LIVRE m, CHAPITRE IV
Barhebraeus parle encore d'un métropolitain de la Chine ' ; Guillaume de Rubruk^ et Marco Polo ' trouvent une foule de Nestoriens en Mongolie et dans tout l'empire chinois. Quelques faits curieux, recueillis par M. Quatremère, établissent que la langue syriaque était à cette époque une sorte de langue savante en Tartarie*; enfin Klaproth et Abel Rémusat ont supposé que l'alphabet ouïgour, dont les alphabets mongol, kalraouk et mandchou sont dérivés, venait de l'estranghelo par l'intermédiaire des Nestoriens^. M. Reinaud a montré que les Manichéens auraient autant de droits que les Nestoriens à prétendre à cet honneur : les Manichéens, en effet, eurent beaucoup d'importance dans les provinces au delà de l'Oxus, et y portèrent avec eux un alphabet au moins en partie syriaque ^. Dans cette dernière hypothèse, par conséquent, l'origine araméenne de l'alphabet en question ne serait pas moins certaine. La célèbre mscription syro-chinoise de Si-'gan-fou est, sans contredit, le plus curieux témoignage des lointaines pérégrina-
Renaudot, Anaennes relation» de* Indes et de la Chine, p. 228 et suiv. — De Guignes, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et beUes-îettres , t. XXX , p. 80a. — F. Nève, Etablissement et destruction de la première chrétienté en Chine; Louvain, i846.
' Assemani, Bibl or. t. II, p. 205, 287; t. III, a* part. p. dxxiu. M. de Sacy a décrit (iVotices et extr. t. XII , p. 277 et suiv. ) une copie d'un manuscrit syriaque de la Bible, en caractères estranghelo, trouvé en Chine. (Cf. Joum. des Sav. dot. i8a5,p.670.)
* Recueil de la société de géographie, t. IV, p. 3oi et suiv.
' Chap. cxLTi et cxlix de sa Relation. La forme syriaque du nom d'un d«j ces Nestoriens, Marsarchis (Mar Sergius), est encore reconnaissable.
* Mém, sur les Nabat. Tp. t'4h-il\5.
* Klaproth, Abhandlung ûber die Sprache und Schri/t der Uiguren; Paris, 1820. — Abel Rémusat, Recherches sur les langues tartares, t. I, p. 29 et suiv. Journal des Savants, octobre 1822, p. 597-598.
* Géogr. d'Aboulféda , introd. p. ccclm , ccclxt. — Spiegol , Grammatik der Huz^ wdreschipracJie , p. 36.
tions exécutées par les Syriens. Les objections graves qui ont rendu longtemps douteuse l'authenticité de ce document ont enfin disparu. M. Stanislas Julien avait fait remarquer^ que ie nœud de la question était dans un passage de l'écrivain chinois Min-Khieou (xf siècle de notre ère), qui, d'après des témoignages plus modernes , était censé avoir parlé de l'inscription. Il restait quelque incertitude sur cette allégation. Il n'en reste plus depuis que M. Julien a reçu de Chine l'ouvrage de Min-Khieou , oii il est bien réellement parlé de l'inscription ^. Les caractères syriaques qui se lisent sur les bords de la pierre sont, du reste, en bel estranghelo du viii' siècle. Le nom d'Olo-pen est sans doute le mot syriaque . oT^y» « docteur. » Le rapprochement tiré de l'inscription hébréo-chinoise de Khaïfong-fou militait déjà, du reste, pour le sentiment favorable au monument de Si-'gan-fou ^.
La région sémitique de l'Asie et de l'Afrique subit encore bien plus directement que la haute Asie l'influence du syriaque. L'Arabie du nord tira presque toute sa civilisation de la Ghaldée. A l'époque de l'enfance de Mahomet , les Koreischites , en démolissant la Gaaba, y trouvèrent une inscription syriaque; Mahomet lui-même sentit , à plusieurs reprises , l'importance de cette langue pour l'exécution de ses projets^. L'Yémen, comme peut-être l'Abyssinie , reçut d'abord le christianisme en syriaque. Le syriaque y fut quelque temps la langue ecclésias-
' Première édition de cet ouvrage, p. 971 .
* Pauthier, dans ia Revue de l'Orient, mai 1 86a , p. 3 1 5. M. Pauthier avait déjà donné sur le même sujet deux mémoires (De l'authenticité de Vinscript. nestoriennc de Si-^gan-fou , Paris, 1857, et l'Inscription syro-chinoise de Si-ngan-fou, Paris, i858) qui n'étaient pas encore absolument décisifs.
^ Journal of the american Oriental Society, vol. lîl, p. 4oi et suiv. (l853)i el vol. IV, p. 44/4-/145 (i854).
* Quairemère, Mm. sur Zes iVaèat. p. 1 33-1 3/1, i4o-i4l.