LIVRE II. CHAPITRE H
Quant à la ressemblance de ]ii et de ohos, que les anciens philologues expliquaient par un passage des Sémites aux Grecs, elle doit, au contraire, s'expliquer par un passage des Ariens aux Sémites : l'origine sanscrite du nom du vin n'est pas dou-j teuse^ En général, les noms relatifs au vin chez les Sémites! ne sont pas sémitiques ^. î
b. Noms d'animaux : Vd3 = xd[it]Xos. Quelques autres noms présentent une apparente identité, quoiqu'il soit difficile d'expliquer cette identité par un emprunt, ou qu'on ne puisse dire de quel côté l'emprunt a eu lieu : ")n et "^Mi ■= turtur; î^nri taxus, taxo (?); ï)n^ = xéTz(^os\ yrs = corvus (?); DD (tinea) = a-rjs; 2')'Ç>^ =. axàp-Kios^ ou scarahœus, ou carabus (?); »)1t? = serpens (?)'. AeXÇ/v aurait-il quelque rapport avec la racine f]bl, stillare?
c. Noms d'objets divers : n3D = Mva, d'origine babylonienne ; ~3 = xaSoSy xctSSos, cadus; "''?1 = doUum(J)', 3^*73,
syr. jLdG^^ =x'kcoÊ6s, xlo^os (cage d'oiseau); ])2 =xavojv, )(avvojv; n:fi3 —= )(^itc6v (?); pÇ? zzzzeraxxos; HjD =z pinna (?) ; b2i = vdÊXa, vaQ^as ; ^^3^ = xivvpa; n32D = erafi^vxrj; pON = o66vyi, oOôviov {^.y, îTisp = iJLâ)(aipa. Jubilare paraît bien aussi se rattacher à V2V. Hâtons-nous d'ajouter que, pour quelques-uns des mots que nous venons de transcrire , la provenance est incertaine, et qu'ils peuvent aussi bien avoir été empruntés par les Sémites que prêtés par ceux-ci aux peuples ariens. On a supposé que le mot ûbçf, bouclier, était le mot
' Kuhn, Zettschriflfùr vergl. Sprachf. I, p. igl-ig*.
* Hitzig, Das Hohe Lied, p. 20, 39.
' Divers rapprochements proposés par M. Hitzig {ZeiUchriftderd.m. G. i855, p. 761, 754, 759) sont trop bizarres pour être discutés ici. L'essai estimable de M. Muys {Griechenland und der Orient, Cologne, i856) renferme aussi beaucoup d'exagérations dans le même sent.
skolot, ou schîld, introduit par les Scythes germains (Scolotes) lors de leur invasion parmi les Sémites, au vu* siècle avant notre ère ^ Mais il faut remarquer que la signification de bouclier attribuée à ce mot est assez douteuse , et qu'il figure dans des documents dont la rédaction semble antérieure au vu' siècle.
d. Quelques noms indiquant des situations sociales , tels que xi^aXXrjs. Ce mot, qui signifie pirate dans la haute antiquité grecque^, me paraît venir de V?^ [prœda, prœdator), par un redoublement analogue à celui de riôai^coacrco; le son chuintant aura passé au son k, d'après une analogie très-familière au sanscrit : on comprend du reste que le nom des pirates et de la piraterie soit venu des Phéniciens.
e. Les noms des lettres , depuis l'a/e^/t jusqu'au tau, ont passé des Sémites aux Grecs, avec les lettres elles-mêmes. Le mot •/dpir)s, qu'on trouve dans des documents grecs du v' siècle avant J. G.', me paraît sémitique (tûnn graver; ïann stylet; Qi3in hiérogrammate).
Tous les mots précités sont évidemment de ceux qui se transmettent facilement d'un peuple à l'autre par le commerce et les relations internationales. Les Phéniciens, auxquels les Grecs rapportaient l'origine des arts qu'ils avaient reçus de l'Orient *, en ont dû être les principaux et presque les seuls introducteurs. Tous ces mots, en eff'et, sont hébreux et nullement araméens.
III. Les noms empruntés par les langues sémitiques aux langues ariennes de l'Inde par suite du commerce d'Ophir,
' Bergmann, Les peuples primitifs de la race de lafète, p. 62.
* Voir rinscription de Téos, dans Bœckh, Corpus inscript, grœc. n" 3oii. '" Egger et Didot, Sur le prix du papier dans l'antiquité ; Paris, 1807.
* Athénée, Deipn. IV, p. 1 76 ; XIV, p. 687. — Hesychius, au mot ïafxSvxjj.