LIVRE III, CHAPITRE I
mot de ce passage, n^x, est hébreu , et semble avoir commencé un verset ; tout cet endroit porte la trace de quelque erreur du copiste.
Le plus ancien texte suivi que nous ayons dans la langue à laquelle on est convenu de donner le nom très-fautif de chaldéen biblique, ce sont les fragments que Ton trouve dans le livre d'Esdras (iv, 8, àvi, i8,etvTi, la, àvn, 26). Quoique la rédaction définitive de ce livre , comme celle des Paralipomènes , avec lesquels il fait corps, ne remonte pas au delà de l'époque d'Alexandre, les parties chaldéennes sont évidemment de celles que le dernier rédacteur empruntait à des documents antérieurs et contemporains des faits rapportés^ Nous avons donc là bien réellement des spécimens de la langue araméenne au temps de Darius fils d'Hystaspe, de Xerxès et d'Artaxerxès Longue- Main , c est-à-dire au commencement du v* siècle , ou même à la fin du vi* siècle avant l'ère chrétienne.
A partir de cette époque, durant un espace de trois cents ans environ , nous manquons de monuments araméens. Il faut arriver au Livre de Daniel , composé sous l'influence des persécutions d'Antiochus Epiphane(vers cent soixante ans avant l'ère chrétienne^), pour en trouver de nouveaux spécimens. Aussi la langue des parties chaldéennes du Livre de Daniel est-elle beaucoup plus basse que celle des fragments chaldéens du Livre d'Esdras, et incline-t-elle beaucoup plus vers la langue du Talmud. On y trouve des mots grecs (i|/aXTJ7pjov, <7V[x(pcMta^ etc.),
explique bien cette erreur. Le targum y. suit, verset par verset, le texte hébreu, sans aucune distinction.
» Ewald, Getch. <fo« F. /«r. I, a64 et suiv. — De Welte, Einleitung, S 196 a.
* Aucun doute n'est possible à cet égard. (Conf. deWette, Einleitung, SS 235 et 257. — De Lengerke, Dos Buch Daniel verdeuUcht und ausgelegt; Kœnigsberg, i835. — Hitzig, Dcu Buch Daniel; Leipzig, i85o. — Ewald, Die Propheten des A. Bunde», II, SSg et suiv.)
comme on trouve dans les fragments d'Esdras des mots persans. Plusieurs apocryphes furent sans doute écrits dans la même langue; mais, les Juifs ayant confondu sous un seul nom (^éSpaïa-li) le chaldéen de cet âge et l'hébreu proprement dit, il est presque toujours impossible de décider, en l'absence du texte original, quels ouvrages ont été écrits en hébreu, et quels en chaldéen.
C'est une question fort délicate de savoir si la langue araméenne , telle que les Juifs nous l'ont transmise , doit être regardée comme parfaitement identique à l'idiome qui se parlait en Aramée , ou bien comme un dialecte corrompu et chargé d'hébraïsmes , à l'usage des Israélites. La vérité paraît être entre ces deux opinions extrêmes'. On ne peut douter que les Juifs, en écrivant l'araméen, n'y aient porté les habitudes de leur orthographe (par exemple , emploi de n pour k dans une foule de cas ) , et introduit même des formes entièrement hébraïques , comme Vhophal, qui ne se trouve dans aucun dialecte araméen. Le système de vocalisation massorétique , en s'appliquant aux fragments d'Esdras et de Daniel, a achevé de les défigurer. Les auteurs de la ponctuation ont obéi à deux tendances également fâcheuses, en voulant , i° rapprocher les formes du chaldéen biblique du chaldéen des Targums , au moyen de ces innombrables keris qui chargent sans raison les marges du Livre de Daniel ; 2° modeler la ponctuation du chaldéen sur celle de l'hébreu; exemples : ij^D pour "^Vp, r)"!DX pour m.DN (Z)an. v, 10); n^in pour n'iin {^Dan. 11 , 3 1) , etc. mais on ne saurait conclure de là, avec M. Hupfeld^ que le chaldéen des Juifs ne
• Winer, Grammatik de» bibl. und targum. Cluild. p. 5 et suiv. — Fûrsl, Lehrgeb. der aram. Idiome, p. 3 et suiv.
* Theol. Studien undKntiken , III , 29 1 et suiv. — Cf. L. Hirzel, De chaldaismi biblici origine et auctoritate critica; Lipsiae, i83o.