LIVRE III. CHAPITRE I
des indigènes, et eurent bientôt adopté la religion de Jéhovah et la langue d'Israël. La permission de retour accordée par Cyrus s'appliqua aux dix tribus dissidentes aussi bien qu'à la tribu de Juda; en sorte que les relations des populations de la Palestine se trouvèrent, après la captivité, à peu près ce quelles étaient auparavant'. C'est de là qu'on peut faire dater l'existence caractérisée du samaritain. Cette langue n'est, au fond, que l'bébreu moins pur des tribus du Nord, altéré par deux causes : i° l'influence de plus en plus croissante des langues araméennes; 2° le mélange des mots non sémitiques apportés par les colons étrangers.
La culture littéraire du samaritain ne paraît pas avoir été ni fort ancienne, ni fort brillante. M. Ewald- suppose que, sous la domination des Perses et sous celle des Grecs, il v eut une série d'bistoriens samaritains dont on retrouverait des débris incohérents dans la Chronique d'Aboulfath et le Livre de Josué^, ouvrages composés en arabe par des Samaritains, à des époques relativement modernes; mais il faut avouer que cette antique littérature aurait laissé bien peu de traces. La version du Pentateuque, le plus ancien des écrits samaritains qui nous restent, version que la plupart des critiques rapportent au 1" siècle de notre ère, et où se trahit l'influence du Targum d'Onkelos*,
' Ewald, Getch. des F. Itr. t. III, a* pari. p. loo et suiv.
' Ibid. p. ii'i6-2li'j.
' Ce livre n'a rien de commun avec l'ouvrage biblique du même nom.
* Gesenius , De Pentateuchi sanmritani origine , indole , auctoritate ; Halae , 1 8 1 5. — Winer, De versionit Pentat. samarit. indole; Lips. 1 8 1 7. Il ne faut pas confondre celle version avec le lexle hébreu du Pentateuque en caractères samaritains que possèdent aussi les Samaritains. Ils ont, en outre, une version arabe, faite par Abou-Saïd, au xi' ou xii* siècle, d'après celle de Saadia, et que publie en ce moment M. Kuenen (1" et a* livr. Leyde, i85i-i85/i). Enfin ils paraissent avoir eu une version grecque faite au ii* siècle, en Egypte, et calquée sur celle des Seplanle. (Voir cependant de Wettc, Einleilung, %% hk cl 63 a.) Toute l'exégèse
présente de si nombreux arabismes , qu'on est forcé d'admettre qu'elle a subi des retouches après l'islamisme. Un savant a même osé soutenir, et non sans de bonnes raisons, qu'elle n'avait été composée que depuis cette époque ^ Les hymnes publiés par Gesenius sont plus modernes encore, et, pour la plupart, certainement postérieurs à Mahomet 2. Les livres historiques quepossédaient les Samaritains^ semblent être perdus; on a supposé qu'il existe encore à Naplouse quelques textes inconnus aux savants européens*. Mais ce que j'ai pu voir durant les deux jours que j'ai passés avec les Samaritains de cette ville ne me porte nullement à le supposer. En général, les Samaritains sont bien moins portés à cacher leurs richesses qu'à exagérer la valeur des trésors qu'ils prétendent posséder. Leurs inscriptions^ sont peu anciennes.
La langue dans laquelle sont écrits les ouvrages samaritains qui nous restent est un dialecte assez grossier, intermédiaire entre l'hébreu et l'araméen , et caractérisé par l'irrégularité de son orthographe. Le trait essentiel des patois dans les langues sémitiques, je veux dire la profusion des lettres quiescentes et la permutation des gutturales (n, y, n, n), s'y retrouve comme dans le galiléen, le mendaïte, le punique des basses époques, le talmudique*". La prononciation samaritaine est en
samaritaine, comme ia religion samaritaine elle-même, n'est, on le voit, qu'une contrefaçon de celle des Juifs.
' Frankel, dans les Verhandlungen der ersten Versammlung deutscher Orienta' lùten (Leipzig, i8i5), p. 10.
* Gesenius , Carmina samarit. (Lips. l 82/»), praef. — Juynboll , Comment, p. 6 1 .
* Juynboll, ihid. p. 55, 63, etc.
* Bobinson, Biblical Researches in Palestine, II, 281-182 (2" édition).
* Zeitschrift der d. m. G. 1 860 , p. 622 et suiv.
* Makrizi, dans ia Chrestom. arabe de M. de Sacy, I, p. Il', et p. 3o3^ 33â. — Benjamin de Tudèle, édit. Asher, vol. I, p. 67 ; vol. II, p. 87. — Fûrsl. Ijchrgi der aram. Idiome, p. 16-17*