‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 148 sur 281 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

à Ourmia , obéissant à l'intelligente direction d'un de leurs confrères, le Rév. Perkins, dont le nom doit rester attaché à l'un des plus singuliers événements qu'offre l'histoire des langues sémitiques, ont essayé de rendre à ce patois quelque régularité en le réformant sur le modèle du syriaque pur, à peu près comme les Grecs modernes ont cherché à ennoblir leur langue en la ramenant au modèle de la langue classique. On a donné le nom de néo-syriaque à l'idiome ainsi amendé et fixé par la typographie. Une grammaire de ce dialecte, qui possède déjà une assez riche littérature et des journaux, a été publiée par le Rév. Stoddard^ Un des résultats les plus curieux de l'expérience philologique tentée par les missionnaires fut la facilité avec laquelle les Nestoriens formés à leur école apprirent l'hébreu : tant il est vrai que, même dans leurs rameaux les plus écartés, les langues sémitiques conservent toujours le sceau immuable de leur unité.

La langue syriaque nous apparaît , dans son ensemble , comme une langue plate, claire, prolixe, sans harmonie, chargée de mots étrangers. Elle n'a point cette simplicité, cette tendance à représenter toute chose par le côté sensible, qui font, en général, le charme des langues sémitiques. Les relations des idées , si élégamment exprimées en hébreu par un petit nombre de flexions, s'expliquent longuement et lourdement en syriaque par l'emploi des particules et des périphrases. Les racines, qui en hébreu sont, pour ainsi dire, à fleur de terre, sont ici presque oblitérées; la dérivation, si régulière en hébreu et en arabe, n'est ici qu'un procédé incertain. On dirait parfois un de ces idiomes qui, comme les langues néo-latines, ont

' Journal of the american Oriental Society, vol. V, niunb. i .

i>70 HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

perdu le sentiment de leur origine, et où chaque mot figure pour son propre compte, indépendamment de la racine d'oii il est sorti. Quand on est habitué aux belles formes de l'hébreu , formes si parfaitement adaptées à ce qu'il s'agit d'exprimer que la pensée hébraïque traduite en une autre langue n'est plus elle-même, le syriaque fait l'effet de ce latin barbare par lequel les modernes cherchent à rendre des idées tout à fait étrangères à l'ancienne latinité. L'homme de goût voit avec regret une langue d'enfants chargée de mots pédantesques et assujettie à une discipline qui n'était pas faite pour elle. Par la richesse de ses procédés , l'arabe est parvenu à tout dire d'une manière suffisante ; mais le syriaque , renfermé dans une grammaire bien moins flexible, ne s'est élevé aux discussions intellectuelles que péniblement et par des emprunts contraires à son génie. Quoi de plus choquant, par exemple, que d'y trouver une foule de particules tirées du grec^ : ;«fc,^==: yap; i Ji = àpa;

^f =z ^é-^ ^ ■= (xév; yCL!^S^ = (xaXXov; jL\.oa»V^ = (xdXiala, tandis que la particule est d'ordinaire l'élément du dicours qui passe le moins d'une langue à une autre et tient le plus profondément au génie de chaque idiome?

L'Aramée, confinant de tous les côtés à la race indo-européenne, semble avoir eu pour mission d'en propager l'influence parmi les Sémites et d'inaugurer au sein de cette race la culture rationnelle et purement scientifiqiie. La Chaldée, d'une part, subit très-profondément l'action religieuse et philosophique de la Perse et de l'Inde. La Syrie, d'autre part, adopta le corps complet de l'encyclopédie hellénique. Malgré ces puissants secours , l'Aramée , il faut l'avouer, n'arriva point à des résultats bien décisifs, et, si elle mérite une place dans

^ Le même emprunt a eu lieu en copte. (Voy. les réflexions de M. Bunsen sur ce sujet, Outlines, t. II, p. SS-Sg.)

Page 1