LIVRE III, CHAPITRE IV
L'Arménie subit, encore bien plus profondément que la Perse, l'influence de la Syrie durant les siècles qui s'écoulèreni depuis la fondation du christianisme jusqu'à l'invasion musulmane. Là, comme en Perse, le syriaque représenta l'influencE chrétienne, et joua quelque temps le rôle de langue sacrée= Les traductions arméniennes de la Bible et des principaux ouvrages ecclésiastiques furent d'abord composées sur le syriaque^. A partir de Mesrob et de Moïse de Khorène, il est vrai, une réacL.on assez vive se fait sentir contre les SjTiens^; dès lors la partie la plus éclairée de l'Eglise d'Arménie se place sous le patronage de Constantinople et abandonne les études syriaques pour les études grecques. Néanmoins Moïse de Khorène reconnaît lui-même que l'origine de la culture arménienne doit être cherchée en Syrie , qu'Edesse fut le centre et le point de départ commun des deux Eglises , que les annales d'Arménie furent écrites d'abord par des Syriens. Même dans les siècles qui suivirent la réaction dont je viens de parler, l'influence syriaque , bien que moins puissante , ne cessa pas entièrement de s'exercer en Arménie '. La conséquence linguistique de ces relations mutuelles fut l'introduction d'un certain nombre de mots syriaques dans l'arménien, et aussi de cpielques mots arméniens dans le syriaque *.
Avetta, t I, 2* Eïcurs, p. 279. — P. Bœlticher, Suppiementa lexici aramaici; 8erol. i848. — Land. op. cit. p. 12. — UofTmaa, Gramm. syr. p. 18. — Zeitxhrift der deutschm morgerd. GeselUchaft, 1 858, p. 078.
' Cf. Wenrich, De auct. grœc. vernombtis , p. 4 9 et suiv. — Quatremère, Mém. sur le* Nabat. p. 189. — Chahan de Girbied, Rech. curietues star l'Imt. anc. Je VAsie, p. 272 et saiv. — Revue de POrient, sept. oct. 186a, p. 3o5 etsi/iv.
* Moïsiî de Khorène, Htst. d'Ami. I. III, c. lut.
' Voir un passage de Samuel d'Aui , se rapportant à l'an 690 , que jV dlé l'après une communication de M. Dulaurier. {Jour, asiat. nov. déc. 1 853 , p. / 3o.)
* Yoy. Bœlticûer, Suppl. lex. aram. Cf. Zeitschrift der deutschen morm*^ Geuxischa/t, t. Vlll.p. 33/i.
L'esprit de prosélytisme des Nestoriens et les perséciilicîis qui les forcèrent à refluer vers la haute Asie propagèrent bien plus loin encore l'influence de la langue syriaque, et la portèrent en Tartarie , dans le Tibet , dans l'Inde et jusqu'en Chine ^ . La navigation de l'océan Indien et la colonisation de l'Inde lurent, dès le temps des Ptolémées, la propriété des Arabes et des Syriens; un courant d'émigration, sans cesse renouvelé, porta, depuis cette époque, les dialectes sémitiques sur les côtes de l'Hindoustan : il en est résulté des patois grossiers-, dont le vrai caractère n'est pas bien connu, mais qui semblent en général se rattacher à l'arabe. Les chrétientés syriennes et nestoriennes de l'Inde se conservèrent jusqu'à l'arrivée des Portugais , et ne furent détruites que par de longues persécutions^. Aujourd'hui encore il existe dans le Malabar, à Travancore et Gochin , une chrétienté , la même peut-être que vit Gosmas Indicopleustès au vi' siècle ^, qui a conservé dans la liturgie l'usage du syriaque ^. Nous possédons des manuscrits syriaques de cette provenance ^.
Quant à l'établissement des Nestoriens syriens en Chine, il ne saurait être désormais révoqué en doute''. M. Reinaud a le premier signalé un passage du Kitâb el-Fihrist qui donne sur ce point les détails les plus précis ^. Vers la fin du xiii* siècle ,
^ Assemani, Bibliotheca orimtalis , t. lll , 2° part. ch. ix et x. — Recueil de voyages et mémoires publiés par la Société de géographie, t. IV, p. 2 5 «t suiv,
* Adelung, Mithrid. 1. 1, p. /il is et suiv. — Balbi, Atlas ethnogi-aphique , 3* tableau.
' J. Hough, The History of christianity in India {London , 1889), t.Ijp.ôgel suiv. — Ritter, Erdkunde, V, p. 601 et suiv.
* Montfaucon, Coll. nova Patrum grœc. II, 178, 336.
^ Quatreraère, Mém. sur les Nabat. p. ilio. — Riiter, op. cit. p. 965 et suiv. ' Bibl. imp. Suppl. syr. n" 3, 12 et 72.
* Pauthier, dans la Revue de l'Orient, mai i863,p. 3o5et suiv.
' Géographie d'Aboul/éda, inlrod. p. CDi et suiv. — Conf. Assemani , » c —