LIVRE III, CHAPITRE I
général lourde , portée à confondre les voyelles , dominée par ies sons ouverts et, en particulier, les sons aetou^.
La copie du Pentateuque hébreu en caractères samaritains se distingue par les mêmes particularités d'orthographe que le dialecte samaritain lui-même : î2*]"^n* devient ^"^^^^ ; riï?n3 == mA^T^vn ; rû'np^ =: ^mer]? ; în^&y = ijmAm^v. En outre, le texte se rapproche, dans une foule de cas, du texte alexandrin : on y remarque la même tendance à adopter la leçon la plus facile , à changer certains passages pour écarter les difficultés et les mots obscurs. C'est ce qui donne une grande force a l'opinion de Gesenius , de Wette , Ewald , Haevernick , Winer, JuynboU , et , en général , des critiques modernes , qui placent vers- l'époque de Darius Nothus ou d'Alexandre *, au moment de l'établissement définitif du culte sur le mont Garizim, l'introduction du Pentateuque chez les Samaritains , contrairement à l'opinion de l'ancienne école , qui croyait que l'existence du Pentateuque samaritain remontait au schisme des dix tribus, époque oiî le corps des écritures hébraïques n'avait pas la forme qu'il offre aujourd'hui.
Le samaritain resta langue vulgaire jusqu'à l'invasion musulmane. Vers le viii* ou le ix* siècle , il fut graduellement absorbé, comme tous les autres dialectes sémitiques, par l'arabe; mais il continua d'être compris, et même écrit, en certaines occasions solennelles, par les prêtres sous le nom à'hébreu (*AJl;*ft), en sorte qu'à partir de cette époque les Samaritains eurent deux langues savantes et sacrées, conune les Juifs eux-
' Barges, Les Samaritaitu de NapUnue (Paris, i855), p. 55 et sniv.
* On s explique que les Samaritains n'aient pas adopté les autres parties du cation juif : l'idée d'une inspiration uniforme s'étendant à tous les livres canoniques n'existait pas à celte époque. Pour Philon, de même. Moïse seul est un révélateur; les prophètes et hagiographes n'ont qu'une inspiration naturelle, comme celle qu'il s'attribue à lui-même^ (Conf. de Wette, Emkitm^, S tj a.)
mêmes. Comme les Juifs aussi, ils arrivèrent à opérer une sorte de fusion entre ces deux langues : ainsi les correspondances qu'ils ont entretenues de Naplouse avec les savants européens, Scaliger, Huntington, Ludolf, M. de Sacy, sont écrites dans une sorte d'hébreu plein d'aramaïsmes et d'arabismes'. Le même mélange s'observe dans quelques-uns des hymnes publiés par Gesenius^. Un Essai de grammaire samaritaine et un Traité de la lecture de l'hébreu , écrits en arabe au xii* siècle , qui se trouvent dans un manuscrit d'Amsterdam^, seraient dignes d'être publiés. Comme les Juifs et les Syriens, les Samaritains écrivent souvent l'arabe avec leur caractère national, et quelquefois, à l'inverse, le samaritain en caractère arabe*. Le rhythme de leurs hymnes est tantôt celui des Syriens, tantôt celui des Arabes ^.
Cette antique branche de la famille sémitique est, de nos jours, à la veille de disparaître. Les persécutions, la misère et le prosélytisme des sectes plus puissantes menacent à chaque instant sa frêle existence. En 1820, les Samaritains étaient encore au nombre d'environ cinq cents ^. Robinson, qui visita Naplouse en i838', n'en trouva plus que cent cinquante, et les renseignements que j'ai pris coïncident avec ceux du missionnaire américain. Dans la supplique qu'ils adressèrent en
' De Sacy, dans les Notices et extraits, f. XII, p. 118. Une supplique éciilf dans le même slyle, et adressée en 1869 par les Samaritains au Gouvernemcnl français, a été publiée : Annales de philosophie chrétienne, novembre i853; Barges, Les Samaritains de Naplouse, p. 35-36 , 6i et suiv.
* Fr. Ulïlcmann, Institutiones lin^œ sar.iaritanœ , Proieg. p. xviii.
* Wcijers, Calai, coda, orient, qui in Bibl. Inst. rejii Amstelodami atservu:-!'! p. liS.
* Juynboll, Commentar. etc. p. 58, Sg, 63. clc.
* Gesenius, Carmina samaritana, p. 9.
* Notices et extraits, t. Xll, p. 166. ' Biblical Researches , Il , 282, 287.