‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 152 sur 281 · LIVRE m, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE III

quivalent de XP"P^^' ^^ syriaque ayant d'abord été enseigné en Europe par les Maronites, on s'est habitué à envisager les particularités de leur prononciation ^ comme des faits essentiels de l'idiome de la Syrie en général.

La distinction du syriaque occidental et du syriaque oriental ou chaldéen , qui domine toute l'histoire de la langue araméenne, bien qu'à vrai dire cette distinction repose sur des faits grammaticaux de peu d'importance, dure encore de nos jours. Le premier de ces deux dialectes s'est conservé à l'état de langue liturgique chez les Maronites et les Jacobites; le second, chez les Nestoriens, aux environs de Diarbékir et dans le Kurdistan'. Les derniers renseignements venus de l'Orient nous apprennent que la connaissance du syriaque oriental se perd de jour en jour, et que les prêtres chaldéens ne comprennent plus leurs livres d'offices*. Les Maronites et les Jacobites laissent également l'arabe envahir le domaine de leur langue sacrée; les Melchites, qui suivent le rite groc, ont entièrement abandonné le syriaque, et se sont fait uno liturgie mêlée de grec et d'arabe ^.

Telle est, dans son ensemble, l'histoire des langues araméennes. Ce qui frappe au premier coup d'oeil dans ce groupe de langues, c'est son immobilité. En comparant le chaldéen des fragments d'Esdras , qui nous représentent l'araméen du V* siècle avant l'ère chrétienne, au syriaque qui s'écrit encore

' Voy. ci-dessus , p. i gi , note.

* Conf. Wichelhaus, De N. T. vert. tyr. ant. p. h'], à g.

* Le nom de Chaldéens, appliqué à cette chrélienlé, n'a qu'une ralenr ecclésiastique et ne date que de l'époque où une fraction des Nestoriens du Diarbékir se réunit à l'Église romaine. (Conf. C. Ritter, Erdkunde, IX, p 680-681.)

* Lettre de M. Opperl , dans la Zeittchrijt der deutschen morgenlândischen GeteUtchaJi, t. VII, p. A 07 (i853).

* Assem. Bibl. orient. L III, -i' p.irL p. ccclxxtii ctsniT.

de nos jours, à peine découvre-t-on , entre des textes composés à de si longs intervalles, quelques différences essentielles. Une légère tendance à l'analyse, l'emploi plus fréquent des prépositions , un système plus riche de particules , un grand nombre de mots grecs introduite dans la langue, tels sont les seuls points sur lesquels des innovations se fassent remarquer. On peut dire que la langue araméenne , entre les deux limites que nous venons d'indiquer, ne diffère pas plus d'elle-même que la langue d'Ennius ne diffère de la langue de Cicéron. Même ressemblance entre les dialectes locaux^. On trouverait peu d'exemples d'une homogénéité comparable à celle qui, depuis les temps antiques jusqu'à l'invasion musulmane, caractérise les langues parlées dans le pays compris entre le Tigre et la côte orientale de la Méditerranée. La révolution que l'arabe a réalisée pour le monde sémitique, en absorbant les dialectes particuliers et en s'imposant comme langue savante à tous les peuples qui tombèrent dans sa sphère d'activité, l'araméen l'avait préparée, mais sur une échelle beaucoup moins vaste. Il représenta à son heure en Orient l'esprit sémitique. C'est à ce nouveau point de vue qu'il convient maintenant de nous placer. Le rayonnement des langues sémitiques en Orient s'étant opéré jusqu'à Mahomet presque uniquement par l'araméen , nous en tirerons l'occasion de traiter ici en général du rôle extérieur des langues sémitiques , des influences qu'elles ont exercées et de celles qu'elles ont subies depuis le vi* siècle avant l'ère chrétienne jusqu'à l'apparition de l'islam.

* 11 n'est pas question ici des idiomes qui, comme le talmudique et le mcndaïte, ont subi des influences particulières, et se sont a'insi écartés du type général delà famille à laquelle ils appartiennent.

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