LIVRE III, CHAPITRE I
son siëge à Babylone, se rattache en partie à la mythologie, soit des Couschites, soit de l'Iran ^ L'idée d'une grande monarchie absolue , se résumant en un seul homme sen i par une vaste hiérarchie de fonctionnaires, idée qui fut d'abord réalisée dans l'Asie occidentale par l'Assyrie, est profondément opposée à l'esprit des Sémites. La royauté ne s'établit chez les Juifs qu'à l'imitation des étrangers, et fut incessament combattue par les prophètes , vrais représentants de l'esprit sémitique, également hostiles à la royauté laïque, à la civilisation matérielle et aux influences de l'Assyrie. D'un autre côté, le caractère colossal, scientifique, industriel de la civilisation assyrienne ne convient pas aux Ariens, qui nous apparaissent, dans les temps anciens , comme peu constructeurs et peu portés vers l'étude des sciences d'application. On est donc amené à placer sur le Tigre un premier fond de population analogue à celle de l'Egypte, puis une couche sémitique, qui fit de sa langue la langue vulgaire de ces contrées; puis enfin une classe politique et guerrière, sans doute peu nombreuse et d'origine arienne. Ces derniers sont lés vrais Chaldéens, dont le nom s'est appliqué à un pays et à une langue sémitiques, à peu près comme les noms de France, de Bourgogne, etc. d'origine germanique, désignent, de nos jours, des pays qui n'ont rien de germain.
Quelle que fût la race, et par conséquent la langue de la classe aristocratique qui portait le nom de Chaldéens, on ne peut douter que l'immense majorité de la population de l'Assyrie ne parlât habituellement l'araméen. Cette langue, en
• Conf. Kunik, dans les Mélatiget atiatique» de rAcadémie de Sainl-Pélersbourg, t. I, p. 5o2 et suiv. M. Movers iui-mêine, qui a exagéré l'étendue de ia mythologie sémitique, reconnaît les emprunts qu'elle a faits à rÉgj*pte et aux Ariens. (Dtc Pfcûw». I, p. u, 57, 194, 3a3, etc.)
effet, représente partout la conquête assyrienne. L'araméen était la langue des hauts fonctionnaires de la cour d'Assyrie envoyés par Sanhérib pour parlementer avec Ezéchias. (Il Reg. XVIII , 2 6 ; /s. XXXVI ,11.) Plusieurs des briques trouvées dans les ruines de Babylone et même de Ninive portent des inscriptions en langue et en caractères sémitiques, à côté des caractères cunéiformes ^ Lorsque la domination des Perses eut remplacé celle des Assyriens, l'araméen garda toute son importance^. 11 resta dans les provinces occidentales de l'empire achéménide la langue des édits et de la correspondance officielle , laquelle , pour les besoins de la chancellerie persane , devait être accompagnée d'une traduction. {Esdras, vi, 7; vu, 19.)
Il ne reste, en fait de monuments indigènes de l'ancienne langue araméenne , que des textes épigraphiques , et encore peu nombreux. Nous avons exprimé ailleurs nos doutes sur le caractère araméen de la langue des inscriptions cunéiformes dites assyriennes. Les mots en caractères sémitiques trouvés sur les briques de Babylone sont trop insignifiants pour être envisagés comme de véritables spécimens d'une langue. Enfin les inscriptions et les papyrus araméens trouvés en Egypte ne sauraient davantage être considérés comme des restes absolument authen-
* Kopp, Bilder und Schriften der Vorzeit, II , i54 et suiv. — Joum. atiat. juin i853, p. 5i8-5ao; juillet i853, p. 77-78. — Layard, Discoveries in the ruins of Nineveh and Babylon (London, i853), p. 601, 606, etc. — Journal of the royal asiatic Society, t. XVI, 1" part. (i854),p. 3i5et suiv.
• Xénophon ( Cyrop. VII, v, 3i) et les auteurs grecs désignent la langue de Babylone et de l'Assyrie par l'adverbe avpiall. Les traducteurs grecs de la Bible rendent également D^DIN par empterli; mais la dénomination de Syrie et, en général, les renseignements linguistiques des anciens sont trop vagues pour qu'il soit permis de tirer de là quelque induction. L'hébreu aussi est pour eux du syriaque. (Cf.Hirzel, Hiob erhlàrt, ad cale). Dans le Talmud, ''DIID désigne plus particulièrement le syriaque occidental et la langue de la Palestine. (Winer, Grammatik de$bibl und targum. Chaldaismus , p. 3.)