LIVRE III, CHAPITRE II
vers l'époque de l'ère chrétieiiDe^ Les écrivains giecs et ialins rangent invariablement les Nabatéens parmi les Arabes ; les écrivains arabes, au contraire, identifient à peu près les Nabatéens et les Babyloniens-. Cette dernière acception doit être préférée. Le nom de Nabatéens paraît avoir été , à une certaine époque , à peu près synonyme de Sémites : en tous cas , le développement dont nous avons à nous occuper ici appartient à l'Aramée.
Les historiens et les géographes arabes représentent toujours les Nabatéens comme un peuple savant en astronomie, en agriculture, en médecine et surtout en magie; quelquefois même comme les inventeurs de toutes les sciences «t les civilisateurs du genre humain. Or il est tout à fait hors de doute que les Nabatéens, dont les écrivains arabes parlent en ces termes, sont les habitants de la Chaldée et de l'Irak^. 11 est certain, d'un autre côté, que le nom de langue nabatéenne, chez les auteurs arabes et syriens, désigne d'ordinaire purement et simplement le syriaque, ou, pour mieux dire, le dialecte oriental du syriaque, qu'on appelle encore de nos jours chaldéen^. Les noms jL^fj et JoUi sont donnés comme synonymes par les lexicographes syriens^. Les mots nabatéens qui nous ont
' L'identification des Nabatéens avec ies nV33 des écrivains hébreux n'est pas certaine. (Chwolsohn, op. cit. I, 698, 708.)
* Qualremère, Mémoire sur les Nabatéens, i" et a* sect — Chwolsohn, op. cit. I, 708 et suiv. — M. Blau {Zeitschrift der d. m. G. i855, p. 235 et suiv.) a prouvé qu'à Pétra ce nom s'est appliqué à des populations de race arabe.
' Qiiatremère, op. cit. p. 58 et suiv. — Chwolsohn, op. cit. I, p. 698 et suiv. Il, i63, 606, 780. — Weyers {Spec. crit. exhïbens locos Ibn-Khacanis , p. loo- 101, note) avait déjà bien vu l'identité des Nabatéens et des Chaldéens.
Quatremère, p. 91, 106 et suiv. — Larsow, De dialect. linguœ tyriacœ religuiu (Berlin, i84i),p 7, i3 et suiv.
' Cf. Larsow, op. cit. p. 9-1 1 . Corriger les vues trop absolues de M. Larsow car re)\e« de M. Chwolsohn, I, 689 et suiv. iiô et suiv.
été conservés par les historiens arabes sont presque tous syriaques. Ce n'est pas sans étonnement qu'on trouve dans le nombre quelques mots grecs et latins^; mais cette singulière confusion s'explique quand on voit que le nom de Nahatécns était devenu synonyme dejoaïews et d'Ë^Xj/i^es'^. Les mots nabatéens, réciproquement, étaient parfois donnés pour des mots grecs^
De la vaste littérature nabatéenne il ne nous reste que trois ou quatre écrits, dont le plus important est le traité intitulé ii^kAÀil aj*.^XâJî , ou Agriculture nabatéenne, composé par Koutbami, et traduit en arabe par Ibn Wabschiyyab le Chaldéen, l'an 90/1 de notre ère. Cet ouvrage singulier, qui n'est guère connu jusqu'ici que par la notice de M. Quatremère, mais dont M. Chwolsohn promet de donner bientôt une édition, contient des renseignements sur des époques fort antérieures à sa rédaction et sur les diverses branches de la littérature babylonienne. De ces renseignements, combinés avec d'autres données fournies ])ar les auteurs arabes , il résulte que les Nabatéens possédaient des ouvrages d'agriculture, de médecine, de botanique, de physique, d'astrologie; des livres spéciaux sur les mystères, sur des peintures symboliques; un livre, en particulier, sur l'histoire fabuleuse de Tammuz; des traités de magie ou d'enchantements; des ouvrages de polémique relatifs au culte des astres et au monothéisme; de nombreux écrits attribués aux patriarches de l'Ancien Testament, Adam, Noé, etc. d'autres que l'on prétendait inspirés par le soleil el
^ Larsow. op. cit. p. i9-i3, iS-iy.
* La môine confusion existe en éthiopien, où rïLfiil, (araméen) signifie à la fois païen et grec. ( Cf. Ludolfi Lex. œlh. s. h. v.) Les anciennes versions syriaques rendent KAArives par Aratnéens. C'est ainsi que, dans le centre de l'Afrique, le mot mara (chrétiens) est devenu synonyme de non-musulman ou d'idolâlre. (Cf. d'Jc'scayrac de Laulnre, Mém. sur le Soudan, p. i()3.)
' Qndlremère, op. cit. p io5-io6.