LIVRE III, CHAPITRE II
bienne^ Or, depuis les travaux de M. Chwolsohn^, il n'est guère permis de douter que les restes de la religion sabienne ne doivent être en grande partie cherchés dans les livres des Mendaïtes*. Le sabisme lui-même, ainsi nommé à cause des fréquentes ablutions en usage dans la secte *, ablutions qui furent peutêtre l'origine de la faveur qu'obtint le baptême chez les Juifs à l'époque de Jean-Baptiste et du Christ , n'était qu'un débris de l'ancienne religion chaldéenne, fortement altérée par le mélange des idées avestéennes^. Cette religion paraît avoir joué un rôle important dans l'histoire du gnosticisme, et avoir même compté parmi les sectes gnostiques. Je pense, pour ma part, que les Ehhasaltes, sur lesquels les O^oorocpou/^teva, découverts par M. Miller et attribués (avec raison, selon moi) à Origène^ nous ont donné de si curieux détails, n'étaient autres que les Sabiens ou Mendaïtes. Une de leurs prières, venue jusqu'à nous, est en chaldéen pur''. Les noms de leurs révélateurs, aXyaaai et '^o^iai, leurs pratiques religieuses, leurs idées sur les anges, leur théurgie, conviennent parfaitement aux sectaires de Bassora*. C'est peut-être du sein de la même école que sortirent
' Quatrenh^re, op. eit. p. 63.
• Op. cit. I, io4 et suiv. i35, ifig, 181 et suiv. Cf. Kunik, Mélat^et asiatiques de rAcadémie de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 63 1, 685.
' Il faudrait également tenir compte des sectes païennes et empreintes de manichéisme, encore aujourd'hui subsistantes dans la région du Tigre et de l'Euphrate, Schemsiés, Jézidis , adorateurs du feu à Diarbekir,et peut-être Nosaïriens.
* ^â>^i . 01 d'après l'orthographe du dialecte mendaïte, JLSj, abluere,bapti-
zare;en arabe, iJL»x«Ii, ol ^vlt^éitevot. (Chwolsohn, I, ito, itth et suiv.) ' Chwolsohn,!, 107 et suiv. 1 25 et suiv. 1 33 et suiv. — Kunik, p. 6^7, 653.
* Edil. Miller, p. 39 a et suiv.
' Zeitschrift der d. m. G. i858, p. 719.
• J'ai développé ce sujet dans le Journal asiatique, novembre-décembre i853. M. Chwolsohn est arrivé de son côté au même résultat, et d'une manière plus démonstrative, par an passage da Kitdb el-Fihrist, où le fondateur de la secte des
Manès et le manichéisme ^ Plus tard, au vu" siècle , nous voyons Mahomet fort préoccupé des Sabiens (^^ajUxII); le Coran (il, 69; V. 78; XXII, 17) les place parmi les peuples qui ont une révélation, et qu'il faut tolérer au même titre que les Juifs, les Chrétiens et les Mages^. Les spéculations astrologiques et astronomiques, qui étaient en très-grande faveur parmi eux, les firent généralement envisager par les Arabes comme adorateurs des astres. Les Arabes, d'ailleurs, en vertu d'une idée préconçue et assez peu justifiée par les faits, s'imaginant que l'astrolâtrie avait dû être la religion primitive du genre humain , répandirent l'opinion que le sabisme était la plus ancienne des religions, et qu'il fut un temps où le genre humain tout entier était sabien^. Sabisme devint ainsi synonyme de paganisme dans l'usage des écrivains arabes et juifs, surtout de Schahristani et de Moïse Maimonide. Dans la traduction arabe du roman de Josaphat et Barlaam, le mot ÈXkiives est rendu par ^^^jUJI*.
Un fait singulier, et peut-être unique dans l'histoire de l'es-
Mogtasila est nommé ^^ ou ^,v,jl = ÛX^^aaat (ms. cité, fol. aii , 1. 13). Die Ssabier und der Ssabismtis, I, p. 1 12 et suiv. 806-807 ; II, 543 et suiv. M. Qua- Iremère a nié cette identité (Joum. des Sav. mars 1867, p. i43 et suiv.).
' Le Kitâb el-Fihrist fait lui-même ce rapprochement (fol. 2 1 4 v°). Cf. Fiuegel , Mani, seine Lehre und seine Schriften, aus dem Fihrist (Leipzig, 1862).
* C'est par suite d'une opinion analogue que les idolâtres appelaient les premiers musulmans Sabiens. (Cf. Caussin de Perceval, Essai sur l'hist. des Arabes, III, p. 2 43. — Sirat errasoul à'iha Hischâm, I,p. 325, 229, édit. Wùstenfeid.)
^ Le système des écrivains arabes à cet égard , développé par Maimonide dans le More Neboiikitn, fut admis de confiance par plusieurs savants du xvii* et du XTiu* siècle. On n'a pas assez remarqué que tout ce qui a été dit sur le s(J)éisme, ou culte prétendu des astres, repose uniquement sur celte fragile base.
* Chwolsohn, I, 20, 2 35 et suiv. — Larsow, p. 10-11. C'est sans doute par une confusion analogue qu'Ibn Kbaldoun appelle V Agriculture nabatéenne un livre des Grecs (Quatremère, p. 119 et suiv.). Dans les traductions du grec en syriaque , ÈXXvves est souvent rendu ^r |^. r VT* ^*^ "^ , génies.