LIVRE III, CHAPITRE II
tantôt chimérique. Sans croire outre mesure à la valeur d'un mot qui servit évidemment, vers l'époque romaine, à couvrir le plus grossier charlatanisme , il semble difficile de ne pas admettre en Chaldée un certain développement sérieux de sciences mathématiques et astronomiques^; les poids, les mesures , peut-être les notions les plus essentielles de la supputation des temps, sont d'origine babylonienne. Tout cela suppose une littérature, qui fut écrite sans doute en une langue sémitique. Or cette littérature , je l'identifie avec celle que les Arabes attribuent aux Nabatéens^. Les livres chaldéens cités par Bardesane', par Moïse de Khorène*, si vivement réfutés par saint Ephrem^, sont pour moi des livres nabatéeus. Les sources chaldéennes oil puisa Bérose^ appartenaient sans doute à la même catégorie. Certes la critique doit accueillir avec défiance les compositions de l'époque grecque qui, sous les noms de Bérose, de Manéthon, de Sanchoniathon , prétendent nous représenter de vieilles littératures disparues; mais il est incontestable, d'un autre côté, que ces littératures ont existé, et que les compilations dont nous venons de parler, malgré de nombreux contre-sens et peut-être quelques impostures, renferment
* L'astronomie et la médecine du Talmud ont leur source dans la science chaïdéenne, nabateerme ou tabienne de la Babylonie , et fourniraient pour en reconstruire l'édifice de précieux renseignements. (Voy. Fûrst, Kultur- und Literaturgeschichte der Juden in Atien, p. Zîo-5a.)
* Conf. Kunik, Mélanges asiatique» de l'Académie de Saint-Pétersbourg, p. 679.
* Voir Curelon, Spicilegium syriacum (London, i855), p. ai, et Journal asiat. avril iSSa, p. 396 et suiv.
* Par exemple, 1. 1, append. p. i35, trad. Levaillant. En général, cependant. Moïse cite les Chaldéens d'après les sources grecques.
' Assem. BibL oi-ient. I , p. 1 2 a et suiv. On tniuve un grand nombre de traités contra Chaldœos composés par des Syriens chrétiens.
* Ce nom est évidemment le nom persan Firouz; Uepui^s, chez les Byzantins; Béroze, chez les Arméniens,
des lambeaux encore reconnaissables des anciennes écritures de îa Ghaldée, de l'Egypte, de la Phénicie. Il faut se rappeler que, dès l'antiquité la plus reculée, on a écrit en Orient, et qu'à l'exception peut-être de la Chine et de l'Inde, il n'est pas un seul pays de l'Asie pour lequel nous touchions la première assise du travail littéraire. Partout les plus anciens documents que nous possédons en supposent d'autres plus anciens encore. Si de grandes précautions sont commandées dans l'œuvre difficile de reconstituer la haute antiquité avec des restes altérés et souvent falsifiés , il serait tout à fait contraire à la bonne critique de prétendre que ces monuments, relativement modernes pour la forme, ne nous font point atteindre, pour le fond, une époque antérieure à celle de leur composition. Pourquoi douter de l'existence d'une littérature en Chaldée, quand nous voyons en Perse , sous les Arsacides et les Sassanides , un remarquable mouvement intellectuel; quand nous voyons Moïse de Khorène, si crédule, mais si honnête, s'en référer à de vastes dépôts d'archives chaldéennes, syriaques, persanes^, et citer sans cesse des ouvrages écrits dans ces différentes langues longtemps avant lui?
Enfin la religion établit entre les Nabatéens et les Men- Jaïtes actuels une frappante identité^. Les Nabatéens, en effet, sont généralement rattachés par les Arabes à la religion sa-
* M. Layard a découvert, dans le palais Koyounjik, une salle qu'il suppose, non sans raison, avoir été un dépôt d'archives. Rapprochez les BaadiKal Si(pOépai consultées par Ctésias , et le passage du Livre d'Esther, ii , s 3 ; vi , i ; xii , A.
* Ce rapprochement n'a pas échappé à l'auteur du Kitâb el-Fihrist : jL-iLX:^
f vXy^îiJj jd^■ ^y^ èù\ JLs" o^^ (Ms. suppl. arabe, iAoo% fol. ai4 v.) — Chwolsohn, op. cii. II, 5A4.