LIVRE III, CHAPITRE III
partie des pays où il avait régné. L'action des musulmans en Syrie et en Mésopotamie fut si puissante et si rapide , la résistance de la population indigène fut si faible, qu'on doit croire que l'arabe y conquit tout d'abord une prépondérance marquée, au moins dans les villes. L'an 853, le khalife Motewakkel fit un édit pour ordonner aux Juifs et aux Chrétiens d'apprendre à leurs enfants l'hébreu et le syriaque, et pour leur interdire l'usage de l'arabe ^. Cet édit absurde, qui ne fut pas sans doute exécuté, prouve du moins l'empressement avec lequel les Syriens étudiaient la langue de leurs vainqueurs. Différents passages de Jacques de Vitry et de Brocard^ établissent qu'au XIII* siècle les différentes communions chrétiennes de la Syrie parlaient arabe, mais qu'elles se servaient pour la plupart de l'alphabet syriaque , exactement comme de nos jours. Il est vrai que le Juif Samuel ben-Hofni, chef de l'académie de Sora, au commencement du xf siècle, voulant engager les Juifs à cultiver avec soin la langue hébraïque , leur présente comme un modèle à suivre l'exemple des Syriens, «qui, dit-il, n'ont pas abandonné leur langue et y persévèrent^. » Bai-hebrasus semble aussi parfois laisser croire que la langue syriaque était parlée de son temps*; mais on peut supposer que les passages dont il s'agit impliquent seulement l'usage que les savants faisaient de l'ancienne langue, soit dans leurs écrits, soit dans leurs relations les uns avec les autres.
Plusieurs voyageurs modernes, entre autres Niebuhr^ sou-^
^ Qaatremère, Mém. sur let Nabat.f. lûa.
* Apud Bongars, Gesta Dei per Francos, p. 1089, 1090, 1093, log^. — Martène et Durand, Thésaurus novus anecd. t. III, p. 376. — Basnage, Thésaurus monum. ecclesùut. t. IV, p. 23, 432-433.
' Munk, Notice sur Aboulwalid Mervan Ibn Djanah, p. 167.
* Hût. Dyn. p. 16; Gramm. syr. métro ephrœmeo (éd. Bertheau), proœm
' Description de l'Arokie, p. 81. On peut voir les autorités recueillies par
tiennent que le syriaque s'est conservé jusqu'à nos jours comme langue vulgaire dans quelques villages du mont Liban ; cela est inexact. On le parlait encore dans la haute région de la Kadischa, près de Cèdres, vers la fin du xvii* siècle^; mais il y a un siècle au moins que le syriaque a disparu de ces montagnes. Je n'ai même pu reconnaître dans l'arabe qu'on y parle aucun syriacisme bien démontré. Le syriaque s'est beaucoup mieux conservé dans un groupe de villages situés à environ douze heures de Damas, et dont le principal est Maloula. Déjà Brown^ et Volney' avaient signalé ce fait. Burckhardt trouva également quelques monastères où le syriaque était parlé avec assez de facilité, à peu près comme le latin devait l'être dans les couvents du moyen âge *. Il en est encore de même chez les hommes instruits du clergé maronite.
Le syriaque, d'ailleurs, s'est conservé sur un autre point en masse plus considérable, je veux dire chez les Nestoriens des montagnes de Djulamerk, aux environs des lacs de Van et d'Ourmia, et chez quelques populations chrétiennes de la Mésopotamie^; mais la langue de ces familles isolées et privées de culture s'est altérée à ce point que les livres liturgiques écrits dans le dialecte ancien ne sont plus compris des fidèles, ni même souvent des prêtres. Les missionnaires américains établis
Hoffmann, Gramm. syr. prol. p. 34 sqq. — Quatremère, Mém. sur les Nabat. p. iBo et suiv. — Balbi, Atlas ethnogr. 3' tabl. — Fr. Uhlemann, Gramm. der tyr. Sprache, p. xiv et xvi , 2' édit.
* F. Naironi, Evopliajidei calhol. p. 89 (Romae, 1694). ' Travels in Africa, Egypt and Syria , p. /io5-/io6.
' Voyages en Syrie, 1. 1, p. 357, ^' ^^^^'
* Travels in Syria and the holy Land (London, 1899), p. 99.
* Conf. Rœdiger dans la Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , B. II, Heft 1 et 3; III, Heft 1 ; Zeitschrift der D. M. Gesellschaft, t. IV, p. 1 13; t. VII, p. 579-573; t. Vni, p. 602, 847-848. — C. Ritter, Erdkunde, t. IX, p. 68 et suiv. — Land, Joannes Bischofvon Ephesos, p. 23 et suiv.