‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 136 sur 281 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

traire, possèdent, depuis une époque reculée, des écrits spéciaux, d'un caractère exact et pratique. Il semble qu'il en fut de même pour Babylone , par un effet du caractère industriel et positif des peuples qui paraissent avoir fourni le premier fond de la population de l'Irak. Les renseignements que les Grecs nous donnent sur la science chaldéenne répondent parfaitement à ceux que les Arabes nous ont transmis sur la science nahatéenne, et semblent supposer à Babylone un centre spécial de travaux dirigés vers les mathématiques, l'astronomie et les applications usuelles, choses tout à fait antipathiques aux instincts primitifs des Sémites et des Ariens. M. Chwolsohn a d'ailleurs observé avec raison que le caractère de Y Agriculture nahatéenne n'est nullement celui d'un livre profane ^ : elle faisait sans doute partie d'une technique sacrée, analogue aux çilpaçàstra de l'Inde, où les différents arts étaient présentés comme une révélation et rapportés à une divinité^.

Il faut attendre l'édition complète de Y Agriculture nahatéenne pour se prononcer sur tant de problèmes singuliers. Il est certain, en tout cas, que ce livre nous réserve sur l'histoire littéraire de la Babylonie des révélations importantes. C'est déjà un fait surprenant qu'au x' siècle de notre ère il v eût encore à Babylone des Nabatéens non convertis à l'islamisme et des restes d'une culture indigène'. Une autre veine, d'ailleurs, de l'ancien chaldaïsme est venue jusqu'à nous par une secte qui existe encore dans les environs de Wasith, de Howaïzah et de Bassora, je veux dire les Sabiens, Nasoréens, Mendaïtes ou Chrétiens de Saint-Jean. Cette dernière assertion demande des développements particuliers.

' Die Stabier, etc. 1 , 832.

* D'Eckstein , Quest. relat. aux antiq. de» peuple* sémtt. p. 63 et soÎT,

* Chwoisohn, Die Ssabier, I, p. 8a 1 et suiv.

2/i8 HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

S II

Et d'abord , sous le rapport de la langue, le trait que les Arabes donnent comme caractéristique de la langue nabatéenne\ la confusion des gutturales n et n , N et :? , est aussi le fait dominant de la langue des Mendaïtes. Sous le rapport littéraire, les ressemblances entre ce qu'on raconte des Nabatéens et ce que nous savons des livres mendaïtes sont bien plus frappantes encore. L'habitude d'attribuer des ouvrages à Adam et aux patriarches se retrouve des deux côtés; le caractère astrologique et magique de la littérature nabatéenne convient à merveille aux ouvrages que nous possédons des sectaires de Ba«sora. Les noms d'auteurs nabatéens qui nous sont connus^ et qui semblent se rattacher, les uns au persan , les autres au sémitique, offrent en cela la plus grande analogie avec ceux des Mendaïtes. Il est vrai que les livres de ces derniers trahissent une rédaction postérieure à l'islamisme , et que . par leur extravagance, ils ne répondent guère à ce qu'on rapporte du caractère scientifique et positif de la littérature nabatéenne. Mais d'abord il est certain que les livres mendaïtes que nous possédons ne sont qu'un remaniement de textes plus anciens et probablement plus sensés; en outre, l'Orient associe parfois la science fantastique et la science véritable dans des proportions qui sont pour nous un mystère; il n'est pas impossible qu'à une doctrine exacte et digne de la Grèce les Nabatéens aient associé de folles imaginations comme celles qui remplissent le Livre d'Adam des Mendaïtes.

Ce que les Grecs et les Latins nous rapportent de la science chaldéenne présente le même caractère de science tantôt réelle,

^ Quatremère, Mén. sur les Nabat. p. loo, io3. * Id. ibid. p. 108, 112.

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