LIVRE III, CHAPITRE IV
braïque ^ qui sont entrés , par ces versions et en particulier par celle de saint Jérôme, dans la moyenne ou la basse latinité, et, par suite, dans les langues modernes^.
Les rapports des pays sémitiques avec l'Inde furent moins étroits pendant cette période qu'à l'époque plus ancienne où le commerce se faisait par les Phéniciens. Les noms des substances exotiques, qui, durant l'âge hébraïque, sont presque tous indiens , sont maintenant persans. L'influence indienne ne saurait pourtant être méconnue dans les doctrines de Bardesane', dans le manichéisme et les différentes sectes qui pullulèrent en Chaldée et en Perse aux premiers siècles de notre ère. Les ouvrages de saint Ephrem en offrent des preuves nombreuses*. Quoique le bouddhisme n'ait pas fait à l'ouest de l'Indus les conquêtes merveilleuses qu'il fit au nord et à l'est, il est certain qu'il dirigea en ce sens plusieurs tentatives^. On trouve un périodeute , du nom de Bud (un pèlerin bouddhiste?),
' Ainsi gériCT-, de geherme (gènes, instrument de torture) , aè&e, de abba, etc.
* Conf. du Gange, Glou. med. et mf. latin, praef. S xxt. Les lettres ehaldéennet et les mots prétendus chalJéens qui servaient , chez les Grecs et les Romains , à des usages magiques , étaient , d'ordinaire , des signes ou des mots insignifiants , comme les lettres grégeoises et arabiques du moyen âge. Le prestige des noms hébreux ou supposés tels était un des moyens de séduction qu'employaient les gnostiques auprès des gens simples.
' Bardesane fut en rapport avec des pandits venus comme ambassadeurs en Occident. Les meilleurs renseignements que l'antiquité ait eus sur l'Inde viennent de lui. ( Voy. Porphyre, De abttinentia, 1. IV, c. xni et suiv. — Cf. Cureton, Spicih syr. p. 80-81.)
* Assem. Bibl. orient. I, p. 1 18 et suiv.
* Cf. Benfey, dans VEncycl. d'Ersch et Gruber, art. Indien, p. 74. — Westergaard, Veber Buddha's Todesjahr (Breslau, 186a), p. 119 et suiv. — Schwanbeck, Comment, de Megasthene, p. ûg. — Droysen, Gesch. des Helknismus, II, 3ao. — Reinaud ^ Mém. sur l'Inde, p. 167, 907 et suiv. — Spiegel, Avesta, préf. p. 28 et suiv. — Weber, Ind. Studien, II, 167 et suiv. III, 119. Ind. Skizzen, 64 , 9 1 et suiv. — Chwolsohn , Die Ssabier, 1 , 1 34 et suiv. — Journal oftheR.A. Soc. vol. XVII, p»rt. i", p. 70 et suiv. (i85g).
qui, vers l'an 670, voyagea dans l'Inde et traduisit à'imlien (]Lo«JOt . v>) en syriaque le livre de Calila et Dimna ^ Saint Eplirem présente toujours le manichéisme comme une doctrine d'origine indienne^. Buddas figure tantôt comme maître, tantôt comme disciple de Manès; Scythianus (Çâkya?), le propagateur du manichéisme en Occident, voyage dans l'Inde'; enfin les auteurs arabes désignent tous comme fondateur du sahisme un personnage du nom de Budasp ou Budasf^. Il n'est pas impossible que i'Evmigile de Manès ou Evangile selon saint Thomas, ne fût quelque soutra bouddhique, le nom de Gotama étant devenu xarà Qafxàv ^. Je pense que plusieurs sectes gnostiques, surtout les Pérates^ (ceux qui dépassent le changement et la corruption), se rattachaient aussi de très-près au bouddhisme''. N'y eut-il pas quelque influence bouddhique dans la production évangélique elle-même ou dans les faits qui l'amenèrent? C'est là une question délicate qu'il serait trop long d'examiner ici.
Mais les principales relations des Sémites , durant la moyenne antiquité, furent avec les pays iraniens. La langue araméenne acquit en Perse une très-grande importance, lorsque les événements eurent transporté dans les provinces occidentales le centre de l'empire ^. L'empire perse , comme l'empire chal-
* Assem. Btbl. orient. III, 1" part. p. 219-990. — Jouiti. asiat. février-mars i856, p. 95o et suiv. Conf. Reinaud, Mém. sur l'Inde, p. i35.
^ Assem. op. cit. 1. 1, p. 199.
' Voir surtout Cédrénus, p. 969, 960; Paris, i6lin.
* Cette forme répond à Bodhisattva {Bodsav), comme l'a bien vu M. Reinaud {Mém. surl'lnde,'p. 90-91), quoi qu'en dise M. Chwolsohn {Die Ssabier, I, 799).
* Conf. Pétri Siculi Hist. Manich. p. 16, as, etc. edit. Gieseier.
* Voy. Philosophumena , p. i3i, édit. Miller.
' Cf. I. J. Schraidt, Ueber die Verwandtschaft der gnostisch-theosoph. I/ehren mit dem Buddhaismus ; Leipzig, 1898. •
* Pour l'histoire générale des rapports entre les Iraniens et les Araméens, voir