LIVRE III, CHAPITRE
soit qu'un reflet altéré de la vraie langue araméenne, pas plus qu'on n'est en droit de considérer, avec d'autres philologues', les particularités précitées comme des propriétés grammaticales de l'ancien chaldéen. En l'absence d'un texte indigène qui puisse servir de point de comparaison , toute affirmation à cet égard ne saurait être que gratuite; disons seulement que l'opinion commune , d'après laquelle le chaldéen biblique serait un dialecte araméen légèrement hébraïsé , nous paraît plus conforme aux lois générales qui ont réglé les vicissitudes du langage parmi les Juifs.
Le manque de documents authentiques nous interdit également de rien prononcer sur la division et le caractère des dialectes araméens avant l'ère chrétienne^. Strabon nous atteste, il est vrai , l'identité de deux dialectes parlés en deçà et au delà de l'Euphrate'; mais il faut avouer que les différences de ces deux dialectes devaient être trop délicates pour qu'un étranger pût en être juge compétent. Si l'on fait abstraction de la vocalisation, élément variable et peu important, le chaldéen biblique et le syriaque diffèrent si peu l'un de l'autre, qu'il est presque superflu de leur appliquer des noms différents. M. Fûrst, d'un autre côté, semble avoir prouvé que c'est la langue de la Syrie , et non celle de Babylone , qui nous est représentée par le chaldéen biblique*. Cette dernière langue, en effet, est expressément désignée dans la Bible par le nom di araméen; or
' F. Dietrich, De termonù chaldaici proprtetate ; Marburg, i838. — Wichelliaus, De N. T. ver», syr, antiqua, p. hi-ki.
* De Welle, Einleitung, S Sa. — Winer, Bibi Realwœrt. II, p. 558, note a , el Grammatik des bibl. und targum. Chaldaitmus, p. 8 g. ^ Fûrst, Lehrgeb. dtr ttram. Idiome, p. 5 et suiv.
» P. 70, édit. Ch. MQUer.
* Voir ci-dessus, p. i45.
ia Babyionie n'a jamais été comprise par les Hébreux sous le nom à^Aram.
L'araméen antérieur à l'ère chrétienne nous apparaît comme une langue relativement plus développée que l'hébreu, mais bien moins noble et moins parfaite. Les tours y sont plus clairs, plus déterminés ; le sens y est moins indécis ; mais le style est lâche, traînant, sans concision ni vivacité, encombré de mots parasites. On sent qu'une grande révolution s'est opérée dans l'esprit sémitique, qu'il a gagné en réflexion et en netteté, mais perdu en hauteur et en naïveté. Ce contraste est particulièrement sensible en comparant les Targums , ou traductions chaldéennes de la Bible faites vers l'époque de l'ère chrétienne, au texte original. La langue des Targums, on ne peut le nier, serre la pensée de plus près que l'hébreu, et dit mieux ce qu'elle veut dire; beaucoup d'obscurités ont disparu; une foule de passages ambigus dans le texte sont ici parfaitement arrêtés; mais, par combien de sacrifices a été acheté ce mince avantage! que de nuances détruites! que de poésie effacée! Nulle part n'est plus sensible cette loi qui condamne les langues à perdre presque tous leurs caractères de beauté, à mesure qu'elles se prêtent davantage aux besoins pratiques et réfléchis de l'esprit humain.
C'était une thèse généralement reçue dans la vieille école , que le chaldéen est une langue plus ancienne que l'hébreu. On s'appuyait pour le prouver sur quelques particularités grammaticales , telles que le 7 conversif hébreu , que l'on tire du verbe araméen K\n; sur la forme des noms propres archaïques mentionnés dans la Genèse , lesquels se rapprochent parfois de l'araméen; sur la pauvreté en formes grammaticales et sur le caractère monosyllabique qui distinguent le chaldéen et le syriaque ; enfin sur une tradition fort répandue chez les