‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 127 sur 281 · LIVRE III. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE I

lilée représentait le syriaque ou, pour mieux dire, le dialecte maronite avec ses habitudes de prononciation ouverte et mal accentuée. Assemani et M. Quatremère ^ ont prouvé que le syriaque resta la langue vulgaire de la Palestine jusqu'à une époque assez avancée de l'ère chrétienne.

S ni.

Après la destruction de Jérusalem, Babylone devint plus que jamais le centre du judaïsme ^, et le chaldéen continua d'être la langue vulgaire des Juifs dispersés dans tout l'Orient. L'hébreu, si l'on peut donner ce nom au langage fortement aramaïsé de la Mischna , resta pourtant encore la langue de la théologie pour les Tanaïm, ou docteurs mischniques, dont la série s'étend jusqu'au m* siècle de l'ère chrétienne. Au contraire, l'idiome des Amoraïm, des Saboraïm et des premiers Gueonim, qui firent la gloire des écoles de Sora, de Néhardéa, de Poumbedita, jusqu'au x' siècle de notre ère, est le chaldéen. Le Talmud de Jérusalem (iv* siècle) et celui de Babylone (v* siècle) sont rédigés dans cette dernière langue , si l'on peut donner le nom de langue à un mélange de tous les dialectes parlés par les Juifs aux différentes époques de leur histoire, mélange chargé de mots et de formes dont la provenance est parfois très-difficile à expliquer.

Les questions qui nous ont tenus en suspens à propos du chaldéen biblique et du chaldéen targumique se reproduisent à propos du chaldéen talmudique. La langue des deux Telmuds était-elle, pour les Juifs, un idiome savant ou un idiome vulgaire? et, dans cette seconde hypothèse, faut-il y voir la langue de la Babylonie au iv* et au v' siècle , ou seulement un

' BM. orient. I, p. 171 ; Mém. ««r ks Nabat. p. 1 82 et suiv.

• Cf. Fùrst, Kultuv- und Literaturgetehichte derJuden mA$ien, p. 1 etsiiiv.

L'3'i HISTOIRE DES LANGUES SEMITIQUES.

idiome particulier aux Juifs ? Les Talmudistes eux-mêmes distinguent nettement la langue de la loi, ou l'hébreu ancien (pD*: •mn), la langtie des savants (d'^DDH ]wb) et la langue vulgain (tarin î'îîi''?) ^ . Si l'on entend par la langue des samw te l'hébreu mischnique, la langue vulgaire serait bien le chaldéen talmudique; mais il se peut aussi que la langue des savants soit le talmudique, et que les mots rsvm ]'iub désignent l'idiome vulgaire des pays divers habités par les Juifs. Malgré tous ces doutes, nous croyons, avec M. Fûrst-, que c'est dans les deux Talmuds, bien plus que dans les Targums, qu'il faut chercher le dialecte vulgaire des Juifs d'Orient, durant les premiers siècles de l'ère chrétienne, autant du moins qu'il est permis de conclure d'un monument scolastique à un idiome vivant et populaire.

La différence sensible qui se remarque entre la langue du Talmud de Babylone et celle du Talmud de Jérusalem porte à croire que ces deux textes nous représentent deux dialectes différents du langage vulgaire des Juifs, le dialecte babylonien et le dialecte palestinien. Cette distinction existe même dans la pensée des Talmudistes, qui appellent de préférence la langue de Babylone araméen ("idin) et celle de la Palestine syriaque (''DIId)' ; mais il semble que, si la langue du Talmud de Babylone était réellement l'idiome particulier des indigènes de l'Irak, la différence des deux dialectes talmudiques serait beaucoup plus tranchée. 11 importe d'observer, d'ailleurs, que la langue du Talmud n'est nullement homogène : toutes les nuances de l'idiome des Juifs , depuis l'hébreu pur jusqu'au

* Voir ci-dessus, p. 169.

' Ttehrgebœude der aram. Idiome, p. 17.

•■' Dans le Irailé Nedarim, 66, 2 , on fait naîlre un quiproquo entre un homme de Babylone et une femme de Jérusalem, parce qu'ils n'attachent pas le même icns à un même moL

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