DURANT LA PERIODE ARAMEENNE
On ne peut dire que l'action extérieure des Sémites ait éié en progrès durant la période que nous venons de parcourir. Le rôle colonisateur de la Phénicie finit au ix* siècle avant notre ère*, et, dès le vi* siècle, l'importance commerciale et civilisatrice de ce pays a passé tout entière à la Grèce. Seuls les Carthaginois et les Juifs représentent encore la race sémitique hors des limites naturelles du sémitisme et sur presque tous les points de l'ancien monde.
Bien qu'on manque de documents précis sur les Israélites qui ne profitèrent pas des édits de Cyrus et restèrent dans le haut Orient^, on: ne peut douter que ces exilés ne s'y soient réunis en groupes importants et qu'ils n'aient longtemps continué d'y cultiver la langue sainte. Le livre de Tobie est le plus curieux monument de cette littérature juive des provinces
' Movers, Die I^iôn. t II, a* part. ch. m.
' Les chimères qui, à diverses époques, ont été imaginées sur le sort des dix tribus et leurs établissements au Tibet, en Chine, en Amérique (!), ne méritent pas d'êtr<> discutées. (Voy. Ewald, Gesch. de» V. Itr. t. III, a* part. p. 99 et suiv.) 11 en faut dire autant de la prétention qu'ont les Afghans de se rattacher aux Juifs.
de la Médie et de la Perâe. L'Egypte, l'Arabie, i'Abyssinie, l'Asie centrale, l'Inde même et la Chine ^ virent également fleurir des communautés juives assez nombreuses, et quelquefois presque indépendantes. Enfin, vers l'époque de l'ère chrétienne, les Juifs couvrent le monde entier et y exercent l'influence la plus décisive^. Il ne paraît pas que les branches de l'émigration juive qui se dirigèrent vers l'Occident aient longtemps gardé l'habitude du dialecte sémitique que parlaient leurs frères de Palestine et d'Orient : on doit croire cependant que les nombreux Syriens qui inondaient l'empire, et qui furent les plus ardents propagateurs du christianisme en Grèce et en Italie, conservaient parfois quelque souvenir du syriaque^. Par la gnose, d'ailleurs, et par la liturgie chrétienne, mais surtout par les versions de la Bible , l'hébreu arriva à exercer une action sérieuse sur les langues de notre Occident. Il serait intéressant de rechercher les tours et les expressions d'origine hé-
' Yoy. de Sacy, Notices et extraits, t. IV, p. 692, et Mém. de l'Acad. des imcript. et belles-lettres, t. XLVIII, p. ôgû et suiv. — De Guignes, ibid. p. 768 et suiv. — Volney, L'hébreu simplifié , p. 169. — Ign, Kœgler, Versitch einer Geschichte der Juden in Sina, Halle, 1806. — Carmoly, Relation d'Eldad le Danite, p. 5i et suiv. — Hebrœische Bibliographie de Steinschneider, n° 1, p. i3. Sur l'inscription hébréo- chinoise de Khaï-fong-fou, publiée à Shang-haï en i85i, voyez Journal of the american Oriental Society, vol. IV, p. l^M^-l^^o•, New- York, iSbli. Sur les Juifs de l'Inde, voir J. Hough, The History of christianity in India (London, 1889), 1. 1, p. UQh et suiv.
* Les témoignages abondent. En est-il de plus frappant que celui du plaidoyer Pro Flacco (c. xxviii) , où Cicéron parle avec mystère du pouvoir occulte des Juifs, et présente comme un acte de grand courage d'avoir osé s'opposer à leurs prétentions? Sur les libertés dont jouissaient certaines synagogues juives , voyez l'inscriptioH de ('yrène, dans Bœckh , Corpus, n' 586 1; cf. n° 2ii4 b, dans les Addenda du tome II.
• Jampridem Syrus in Tiberim dcfluxit Oronlcs El linguam et mores vexit.
(Jiiven. Sat. m,». 6s.)