LIVRE III, CHAPITRE I
Juifs \ les Arabes^, les Syriens' et les Pères de l'Eglise*, d'après laquelle l'araméen ou le syriaque aurait été la langue du premier homme. Cette tradition ne mérite pas d'être discutée : elle doit sans doute son origine aux rabbins, qui, voyant les faits les plus anciens de la Genèse se passer aux environs de l'Aramée et Abraham venir de la Chaldée, ont conclu que la langue primitive ne pouvait être que le chaldéen. Quant aux faits grammaticaux que l'on allègue , ils sont loin de renfermer ia conséquence qu'on prétend en tirer. D'après le langage de la philologie moderne, l'ancienneté d'un idiome signifie simplement le degré de développement que présente cet idiome dans les plus anciens monuments qui nous en restent. Or la physionomie générale de l'araméen est évidemment celle d'une langue développée plus tard que l'hébreu et ayant plus longuement vécu; ce qui n'empêche pas que l'araméen n'ait pu conserver des traits d'ancienneté qui manquent dans l'hébreu , à peu près comme le latin, postérieur au grec par son rôle historique et ses dernières transformations, est, en un sens, plus archaïque que le grec.
sn.
Suivons l'histoire du chaldéen chez les Juifs , puisque aucun monument ne reste pour nous attester l'état et les révolutions
' S. Lnzzatto, Prolegomeni, p. 86 , noie. — Delitstch, Jeturun, p. àG-lfj,
• Voir les témoignages recueillis par M. Quatremère , Mémoire tur les Nabatéeru, p. ia3 et suiv. (Cf. Chwoisohn, Die Stabier, II, igg, 7Û1.) On peut y ajouter an passage du manuscrit 11a, anc. fonds (fol. 36), contenant un commentaire sur la Genèse, et un passage d'an apocryphe clémentin; NicoU, Bibl. Bodl. n, I, p. 5l.
' Voir Assemani, Bibl. orient t. III, 1" part. p. 3l4. — Quatremère, /. c. p. 91 et suiv.
* Quatremère, l. c. p. iûlt.
de cette langue en dehors du peuple hébreu. — Le chaldéen , tel que l'écrivaient les Juifs vers l'époque de l'ère chrétienne, serait, d'après l'opinion commune, représenté par les Targums ou paraphrases de la Bible, dont les plus anciens sont ceux d'Onkelos ^ et de Jonathan. Ces Targums sont considérés comme ayant été écrits pour la plupart dans le siècle qui précéda et le siècle qui suivit la naissance de Jésus- Christ. Dès une époque fort ancienne, on sentit le besoin d'accompagner la lecture du texte de la Bible d'une interprétation vulgaire , qui devenait parfois une glose explicative et tendait généralement à écarter les difficultés, à adoucir les endroits considérés comme obscènes, à favoriser certaines opinions, surtout les idées messianiques. Quelques exégètes ont cru voir un vestige de cet usage dans le Livre de Néhémie (viii, 8). On en trouve des traces beaucoup plus certaines dans le Nouveau Testament : le verset HX* rjXi Xafxà (xaêa.yO'^.vi est cité d'après le chaldéen. Il est probable que Jésus et ses premiers disciples se servaient de ces traductions; peut-être en fut-il de même pour l'historien Josèphe.
On admettait généralement jusqu'ici que la langue des Targums représentait à peu près la langue vulgaire de la Pa-
.* On a cherché différentes explications de ce nom bizarre. J'ai proposé de voir dans Dl'PpilN (pour DT^pDilN) une abréviation de 6voii.a xaXév, traduction de 31Î3 D^, nom très-commun chez les Juifs. Afin de donner à ce nom une terminaison masculine, on en aura fait ôro/xa'xaAos, forme analogue à Ovo^iixpnos et à ôvojxaxArjs. On comprendrait que l'm soit tombée par l'impossibilité de la prononcer entre n et fc; Onmklos = Onklos; de même que commentanus a pu devenir DniûJlp (Kontros). Ce qui confirmerait cette explication, c'est qu'il est question dans le Talmud d'un Onklos, fis de Calonyme {Avoda zara, fol. 1 1, col. i ; Gitlin, fol. 56, col. a). Or le nom de Calonyme (DID^jlVp), très-commun parmi les Juifs du moyen âge, et qui est l'équivalent de Schem-tob ou Ôvofia xalôv, passait souvent de père en fils sous la forme de Schem-tob , fils de Calonyme.