‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 13 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

divins , et dans l'hypothèse où le monde est envisagé comme un vaste champ de bataille où les dieux et les hommes se livrent de perpétuels combats. Mais que faire pour l'épopée de ce Jéhovah solitaire, qui est Celui qui est 'Quelle lutte engager contre le Dieu de Job, qui ne répond à l'homme que par des coups de tonnerre? Sous un tel régime, la création mythologique ne pouvait aboutir qu'à des exécuteurs des ordres de Dieu , à des anges^, ou messagers, sans variété individuelle, sans initiative ni passion.

Sous le rapport de la vie civile et politique , la race des Sémites se distingue par le même caractère de simplicité. Elle n'a jamais compris la civilisation dans le sens que nous donnons à ce mot ; on ne trouve dans son sein ni grands empires organisés, ni commerce, ni esprit public, rien qui rappelle la vfoXiTeîa des Grecs ; rien aussi qui rappelle la monarchie absolue de l'Egypte ou de la Perse. La véritable société sémitique est celle de la tente et de la tribu : aucune institution politique et judiciaire, l homme libre, sans autre autorité et sans autre garantie que celle de la famille. Les questions d'aristocratie, de démocratie , de féodalité , qui renferment tous les secrets de l'histoire des peuples ariens , n'ont pas de sens pour les Sémites. L'aristocratie, n'ayant pas chez eux une origine militaire, est acceptée sans contestation et sans la moindre répugnance. La noblesse sémitique est toute patriarcale : elle ne tient pas à une conquête ; elle a sa source dans le sang. Quant au pouvoir suprême, le Sémite ne l'accorde rigoureusement qu'à Dieu. Les Juifs ne passèrent à une organisation royale et à un état de civilisation stable qu'à une époque déjà avancée

• T.es développements ultérieurs que prit la théorie des anges chez les Juifs, développements qui ont bien quelque chose de mythologique, sont des emprunts feits aux férouers de la Perse.

Vt HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

de leur développement, à l'imitation des autres peuples^ J'aurai à m'expliqucr plus tard sur les exceptions apparentes qub présentent la Phénicie et la Syrie. Qu'il me suffise, pour le moment, de faire observer que l'esprit sémitique a toujours été fort altéré en Aramée par le contact de l'étranger, et que cet esprit ne s'est manifesté que sous deux formes vraiment pures : la forme hébraïque ou le mosaïsme, et la forme arabe oul'isla' misme. Encore doit-on reconnaître que la forme hébraïque s'est si promptement mélangée et dépasse si étonnamment en quelques points les limites de l'esprit particulier d'une race, que c'est vraiment l'Arabie qui doit être prise pour mesure de l'esprit sémitique. Or l'anarchie la plus complète, tel a toujours été l'état politique de la race arabe. Cette race nous présente le singulier spectacle d'une société se soutenant à ,sa manière, sans aucune espèce de gouvernement ou d'idée de souveraineté. Les étranges révolutions des premiers siècles de - l'islamisme , l'extermination de la famille du Prophète et du parti resté fidèle aux mœurs de l'Hedjaz, venaient de l'incapacité absolue de rien fonder et de l'impossibilité où était la race sémitique de se développer à sa guise dans un pays qui, comme la Perse, appelle une organisation régulière. Au contraire, toutes les fois que cette race a trouvé un sol approprié à sa vie nomade , en Syrie, en Palestine et surtout en Afrique, elle s'y est établie comme chez elle, si bien qu'à cette heure les limites de l'Arabie sont, à proprement parler, les limites du désert.

L'infériorité militaire des Sémites tient à cette incapacité

de toute discipline et de toute subordination. Pour se créer

des armées régulières, ils furent obligés de recourir à des

mercenaires : ainsi firent David, les Phéniciens, les Cartha-

' I Samuel, chap. tiii.

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