LIVRE III, CHAPITRE I
imitation de l'ancien style ; tel est le Zohar, dont la langue est à peu près la même que celle du Talmud, bien qu'on ne puisse en faire remonter la rédaction au delà du xiii* siècle, comme le prouvent les mots romans qui s'y rencontrent , et qui semblent déceler une origine espagnole.
Jusqu'ici notre exposé de l'histoire des langues sémitiques n'a guère embrassé que l'histoire de la langue des Juifs ; et pourtant il nous reste encore à parler d'une autre branche de la famille israélite, je veux dire des Samaritains. La physionomie plus araméenne qu'hébraïque de leur langue, jointe à l'âge relativement moderne des monuments qu'ils nous ont transmis, les excluait de la partie de cet ouvrage relative au premier âge des langues sémitiques.
S IV
La langue et la religion des Samaritains représentent dans l'histoire l'esprit individuel de la tribu d'Ephraïm ' . La Palestine a cela de commun avec la Grèce, la Toscane et tous les pays qui ont vu naître des civilisations originales, d'offrir, dans l'espace de quelques lieues , les différences de caractère les plus tranchées. Chacune des vallées de la Grèce avait sa civilisation, ses mythes, son art, sa physionomie intellectuelle et morale. Une critique attentive trouverait peut-être des différences non moins sensibles entre chacun des cantons de la Palestine. La prépondérance tardive de la tribu de Juda n'effaça pas ces variétés locales. Ephraïm, avec sa montagne de Garizim, rivale de Sion, sa ville sainte de Béthel, ses nombreux souvenirs de l'âge patriarcal, était, sans contredit, la plus considérable des individualités qui luttaient contre l'action
• JaynboU, Commentar. m hittor. gmlù tamaritanœ (Leyde, i8à6), p. 4, 19, etc.
absorbante de Jérusalem. La rivalité de ces deux familles principales des Beni-Israël date des époques les plus reculées de leur histoire. Au temps des Juges, Ephraïm, par le séjour de Tarche à Silo et par son importance territoriale, tint vraiment l'hégémonie de la nation. L'idée d'une monarchie israélite faillit un moment être réalisée par Ephraïm ^ Après la mort de Saùl, nous voyons cette tribu grouper autour d'elle toutes les tribus du Nord, opposer sans succès Isboseth à David, l'habile et heureux champion des prétentions de Juda; puis, après la mort de Salomon , faire enfin triompher ses tendances séparatistes par le schisme du royaume d'Israël et l'avènement d'une dynastie éphraïmite (975 avant J. C.)"-^. Samarie, bâtie par Omri, vers l'an 928, devient le centre politique delà fraction dissidente, et lui donne son nom; mais Sichem (aujourd'hui Naplouse) en resta toujours le centre religieux ; et c'est encore près de là, au pied du mont Garizim , que se conservent les derniers restes de cette fraction du peuple d'Israël, qui, si elle n'a pas eu la brillante destinée de Juda, l'a presque égalé par sa persévérance et sa foi.
Il ne semble pas que le royaume d'Israël ail eu d'abord un dialecte distinct de celui de Juda ; on peut croire seulement que le dialecte vulgaire y inclinait, plus qu'en Judée, vers l'araméen^. Après la destruction du royaume d'Israël par l'Assyrie (720 avant J. C), les colonies amenées de la haute Asie pour repeupler le pays y apportèrent une langue et un culte complètement étrangers aux Israélites*. Il paraît toutefois que ces barbares se laissèrent promptement dominer par la supériorité
' Tentatives d'Abimélek {Juges, ix).
* Les prophètes donnent souvent au royaume d'Israël le nom d'Epbraïm. {Osée, IV, 17; V, 9; xii, 1 et suiv. — It. vu, 2 et suiv.)
' Voir ci-dessus , p. 1/12.
* Berlbeau, Zur Gesch. der Isr. p. 358 et suiv. 4oo et suiv.