LIVRE III, CHAPITRE III
faut y chercher, ce n'est pas le génie syriaque lui-même ^ Ni l'hellénisme , ni le christianisme depuis sa transformation hellénique , ne convenaient aux Sémites ; la Syrie seule , c'est-àdire, de tous les pays sémitiques le plus dénué d'originalité, devait se prêter à cette culture étrangère, et, si j'ose le dii*e, à cette abdication.
On ne peut douter que, de très-bonne heure, il ne se soit formé une littérature chrétienne en langue syriaque. Ce serait toutefois une confusion que de rattacher inunédiatement cette littérature aux premiers écrits du christianisme, qu'on peut supposer avoir été composés en syro-chaldaïque ; car, malgré la grande analogie du syriaque et de la langue parlée en Palestine à l'époque du Christ, on ne voit pas le lien qui unirait la première littérature chrétienne de Judée au développement qu'on appelle syriaque, lequel se produit au iv* siècle , non dans la Syrie proprement dite , mais en Mésopotamie. C'est un fait assez singulier, il faut l'avouer, qu'une littérature apparaissant ainsi sans antécédents , et sans qu'aucune tradition nous ait été conservée d'une culture nationale antérieure; mais la surprise que nous cause cette brusque apparition n'est qu'un effet de l'ignorance où nous sommes sur les anciennes études araméennes. On a établi ci-dessus que la Chaldée avait possédé une littérature païenne et indigène antérieure au christianisme. La Syrie proprement dite et le nord de la Mésopotamie ne paraissent pas, il est vrai, avoir participé d'une manière efficace au mouvement des études chaldéennes ; mais on ne peut croire qu'eUes y soient restées tout à fait étrangères. Il est remarquable que les plus anciens écrivains syriaques
' M. J. P. N. Land a développé des vues fort justes sur i'hisloire de la littérature syriaque , dans la préface de son ouvrage sur l'iiistonen syrien Jean d'Epbèse ; Leyde, i856.
dont les noms soient venus jusqu'à nous étaient tous des Ghaldéens vivant sous la domination des Sassanides^ L'idée d'écrire en langue araméenne sur les choses chrétiennes sera venue naturellement dans un pays qui possédait déjà des ouvrages en langue indigène sur toutes sortes de sujets.
Les inscriptions en langue et en caractères araméens, qui se lisent encore aujourd'hui sur les monuments de Palmyre et de Taïba, offrent d'ailleurs la preuve irrécusable que la Syrie employa l'écriture sémitique avant le christianisme, au moins pour les besoins usuels. Les quinze inscriptions palmyréniennes connues jusqu'ici forment une série qui s'étend de Tan ^9 à l'an 268 de notre ère. Il résulte des explications tentées d'abord par Barthélémy et Swinton , complétées depuis par Kopp et Gesenius^, que la langue de ces inscriptions est le syriaque à peu près pur. L'alphabet dans lequel elles sont écrites jette beaucoup de jour sur l'histoire des alphabets sémitiques , en établissant que le caractère carré de nos Bibles , qui offre les plus grandes analogies avec celui de Palmyre , est originaire de Syrie. On savait d'ailleurs, par saint Epiphane^, que Palmyre possédait un alphabet composé de vingt-deux lettres, et qui ne différait pas de l'alphabet syrien. La lettre que Zénobie écrivit à Aurélien était, dit-on, en syriaque*. On ne peut douter cependant que le grec et même le latin ne fussent parlés à Palmyre. Presque toutes les inscriptions pal-
' Assemani, Bibl. orient. I, init.
^ Barthélémy, Réfleociom sur l'alphabet et la laiigue dont on se servait autrefois à Palmyre (Paris, 1754), dans les Mém. de l'Acad. des inscript, et belles-lettres, t. XXVI, p.577 el suiv. — Swinton, Philosophical transactions, XLVIII, 11 , p. 690 et suiv. — Kopp, Bilder und Schriften der Vorzeit, II. — Gesenius, Monum. phœn. p. Soetsqq. — M. de Vogué, dans le BmW. arc^o/. de l'Athe'nœum franc, ayril i855.
' Adv. hœres. 1. II, p. 629, édit. Petau.
* Fiav. Vopiscus , m Vita Aurel. c. xxtu , xxx.