Asie? Quelques dialectes sémitiques, tels que ceux de l'Irak, de l'Yémen, de l'Abyssinie, n'ont-ils pas conservé des débris d'idiomes plus anciens? Voilà ce que nous ignorerons sans doute à jamais. Trois faits me paraissent seuls susceptibles d'être établis avec certitude : i° introduction d'un certain nombre de mots égyptiens dans les langues sémitiques, et en particulier dans celle des Beni-Israël; 2° passage d'un grand nombre de mots sémitiques aux langues de l'Occident , et particulièrement à la langue grecque , par suite
' Sur Torigine ibérienne du sdBxe tant, voy. Boadard , Numùmatique ibérietme, p. 9a et soiv. Le même savant croit voir des ressemblances entre Talpbabet touareg et cdni des Turdétaos.
du commerce des Phéniciens dans la Méditerranée; 3" introduction d'un certain nombre de mots indiens dans les langues sémitiques, par suite du commerce avec Ophir.
I. M. Ewald pense que quelques-uns des mots égyptiens qu'on rencontre dans l'hébreu, tels que nann [p-^), pyramide ijoh, m, \li)\ non, arche, qu'on trouve dans d'autres langues sémitiques, remontent aux Hyksos'. On ne peut douter, toutefois , que la plupart de ces mots ne proviennent du séjour que les Beni-Israël firent en Egypte. Presque tous, en effet, désignent des objets usuels, des mesures, des productions naturelles : tels sontND'iN et pn, noms de mesure; n'ûH, coudée; mii, jonc du Nil = &l2)S^î "^U"!, Jleuve , spécialement en parlant du Nil = J2,p0; î'i"'îî''p =xtxt ou xovxi; peut-être fllDiia, nom de l'hippopotame ^. Les traducteurs alexandrins , qui savaient l'égyptien , ont souvent aperçu ces identités et réformé , d'après la langue qui se parlait de leur temps , les archaïsmes des transcriptions hébraïques*. Beaucoup de noms propres et de gloses égyptiennes conservés dans la Genèse , tels que les noms de on , de nvns, les mots "^")2N, nj^D-r^çs ou ^ovdofxÇavv'x^ le nom de Moïse^y attestent la trace profonde que l'Egypte laissa dans la langue et les souvenirs des Beni-Israël , longtemps même après
* Geich. de» Y. Itr. II, p. 6, note; a* édit. — Cf. Kamom, au mot qL»15.
* Le mot halam, par lequel plusieurs langues sémitiques et indo-européennes désignent le roseau pour écrire (iJ , xd)iafios, ^f^nr)» paraît aussi à M. Weber d'origine égyptienne.
* Gesenius, Ge$ck. der hebr. Spr. S 17, 1. — Bœckh, Metrologisehe Untertuchungen, p. 3^/1 et suiv. — Bertheau, Zur Gesch. der Isr. p. 5i. — Champollion, Grammaire égyptienne , p. 2 8 ; le même , Préci» du sytU hiérogl. I , p. 59 ; le même , L'Egypte sotu les Pharaons, I, 187; II, 338.
* Voir Gesenius, Lex. Man. s. v. riJpX.
* Lepsius, Eùdeitung zur Chronologie der /Egypter, I, 3a 6, note. — Ghampolhoùt L'Egypte tout leePharaon$,l, lo/i; Gramm. égypt. 56, 1 5a, etc.