LIVRE III, CHAPITRE III
rayrëniennes, en efifet, sont bilingues; dans les textes grecs et syriaques on trouve plusieurs mots latins.
Les inscriptions du Hauran offrent encore assez d'indécision sous le rapport du dialecte ^ Les monnaies d'Edesse et de la Mésène sont postérieures à notre ère et présentent des légendes conçues dans un caractère analogue à l'estranghelo^. M. Texier m'a communiqué une inscription trouvée à Edesse , en estranghelo, qui paraît contemporaine de Justinien^.
Bardesane et son fils Harmonius (deuxième moitié du II* siècle) sont les plus anciens écrivains syriaques dont les noms nous soient connus. Il est certain que Bardesane composa en syriaque quelques-uns de ses ouvrages. philosophiques*. Lui et son fils écrivirent aussi des hymnes en syriaque , puisque nous voyons saint Ephrem opposer à cette poésie hétérodoxe des hymnes orthodoxes, composés sur le même rhythme^. Bardesane et Harmonius nous apparaissent ainsi comme les l créateurs de la poésie syriaque, et il n'est pas impossible qu'imbus comme ils l'étaient de la langue et des idées grecques, ils aient emprunté à la Grèce le principe du rhythme qui est resté dans la littérature syriaque sous le nom de rhythme éphréméen. Il est certain, du moins, qu'avant eux on ne trouve chez les Sémites aucune trace d'une métrique fondée sur des
* CyriH Graham, dans le Journal of the R. A. S. t. XVII, p. 980 et suit. — Wetzstein, Reisebericht ûber Haiiran (Berlin, 1860). — Levy, dans la Zeitschrift der d. m. GeselUchqft, 1860, p. 363 et suiv. — Blau, ibid. 1861, p. hZ'j et suiv. t/ . , ,fl
* Levy, dans la ZeiUchrift, i858,p. 209 et suiv. — L&nghis, Nutnismatiqtu des Arabes, p. 89 et suiv. 117 et suiv.
* Pour d'autres médailles et inscriptions, cf. Levy, L c. p. 2 1 1-9 ta.
* Cureton, Spictlegium syriacum (i855), p. iv. (Gonf. A. Gallandi, Ribliolh. s^rceco-lat. vet. Patrtim, I , p. 680 et suiv.)
* Assemani, Bibl. orient. I, p. A8, 60-61, 182. — Hahn, Bavdesanes, Syrorum primus hymnologtu; Lipsiae, 1819-
procédés réguliers , tels que la rime et le compte exact des syllabes.
Moïse de Khorène cite, dans son Histoire d'Arménie^, deux chroniques écrites en syriaque, l'une par Bardesane, l'autre par Lérubna, qu'on a regardé, non sans raison, comme un disciple de Bardesane 2. Rien n'empêche d'admettre l'authenticité de ces deux ouvrages. Une observation qui, ce me semble, n'est pas sans importance pour la critique , c'est que Bardesane se rattache directement à l'école chaldéenne, comme le prouvent ses écrits^ et surtout les réfutations de saint Ephrem*. Ceci me confirme dans l'opinion qu'il faut chercher en Ghaldée l'origine de la littérature syriaque , et que cette littérature n'est autre chose que le prolongement chrétien de la littérature nabatéenne. Selon le Kitâb el-Fihrist^, Manès aurait aussi composé en syriaque la plupart de ses livres.
D'autres passages de Moïse de Khorène pourraient faire croire à l'existence d'une culture syriaque fort antérieure aux temps dont nous venons de parler. Moïse, en effet, cite, comme une des sources de son histoire, l'ouvrage d'un Syrien, Mar Abbas Catina, qui, vers l'an i5o avant Jésus-Christ, aurait écrit en syriaque et en grec les Annales d'Arménie''; mais, outre que les circonstances de ce récit sont tout à fait fabuleuses, le nom de Mar Abbas, que l'on voit porté par plusieurs évêques de Syrie , ne peut avoir appartenu qu'à un chré-
L. Il, c. XXXVI, Lxvi. Cf. G. F. Neumaun, Versuch einei' Gesch. der armen. Literatur, p. 4; Leipzig, i836.
* Lavigerie, Essai sur l'école chrétienne d'Edesse (Paris, i85o), p. 36. ' Voy. Journal asiat. avril 1 85 a, p. 396 et suiv.
* Assemani, Bibl. orient, I, p. 122 et suiv.
' G. Fliigei, Mani, p. 102 , 187. Cf. Reinaud, Géographie d'Albouféda, introd.
p. CCCLXI.
* L. I, ch. VIII et IX.