LIVRE III, CHAPITRE III
lention d'écarter les difficultés, portent bien plutôt à voir dans la version du Musée britannique un texte corrigé et altéré. Ce n'est point dans des écrits syriaques qu'il peut être question de trouver la langue de la Palestine à l'époque du Christ. La version dite adlérienne ou hiérosolymitame , écrite dans un dialecte plus chaldaïque que syriaque, dont le Musée britannique possède d'autres spécimens^; cette version, dis-je, rapprochée des Targums, en tenant compte des vues nouvelles de M. Geiger'-^, pourra seule jeter quelque jour sur cette question pleine d'intérêt.
Après la version de la Bible , le plus ancien texte syriaque daté que nous possédions est la relation du martyre des saints Zébina, Lazare, Maruthas, etc. écrite par Isaïe d'Arzun, qui en fut témoin oculaire vers l'an 820'. Saint Ephrem , vers le milieu du IV* siècle, nous apparaît comme le représentant éminent de ce premier âge de la littérature syriaque. Depuis lors jusqu'au ix* siècle, la Syrie est le théâtre d'un grand travail littéraire, tout empreint d'hellénisme. La langue se charge de mots grecs; les abstractions péripatéticiennes en altèrent le véritable caractère, et y détruisent de plus en plus les traits essentiels du génie sémitique.
Au viii* et au ix* siècle, le syriaque acquiert une véritable importance dans l'histoire de l'esprit humain , comme servant d'intermédiaire entre la science grecque et la science arabe , et opérant la transition de l'une à l'autre. J'ai cherché à établir ailleurs * que presque toutes les traductions d'auteurs grecs en arabe ont été faites par des Syriens et sur des versions sy-
' N" i4664. Je dois ces renseignements à M. Land.
' Voir ci-dessus, p. 226-227.
' Assem. Bibl. orient. 1. 1, p. 17.
* De phihsophia peripatelica apud Syros; Paris, i85a.
riaques. Les Nestoriens de Ghaldée nous apparaissent à cette époque comme les continuateurs de l'ancienne culture nabatéenne, comme les initiateurs des Arabes, et, par les Arabes, de tout le monde musulman, à la philosophie. La médecine fut en Orient, jusqu'au x* siècle , l'apanage exclusif des Syriens; or la médecine était, à cette époque, le but suprême et le résumé de la science. L'école païenne de Harran , de son côté , continuait la tradition des études syro-helléniques , surtout en astronomie. La langue des écrits de cette école était le pur syriaque ^.
Au X* siècle commence la décadence définitive de la culture syriaque. Les musulmans, instruits d'abord par les Syriens, deviennent bien supérieurs à leurs maîtres , et, dès le xi' siècle, nous voyons les Syriens , à leur tour, se mettre à l'école des musulmans. Au xiif siècle, un homme vraiment supérieur, Grégoire Barhebraeus (Aboulfaradj), par sa double érudition arabe et syriaque, rend un éclat momentané à la littérature de son pays. Après lui , tout ne fait plus que déchoir ; l'arabe envahit même les choses sacrées, et désormais le syriaque ne hcra plus guère qu'un idiome ecclésiastique, continuant sa chétive existence dans quelques communions de l'Orient. L'usage du caractère syriaque fut toutefois plus persistant que celui de la langue : les Maronites , en adoptant l'arabe , préférèrent , comme les Juifs, l'écrire avec leur alphabet national ; on donne à l'arabe écrit de la sorte le nom de karschouni (^^yZj^), qui paraît être une altération de Karschouri, Âschouri^.
Il est assez difiQcile de déterminer le moment précis où le syriaque disparut comme langue vulgaire de la plus grande
' Voy. ci-dessous, S U. Cf. Chwolsohn, Die Ssabter,Tp. i et suiv. ai, 45 et saiv.
s Bitter, Erdkunde, XVI , 6/19 ; XVU , 678 , 655 , 784. — Robinson , Bibl. Res. Il, 981 (3" édit.). C'est ainsi que le nom du dialecte copte hatchmouri semble être une altéralion de baschmounù