LIVRE III, CHAPITRE II
bylone^, et surtout celle J'AbouscLadr-, n'ont pas été juscju'ici recherchées avec tout le soin qu'elles mériteraient.
L'idiome des livres mendaïtes est un araméen fort corrompu et très-analogue au talmudique^. En beaucoup de cas, cependant, il se rapproche plus du syriaque que du chaldéen : l'emploi du noun, comme préformante du futur, est une particularité syriaque très-importante. Les caractères essentiels du dialecte mendaïte sont ; i° l'emploi constant des trois lettres quiescentes comme vovelles , même comme voyelles brèves : ces lettres s'attachent alors à la consonne, ce qui donne à l'écriture mendaïte une phvsionomie tout à fait à part dans la série des alphabets sémitiques; 2° la confusion etl'élision fréquentes des gutturales, que les Mendaïtes prononcent toutes comme H : cette particularité, que nous avons retrouvée en Galilée et dans le Liban, semble avoir été spécialement propre à l'Irak; elle s'observe dans la langue du Talmud et sur les inscriptions des plats découverts à Babylone par M. Layard*; elle était caractéristique du dialecte nabatéen^; 3° le changement des lettres douces en
* Voir ci-dessus, p. 78, note 1.
' Celle inscriplion a élé publiée et expliquée par M. F. Dielrich , dans l'appendice C des OutUnes de M. Bunsen. La manière dont les lettres quiescentes y sont «Hachées aux consonnes me parait une raison tout à fait décisire pour la rapporter, ta dialecte mendaïte. Il paraît que les inscriptions de ce genre sont très-nombreuses dans l'ancienne Babylonie.
' Celte obsenalion est de M. de Sacy, Journal des Savant», nov. 181g , p. 65o et suiv. (Conf. L.T. Burckhardt, Les Nazaréens ou Mendaïtes, p. 28 et suiv. Strasbourg, i8io. — Norberg, Codex Nazarcnu , Lexidion : Londim Golh. t8i6.) Elle e«t pleinement confirmée par la récente étude de M. Nœldeke, Ueber die Mundarî ier Mandceer (Gœttingue ,i863),p. 73et suiv.
* Discovertes, p. 5i 1-5 12. Une confusion analogue avait lieu chez plusieurs nbus arabes, cher les Témimiles, par exemple : c'est le défaut appelé iXnXc.
( Voyez Soyoulhi , MtisA»-, 1. 1, foi. iaa,n* i3i6S suppl, ar. — Hariri, dans S. de Sacy, Anthol. grammat. arabe, p. 1 10 et suiv. et le Kamous, à ce mol.)
* \oy. ci-dos8U8, p. a48.
lortes, et réciproquement; h" des contractions nomîireuses, des agglutinations de mots, une tendance à n'écrire quQ ce qui est prononcé ; 5° le redoublement des consonnes remplacé par l'emploi du noun, comme dans le chakléen biblique; 6" une foule d'irrégularités et d'anomalies d'orthographe , telles qu'on en trouve dans les dialectes qui n'ont pas reçu de culture grammaticale. Toutes ces particularités, on le voit, présentent la plus grande analogie avec celles qui caractérisaient le galiiéen. Parmi les dialectes écrits, le mendaïte est certainement le plus dégradé de la famille sémitique ; il représente , dans cette famille, \e patois, la langue abandonnée au caprice du peuple et ne suivant dans son orthographe que le témoignage de l'oreille, sans égard pour l'étymologie^
Tous les livres mendaïtes que nous connaissons sont d'une rédaction postérieure à l'islamisme; de nombreuses allusions à Mahomet et à ses successeurs ne laissent aucun doute à cet égard. D'autres allusions, mais beaucoup moins évidentes, en porteraient la composition au ix® ou au x" siècle. Les Mendaïtes reconnaissent eux-mêmes que tous leurs livres sacrés furent détruits dans les persécutions qu'ils eurent à souffrir des premiers musulmans. On peut croii'e que la nouvelle rédaction reproduit les traits essentiels de l'ancienne, :i est probable cependant que plusieurs des fables ridicules qui nous choquent dans les livres des Mendaïtes ne se trouvaient pas dans le texte primitif. L'imagination humaine ne s'arrête pas dans la voie de l'extravagance : les livres gnostiques connurent aussi cette
' Nœldeke, op. cit. La conlradiclion des auteurs arabes et syriaques, qui présentent le nabatéen et le sabien , les uns comme le dialecte syriaque le plus corrompu , les autres comme le plus pur, s'explique en supposant que tantôt ils donnent ces noms à la langue des Mendaïtes , tantôt à celle des lettrés chaldéens et des Psoudo- Sabions do Harran. (Conf. Larsow, p. 6-7, i3. — Quatremère, p. 9O et suiv, — Cliwolfohn. I, iSg, Ai3, lio8. — KuniL, p. 65o, G73.)