‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 149 sur 281 · LIVRE III, CHAPITRE III. i?i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III. i?i

l'histoire, c'est uniquement comme ayant transmis le flambeau des études grecques aux Arabes, et contribué ainsi à fonder des écoles qui ont joué un rôle si important dans les révolutions intellectuelles de l'humanité. Quand on compare, en effet, la culture arabe à la culture hébraïque, à côté de grandes analogies , on trouve , dans la plus moderne de ces deux civilisations, quelques éléments qui manquent entièrement à la plus ancienne : des habitudes de dialectique et de discussion, un développement de science et de philosophie, un vaste système de grammaire. Or, dans toutes ces voies nouvelles, les Arabes furent précédés par les Syriens , qui , de leur côté , eurent presque toujours les Grecs pour initiateurs.. En ce sens, il est vrai de dire que la conscience réfléchie chez les Sémites trouva en Grèce la cause indirecte et éloignée de son apparition.

Pour ne parler ici que de la grammaire, on ne voit pas qu'avant la fondation de l'école d'Edesse il ait existé aucun travail de grammaire sémitique. Les premiers essais de ce genre furent le fruit de la ciiîture hellénique, qui commença à se répandre en Syrie, au v^ siècle, avec le nestorîanisme. Quelques grammairiens syriens du vi' siècle nous sont connus de nom ^ ; mais leurs travaux ont été effacés par ceux de Jacques d'Edesse (de65oà70o)^. Or Jacques d'Edesse, dont la vie se passa à relever en Syrie les études grecques et à traduire des ouvrages de philosophie aristotélique , porta naturellement dans ce travail ses habitudes d'esprit. Toute la grammaire syriaque est calquée sur celle des Grecs ; tous les termes techniques sont transcrits du grec ou formés d'après l'analogie des termes grecs*.

^ Assem. Bel. or. t. III, i" part, p, a56; d. tbid. iga-193, et t. 11, p. 407.

» Id.ibid. I, ^175.

' Conf. Hoffmann, Gramm. syr. piol. p. 27 et suiv.

Jacques d'Edesse nous apparaît ainsi comme le premier ii5gulateur de la langue syriaque. Ce fut par lui que le dialecte édessien arriva à ce degré de perfection grammaticale qui en fif pour la Syrie ce que le dialecte altique était pour la Grèce. Ses différents écrits de grammaire nous le montrent comme un puriste, une sorte de Vaugelas, occupé à instruire le procès des mots et à déterminer ceux qui devaient être maintenus ou rejetés. Enfin ce fut entre ses mains que le système des voyelles syriaques, consistant en points diversement groupés au-dessus et au-dessous de la ligne, prit un certain degré de régularité et de précision ^ Peut-être l'invasion musulmane, qui menaçait déjà de faire dominer l'arabe sur le syriaque, contribua-t-elle à engager Jacques d'Edesse dans cette voie de travail artificiel, qui ne commence guère pour les langues que quand leur existence extérieure est déjà compromise.

Quoi qu'il en soit , depuis Jacques d'Edesse jusqu'à nos jours , la série de grammairiens syriaques n'est plus interrompue ^ Élie de Nisibe, au xi" siècle ^, surpassa tous ses prédécesseurs, mais fut à son tour surpassé , au commencement du xiii* siècle , par Jean Barzugbi'S que l'on regarde comme l'auteur de la première grammaire complète de la langue syriaque. Barhebraeus, enfin, porta la tbéorie de cette langue au plus haut degré de perfection qu'elle pût atteindre entre les mains des indigènes; mais il faut observer qu'en grammaire, comme en philosophie , les Syriens rie s'élevèrent au-dessus de la médiocrité que sous l'influence des Arabes, devenus leurs maîtres après avoir été leurs disciples ; en sorte que leur grammaire ,

1 Assem. Bibl orient. I, 476, ^78; II, 336-337.

* Hoffroaon. op. cit. p. 29 et suiv.

^ Assem. Bibl. oi-ient. t. III, i" part. p. 266-3O7.

* Id. ibid. t. II, /i55; f. IIÎ, i" part. p. 3o7-3o8.

Page 1