LIVRE III, CHAPITRE I
Dans quelle mesure la langue grecque éiait-elle parlée en Palestine, conjointement avec le syro-chaldaïque? Quelle fut, en particulier, la langue du Christ et de ses premiers disciples? Ces questions ne tiennent pas assez intimement à notre sujet pour qu'il soit nécessaire de les discuter ici^ Nous pensons que le syro-chaldaïque était la langue la plus répandue en Judée, et que le Christ ne dut pas en avoir d'autre dans ses entreliens populaires"-. On admet généralement aujourd'hui que les \byia. de saint Matthieu furent écrits en syro-chaldaïque, et il semble bien qu'il en fut de même pour l'Evangile original de saint Marc^ Plusieurs écrits des chrétiens judaïsants, par exemple Y Evangile selon les Hébreux, furent sans doute également composés dans la même langue vulgaire des Juifs de Palestine , de Pérée et de Batanée. — Du reste, le style du Nouveau Testament, et en particulier des Lettres de saint Paul , est à demi syriaque par le tour, et l'on peut affirmer que, pour en saisir toutes les nuances, la connaissance du syriaque est presque aussi nécessaire que celle du grec. L'habitude de porter un double nom, comme : KriÇàs =: Uhpos, Scofias = AiSvfxos, Ta^iOâ z:= AopxaV, et plus encore l'afTectation de donner aux noms hébreux une forme hellénique, comme : Josuéz=zJason, Joseph = Hégésippe, Saul = Paul, Eliacim ■=. Alcime, prouvent l'engouement de la mode bien plutôt qu'une pratique usuelle de la
' J. B. de Rossi, Délia lingua propria di Cristo; Parme, 177a. — Pfannknche, Ueber die Palœstiniche Landetsprache in dem Zeitaller Christiutii derApotteln, dans la Bibliothèque d'Eichhorn, part. YIII, p. 365 et suiv.. — Wiseman, Horœ stjr. l" part, appcnd.
* Ewald, Jahrbûcher der biblitchen Wistemchoft (1 85o), II, p. 1 84 et siiiv.
* Réville, Etudet crit. tur VÉvang. selon saint Malth. (Leyde, 1 86a). Il est remarquable que le second évangile seul (t, 61 ; tii, 36; ïit, 36; xv, 34) a l'babitude de rapporter les paroles du Cbrist en svro-cbaldaïnue. Le premier évanjjile n'a qu'un passage de ce genre (xxtu, 46).
langue grecque. Les dénominations bilingues des lieux publics, comme FaCêa^a = Ai66cr1 pcoros , la triple inscription de la croix, l'usage du grec dans les décrets et les actes civils', n'attestent également qu'un rôle officiel. Josèphe lui-même nous apprend que ceux de ses compatriotes qui faisaient cas des lettres helléniques étaient peu nombreux, et que lui-même avait toujours été empêché, par l'habitude de sa langue maternelle, de bien saisir la prononciation du grec^.
De nombreux témoignages établissent, du reste, que la Galilée avait un langage fort différent de celui de Jérusalem^. Saint Pierre est reconnu à son accent pour Galiléen {Matth. XXVI , 78). Un passage, souvent cité, du traité talmudique Erubin attribue à la corruption du dialecte galiléen la défection religieuse de ce pays. Il est certain que le mouvement primitif du christianisme se produisit comme un mouvement provincial, et dans un dialecte qui paraissait grossier aux puritains de Jérusalem. En général, les premiers disciples du Christ étaient originaires de la Galilée, pays où l'on comptait beaucoup d'étrangers, et qui, sous le rapport de la langue comme de l'orthodoxie, était mal famé à Jérusalem. Toutes les particularités que nous connaissons du dialecte galiléen, la confusion des lettres de même organe (2=»^, p=l), l'éHsion des gutturales, la fusion de plusieurs mots en un seul, etc. rappellent le samaritain, le phénicien et les dialectes du Jjiban. Peut-être la langue de Jérusalem représentait-elle mieux le chaldéen proprement dit, tandis que celle de la Ga-
* Josèphe, Anttq. XIV, x, a ; XIV, xii, 5. — Mischna, Gittin, vi, 8.
* Antiq. XX, sub fine : Tfiv Se 'sept ttiv 'zspoÇiopàv dxpiSetav Tsârptos ixdXvae aiivi^deia.
^ Cf. Buxtorf , Lexicon chald. tabnud. et rabb. s. v. "p^/J et col. ah 1 6-7. — Lightfoot , Horœ hebratcœ , p. 1 3 1 et suiv. — ■ Fùrst , Lehrgeb. der aram. Idiome , p. 1 5- 1 6. — Dukes et Ewald, Beitt-àge zur Gesch. der œlt. Atulegung, p. i/ij.