LIVRE III, CHAPITRE III
tien^ Il est donc probable que le livre dont Moïse a fait un si fréquent usage était l'ouvrage antidaté de quelque Syrien de l'école d'Edesse. Il faut en dire autant des pièces que le même écrivain a tirées des archives d'Edesse, et qui, lorsqu'elles se rapportent à des époques antérieures au christianisme ou contemporaines du Christ, présentent un caractère évidemment fabuleux ^. Quant aux citations que fait Moïse des historiens chaldéens, il avoue lui-même qu'il les emprunte aux auteurs grecs ^ : elles ont, par conséquent, peu d'intérêt pour la quesrtion qui nous occupe ici.
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Le plus ancien monument que nous possédions de la littérature syriaque est la version de la Bible qu'on appelle Pesch'ito ( simple ) , version faite sur l'hébreu pour l'Ancien Testament, et sur le grec pour le Nouveau Testament. La date de cette version est fort incertaine ; on la place ordinairement vers l'an aoo, et les derniers travaux dont elle a été l'objet tendent plutôt à reculer cette date qu'à l'abaisser*. On croit qu'elle a été faite à Edesse. M. Wichelhaus cependant pense qu'elle a été écrite à Nisibe ou dans l'Adiabène, d'où elle aura été portée plus tard à Edesse et dans la Syrie occidentale. Il
* Gonf. Quatremère, Journal det Savants, join i85o, p. 365.
* L. II , c. z, c. xiTi , xxYUU Cf. Langlois , dans le Bulletin de l'Acad. de Samt- Pétenbowg, t. III, p. 53 1-583.
^ L. I , c. II et T. Voyez cependant 1. 1 , append. sur Pionrasb.
* Cf. Wichelhaus , De Novi Testamenti versione syriaca antiqua , quam Pesehtto vocant; Halis, i85o. — Wiseman, Horœ syriacœ, p. io8. — F. Dhlemann, De Ver». N. T. syriaearum eritieo imu (Beriin, i85o), p. 5 et saiv. — Pertes, Afo- Utemata Peschitthoniana (Yratislavis, 1859). Il ne faut pas confondre avec la Pe$chito une ancienne version grecque dont l'auteur est appelé par les Pères ô "S^pos. ( Voy. de Wette, Emleitung, S A4 , note m , et S 64 , note b. — Routii, ReUquiœ mcrœ, i. I, p. 118, lia. — Perles, op. eit. p. 3, Ag et suiv.)
semble qu'il faut y voir l'ouvrage de plusieurs traducteurs et une forte influence juive, surtout dans la traduction du Pentateuque. Le syriaque en efi'et fut très-familier aux rabbins des premiers siècles, et le Talniud insiste fréquemment sur la différence des dialectes araméens^ Quoi qu'il en soit , la langue de la Peschito, à part ses hébraïsmes, n'est pas sensiblement différente de celle qui est devenue classique cbez tous les écrivains syriens. On y trouve cependant quelques archaïsmes, ou, pour mieux dire, quelques particularités du chaldéen biblique et targumique , qui ont disparu dans le syriaque moderne [J^, par exemple, comme marque de l'accusatif); ce qui explique comment saint Ephrem , paraphrasant devant le peuple d'Edesse le texte de cette version , y trouvait des mots inconnus et qui exigeaient un commentaire.
Une importante découverte de M. Cureton a posé récemment d'une façon toute nouvelle le problème de la Peschito. Ce savant orientaliste a publié une version des Evangiles fort différente de la vulgate syrienne , et qu'il croit plus ancienne ^. Il ne serait même pas éloigné de croire que , pour saint Matthieu, ce texte syriaque nous représenterait à peu près le texte original des Aéyia. dont parle Papias. Cette dernière opinion est complètement insoutenable ; il nous paraît même très-douteux que le texte publié par M. Cureton soit plus ancien que la Peschito. Des corrections, comme celles qu'on remarque {Matth. I, 8); la nature générale des variantes, où l'on voit l'in-
■'■ * Perles, p. 8, 1 5 et suiv. a5, A8, etc. Les failles de Sophos, publiées par Landsberger (Posen, iSSg), offrent le curieux exemple d'un ouvrage syriaque transcrit en caractères hébreux, et légèrement chaldaisé par un Juif.
* Remains of a very ancient recension of the four Gospels in syriac ( London , i858). Voir Ëwald, lahrbùcher, i857-i858, p. 69 et suiv. l'article de M. Land dans le Jotimal of sacred Literalure, oct. i858, et la bonne étude de M. l'abbé Lebir sur ce sujet (Paris, 1809).