LIVRE III, CHAPITRE IV
Le syriaque, en effet, était dès lors la langue ecclésiastique des chrétiens persans, comme elle l'est encore aujourd'hui. Bahram , cédant sans doute à la pression de l'esprit public et aux sollicitations des Mages, persécuta violemment le christianisme, proscrivit le syriaque, ordonna que le parsi seul {iS^H) fût parlé à sa cour et enseigné dans les écoles. Cette réaction, toutefois, ne fut pas décisive^; le magisme n'était pas assez fort à cette époque pour résister aux influences combinées de la Syrie et de l'empire grec, agissant dans le sens du christianisme. Sous Firouz , les Nestoriens de Syrie firent en Perse les plus grands progrès , et, sous Ghosroès , nous voyons l'empire sassanide devenir le centre d'un vaste mouvement intellectuel dirigé par des Grecs et des Syriens^. Une foule d'Iraniens venaient s'instruire à Edesse, ce qui fit donner à l'école de cette ville le nom d'école des Perses '. L'enseignement des académies de Nisibe et de Gandisapor était grec pour le fond et se donnait en syriaque. Le syriaque devint ainsi en Perse une langue savante, conjointement avec le grec*. Quelques-unes des productions les plus remarquables de la littérature des Syriens, par exemple Y Introduction à h logique de Paul le Perse , dédiée à Ghosroès^, les ouvrages philosophiques et polémiques de Bud et d'Achudémeh ^, proviennent de cette direction d'études.
' Ibn-Mokaffa compte le syriaque parmi les langues qui étaient parlées à la cour de Perse. (Voy. Quatremère, Mém. sur le» Nabot, p. 98.)
' J'ai recueilli les preuves de ce fait : De phibs. perip. apud Syros, S 3.
' Conf. Assem. Bibt. orient, t. I, p. aoS, sdi, lio6; t. II, p. 4oa; t. 111, 1" part, p, 226, 876. — Fabricius, Bibl. med. etmf. laL t. IV, p. aoû, noie. — Wiseman, Horœ syr. Il* part. S t, note.
* Conf. Cramer, De studiit qua veteret ad aliarum gentium contulerint Imguas (Sundiae , 1 8/ii ) , p. 1 0 et suiv. — Land , Jolutnne» Bischo/von Ephetos , p. 1 ^ .
* De philot. perip. apud Sjfros , S 3 , et Journ. asiat. avril 1 852.
* Assem. Bibl. orient. I. III, i" part. p. 193 et suiv. 219 et suiv. !t3g. L'iiislo-
Un siècle après, la Perse tombait dëfinitivenient, par la conquête musulmane, sous la dépendance du génie sémitique, d'où elle ne devait sortir que vers le xi" siècle, par l'établissement de dynasties indigènes et la fondation d'une nouvelle littérature, profondément empreinte, il est vrai, de sémitisme, mais pleine de souvenirs nationaux et écrite dans un idiome qui pouvait passer pour un écho assez fidèle de l'ancienne langue de l'Iran.
Les influences en linguistique sont presque toujours réciproques. En même temps que le syriaque préludait en Perse au rôle important que la langue arabe devait y jouer un peu plus tard, il chargeait son vocabulaire de mots empruntés à l'idiome iranien. Ce fait se remarque déjà dans les plus anciens monuments qui nous restent de la langue araméenne, les fragments d'Esdras. Il continua de se produire à tous les âges de la langue syriaque et du chaldéen talmudique, mais surtout à l'époque des Sassanides. Ainsi )varfy> = persan |A-*v argent; \.JS0^mLO = persan d)^>yjS gretiier public; )a^^ persan j.Ji démon, etc. Il est impossible de déterminer à quelle époque les langues araméennes se sont enrichies de ces dépouilles étrangères. La forme des mots fournit cependant, à cet égard, quelques indications. Ainsi plusieurs mots terminés par un k en pehlvi et en kurde, le sont par un h dans le persan moderne; or ces mots ont passé dans le syriaque avec le son /. ; JLo9o^ portion = pehlvi A^-J^m, persan »;.-^. JLoJLj p^wr, arabe ^y^ = pehlvi ^ç^), persan »j.a3. De même en talmudique : pnOT voie publique = persan l^^j ^
riographe persan cilé par Moïse de Khorène (1. H, ch. lxix-lxx) porte le nom syriaque de Barsouma.
1 Mém. de M. Mûller sur le pehlvi, dans le Journal asiat. avril t83(), p. 9.()('f elsuiv. Zeitschriftfûr die Kunde des Morgenlandes, t. IV, p. 283-a8i. — Spip[îcl ,