LIVRE III, CHAPITRE III
raîlraient écrits en syriaque , s'ils étaient lus pai* un Juif allemand ou polonais qui prononcerait le kametz comme o et le cholem comme au^.
Les Orientaux ont jugé assez diversement du mérite relalil et du degré de culture des différents dialectes syriaques. L'auteur du Kitâb el-Fihrist, s'appuyant de l'autorité de Théodore le commentateur-, regarde le nabatéen comme le plus élégant des dialectes syriaques ( jIv,-mJî yLJJ! ^Ol)'. On a vu, d'un autre côté, que Barliebraeus accorde la première place au dialecte édessien, et traite avec mépris le chaldéen ou nabatéen. Cette contradiction nous oblige d'admettre que, dans les passages précités, il est tantôt question du langage littéraire, tantôt du langage rustique de la Chaldée; peut-être même, sous le nom de mhotéen, a-t-on voulu désigner le dialecte corrompu des Mendaïtes : en effet, le Kitàb d-Fihrist, après le passage que nous venons de rappeler, ajoute que le nabatéen que l'on parle dans les villages n'est qu'un syriaque sans élégance , tandis que la langue des livres est identique à celle de la Syrie et de Harran*. Hadji Khalfa, en reproduisant l'assertion du Kitàh el-Fihrist, semble attribuer la corruption des patois de l'Irak à l'influence du persan ^. Quant à l'opinion de
1 Cf. Hiipfeld, Sludien und Kntîken, t. III, p. 991. — Wichelhaus, D. N. T. vers. syr. antiqua, p. 86-37. — Winer, Gramm. des bibl. und targ. Chald. p. Shj.
* L'auteur ainsi désigne par les Syriens est Théodore de Mopsuèste. (Âssem. Bihl orient. III, 1" part. p. 3o.)
' Ms. arabe , anc. fonds , 87 i , f. 1 3 v.-i 6. Hadji Khalfa , en copiant ce passage, a lu ^.Lj^^i ^ ^-^'' «pl"'' élégant que le syriaque. ?î
* Ms. cité, fol. \k : ^L^y^ ^^\ Jif o J<xj (joJf (J^' ^^
(.j>>L-Cjf (^ J.-,^iL«u; (JoJI (jLJJf Sy^è jU"^ Jailli f^'iXm.» yvC \yS^
qL^j "îr* (J*f t-jWJ .ig^ÀJ I j5t> . JspLjuL (Cf. Larsow, De dtofcct. /ingiiœ syr. reliquiis, p. i3. — Quatremère, Mém. $ur les Nabat. p. gS.)
* Lexicon bibliograpk, I. p. 70-71 (edid. Fhiegel).
Barhebrœus sur l'infériorité du chaldéen , elle n'est pas exempte de partialité. A l'en croire, les Syriens orientaux auraient altéré la prononciation ancienne, qui était, suivant lui, conforme à celle des Syriens occidentaux ^ Or les plus fortes preuves établissent, au contraire, la priorité de la vocalisation des Ghaldéens. Cette vocalisation est bien plus conforme à celle du chaldéen biblique et aux transcriptions anciennes de mots syriens qui nous ont été conservées, soit par les écrivains du Nouveau Testament, soit par les auteurs grecs 2. Barbebrœus cite, il est vrai, plusieurs particularités de l'orthographe chaldéenne qui accusent une tendance à modeler l'orthographe sur la prononciation vulgaire^; mais ce ne sont là que des fautes populaires, dont on ne retrouve pas la trace dans les manuscrits qui nous viennent des Syriens orientaux.
Tout nous invite, par conséquent, à voir dans la prononciation lourde et grasse ['zsXarva-loixos) des Syriens occidentaux une altération provinciale. L'habitude de ne pas tenir compte de la réduplication des lettres , la suppression des pronoms suffixes dans la lecture, tandis qu'il est de toute évidence que ces pronoms ont dû anciennement être prononcés, sont autant de caractères d'une langue usée , qui se retrouvent également dans le mendaïte. Quant à la prononciation de l'a comme 0, elle semble avoir toujours été un trait spécial des patois de la Phénicie et du Liban. C'était celle des Galiléens : Na^^ypaTos z=z Na^apaTos; TâScopa ==, TdSctpa,, r!i\coi= *n'?N, etc. G était aussi celle des Phéniciens (voy, ci-dessus, p. 19/1) et des Syriens voisins de la Palestine, dès une assez haute antiquité :
^e\6iM = f^'^r , donné par Méléagre de Gadare comme l'é-
* Gramm. syr. métro ephrœmeo, proœm. — Assem. Bibl. orient. II, p. U01.
* Assem. ibtd. t. III, a' part. p. ccclxxviu et sulv.
' Conf. Qualremère, Mém. sur les Nabat. p. ii6 et suiv.