LIVRE III, CHAPITRE I
lestine ; il aurait subi ensuite une révision en Babylonie ; puis une tentative nouvelle pour concilier les tendances dogmatiques diverses qui se cachaient sous ces essais répétés de traduction aurait produit le Targum de Jérusalem. Ces vues ont besoin encore de confirmation. Elles ne portent, en tout cas, aucune atteinte à l'antiquité de la langue des Targums. Cette langue est du trop bel araméen pour qu'on puisse supposer qu'elle a été écrite à côté de la Gémare et presque de la même main. Un ingénieux travail de M. Perles a montré de grands rapports entre le travail des versions chaldaïques et le travail des versions syriaques qui a abouti à la Peschito ^
Nous avons déjà fait remarquer que le dialecte vulgaire des Juifs de la Palestine, quoique plus rapproché de l'araméen que de l'hébreu , était désigné par les Juifs eux-mêmes sous le nom d'hébreu^, mais généralement distingué de la langue sainte, Uipn yivh. H y a, ce me semble, beaucoup d'exagération dans le sentiment de quelques savants, qui soutiennent que l'hébreu était encore parlé en Judée à l'époque de l'ère chrétienne^. L'araméen se décèle à chaque page des évangiles*. On peut admettre tout au plus que les lettrés parlaient entre eux une sorte d'hébreu qui était à l'hébreu ancien ce que le latin ecclésiastique du moyen âge était au latin classique; une langue, en un mot, analogue à celle de la Mischna^. Le Talmud fait parler en chaldéen la voix céleste qui annonce la ruine de
' Meletemata Petchitthonicma (Breslau, i85g). ' Voy. plus haut, p. i5o.
* Fûrst , Kidtur- und Literaturg^chiehte der Juden in Âtien , p. s 4-9 8. — S. Lui- «atto, Prolegom. p. 96.
* Mattb. xTi, 17; xiTii, 46; Marc, t, 4i; xt, 34^ Jean, t, a; xix, i3, 17. AcU 1,19.
* A. Geiger, Lehrbuch tttr Spr. der Mischnah, p. 1. — Dokes, Die Sprache der Mischnah, p. 10, il.
Jérusalem, et nous apprend que, dans le temple même, il y avait des inscriptions en chaldéen^ Le chaldéen enfin, opposé au grec et aux dialectes grossiers des provinces, devint une seconde langue sainte, à laquelle on voulut trouver dans la Bible une sorte de consécration^.
U sera toujours difficile de résoudre avec une grande rigueur cette délicate question des langues de la Palestine au commencement de l'ère chrétienne. Dès lors, en effet, les Juifs paraissent avoir employé simultanément plusieurs idiomes, ou, pour mieux dire, des combinaisons diverses de l'hébreu et de l'araméen. En outre, les textes qui auraient pu nous éclairer sur le caractère de la langue parlée à cette époque, et à laquelle on a donné le nom fort impropre de syro-chaldaïque , ne nous sont parvenus que dans des traductions grecques ou des traductions hébraïques : tel est le cas pour l'Histoire de la guerre des Juifs de Josèphe^, pour la d'!DT'S3:n nbaD, pour un grand nombre d'apocryphes juifs et chrétiens *. Quant aux ouvrages du même temps qui se sont perdus tout à fait, le vague des expressions par lesquelles les Juifs désignent les dialectes divers de leur langue écrite ou parlée ne permet, le plus souvent, aucune détermination rigoureuse sur la langue en laquelle ils étaient composés. On sait pourtant que quelques-uns de ces ouvrages, tels que la Megillat Taanit, étaient en chaldéen. Plusieurs proverbes et formules juridiques, conçus dans la même langue, se sont conservés chez des écrivains postérieurs^.
' Dukes, Die Spruche der Mischnah, p. d.
^ Bcreschit Rabba , sect. 76. Quelquefois pourtant le chaldéen est traité beaucoup moins favorablement. (Voy. Buxtorf, Lex. duild. talm. et rahb. col. 219, 1554-1555.)
^ Proœm. 1. (Conf. Contra Apion. 1. ], c. ix.)
* Voir le IV' livre des Machabées, ch. xti , ad calcem.
* Gcijjcr, op. cti. p. 1-3.