LIVRE III, CHAPITRI-: I
lesliue à l'époque du Christ. M. Fûrst ' a élevé contre ce sentiment d'assez graves difficultés. En effet la paraphrase d'Onkelos est le plus pur monument que nous avons de la langue araméenne ^ ; or il est difficile de croire que le peuple de la Palestine parlât un idiome aussi dégagé d'héhraïsmes. La langue de Jonathan est fort analogue à celle d'Onkelos, un peu moins pure cependant. Au contraire, l'idiome du Pseudo-Jonathan et du Targum de Jérusalem est très-altéré et plein de provincialismes palestiniens^. Quelques autres Targums, ceux des cinq MegilJoth, par exemple, sont d'une époque beaucoup plus moderne et postérieurs au Talmud*.
Pour expliquer ces différences de slyle, on a voulu distinguer dans la langue des Targums deux dialectes, l'un babylonien, représenté par le Targum d'Onkelos et celui de Jonathan; l'autre paksiinien , représenté par le Pseudo -Jonathan et par le Targum de Jérusalem^; mais cette hypothèse ne repose sur aucun fondement assuré, et nous pensons, avec de Wette, que le caractère beaucoup plus pur de la langue d'Onkelos et de Jonathan tient à l'époque plus ancienne oii ils écrivaient, au soin qu'ils prenaient de leur style, et non au pays où ils ont composé leur paraphrase. La différence entre la langue qu'on appelle chaldéenne et celle qu'on appelle syriaque n'est guère qu'une différence de prononciation. D'une part, en effet, l'i-
* Fursl, Lehr(reb. der aram. Idiome, p. 5. Cf. Frankel, Hist. krit. Stud. zu der Septuaginla , nebst Beitr. zu den Targumim (Leipzig, i84i).
* Conf. Winor, De Onheloso ejusque paraphrasi ch(dd. (Lips. 1820), p. 8 et suiv. — De Wclte, Emleilnn-r , S 58 et S 82 , note c.
' Winur, De Jonalhani» in Penlat. paraphr. chald. Erlangen, 1828. — J. H. Petermann, De indole paraphraseos quœ Jonathanis esse dicitur; Berlin, 183g.
* De Welle, Einleitung, S 62,
' S. Luzzallo, Philoxetius, site de Onheîosi chald. Petit, vers. Vienne, i83o. — Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. 8 a 1 . — Delilzsch, Jesurun, p. 67.
diome vulgaire de la Palestine est nommé syriaque dans le Talmud^, et divers passages de Josèphe nous prouvent que les Juifs et les Syriens parlaient la même langue^. D'un autre côté, les mots et les phrases du dialecte vulgaire de la Judée qui nous ont été conservés dans le Nouveau Testament et les écrits de Josèphe se rapportent à la prononciation chaldéenne, et non à la prononciation syriaque actuelle : ainsi TaXiôà xovfii, MapavaÔd, âêêa, Xa[ji.d (la forme syriaque est juLiO^). Dans le mot Boavepyvs [Marc, m, 17), la racine ol^ est employée dans un sens qu'elle n'a qu'en chaldéen : la version Pescluto
a dû rendre ce mot par : jLïa:^9 v*!^, vlo) ^povrvs. Quelques formes aussi semblent se rapprocher de l'hébreu, par exemple : È(p(pa9d=nr)Br\ [Marc, vu, 3 A), tjXî=:'^hii[Matth. XXVII, U6)^. •
Le beau travail de M. Geiger sur les traductions de la Bible* a présenté cette question des Targums sous un jour tout nouveau. Selon le docte israélite, la plus ancienne version de la Bible aurait été une version araméenne , peu postérieure à la captivité. Cette version aurait été retouchée au iv* siècle de notre ère, selon la méthode qu'Aquila et Théodotion avaient appliquée aux traductions grecques. Les noms à'Onkelos et de Jonathan ne seraient que des transcriptions ou des traductions des noms AxovXds, SsoSoticov. Ce travail se serait fait en Pa-
' Le même idiome est appelé D^IIC^K. Landau, Geist utidSprache der Hehrœer, p. 66-67, note.
^ Joseph. De bello jud. IV, i, 5. (Conf. Fûrst, Lehrgeb. deraram. Idiome, p. 5 et smv.) Josèphe , en un endroit, reconnaît pourtant l'influence du babylonien sur
la langue des Juifs : tlficTs Tsapà haSvXuvluv iteftadrfxàres , Èiiiàv ( jLLAMOt) avTr)v xaAotPfier (Antiq. III, yii, 2).
^ La forme ÈXcat (Marc, xt, 34 ) se rattache plutôt au syriaque mOmS • * Urschrift und Uebersetzungen der Bibel (Breslau, 1857). Cf. Revue germanique, janvier 1860, p. 96 et suiv.