LIVRE III, CHAPITRE IV
tique, et l'un des caractères les plus anciens employés, au moins dans le premier de ces deux pays , fut l'estranghelo , désigné par le nom de soursi^. L'île de Socotora reçut aussi des colonies araméennes, et l'usage du syriaque s'y continua au moins jusqu'au vi" siècle^; la Nubie enfin employait l'alphabet syriaque conjointement avec l'alphabet copte et l'alphabet grec ^.
On voit quel rôle capital la langue syriaque , devenue l'instrument de la prédication chrétienne , joua dans toute l'Asie , du m* au ix* siècle environ de notre ère. Comme le grec pour l'Orient hellénique et le latin pour l'Occident, le syriaque a été, on peut le dire, la langue chrétienne et ecclésiastique du haut Orient. Le règne trop peu remarqué de cette langue comble ainsi une lacune dans la série des idiomes qui ont tour à tour représenté la famille sémitique, et servi d'instrument aux trois grandes religions nées dans son sein. De même, en effet, que l'hébreu et l'arabe ont parcouru le monde à la suite du judaïsme et de l'islamisme , on peut dire que le syriaque est arrivé à un rang distingué dans l'histoire par son union intime avec le christianisme ; mais le christianisme n'ayant jamais eu en Orient qu'une importance secondaire, et ayant cessé de très-bonne heure d'être un mouvement sémitique pour devenir une institution grecque et latine, la langue syriaque a eu des destinées moins brillantes que ses deux sœurs , et n'a gardé le rôle de langue sacrée que dans de très-petites Eg^ses,
* Mém. de VAcad. de* intcript. et beUes-lettre» , t. L, p. a66, aSlt etsuiv. (Mém. de M. de Sacy.) — Wallon, Proleg. ad Bibl. Polygl. p. 99. Voir cependant LudoIT, Hitt, œtA. t. IV, c. I, n'a3.
* Mém. de VAcad. des intcript. t. L, p. 266. — Reinaud, Géogr. d'AhoulJéda, inir. p. cccLxxiii. — Assem. Bihl. orient, t. III, 2* part. p. dchi.
' Voir le passage du Kitàb el-Fihrist cité par M. de Sacy. {Mém. dt l'Aead. de» itucripL et bellet-letlret , t. L, p. a 55.)
tandis que l'hébreu et l'arabe servent d'organes à de vastes sociétés religieuses répandues dans le monde entier.
S II
Une action bien plus féconde que toutes celles dont nous venons de parler fut l'influence que la langue grecque exerça sur les langues sémitiques, et en particulier sur les langues araméennes, dans l'intervalle qui s'écoula entre la fondation de la monarchie séleucide et l'invasion musulmane. Durant près de dix siècles, le génie sémitique souffrit là une sorte d'éclipsé et abdiqua son individualité, pour subir l'ascendant de la Grèce , jusqu'au moment oii, par l'islamisme, il reprend sa revanche, et s'isole plus que jamais de toute influence indoeuropéenne. A l'exception de la littérature arabe, toutes les littératures de l'Asie occidentale , syriaque , arménienne , géorgienne, éthiopienne, copte, portent l'empreinte de l'influence grecque, devenue inséparable de la religion chrétienne. L'idée même du travail intellectuel et de l'écriture ne vint à plusieurs des peuples de l'Orient que par leur contact avec l'hellénisme chrétien. Une religion porte une langue avec elle; l'écriture est d'ailleurs, chez les Orientaux, une institution religieuse, et Ludolf a observé avec justesse que l'initiation d'un peuple barbare à une foi nouvelle est d'ordinaire suivie de l'introduction de l'alphabet ou d'un changement dans le caractère national ^ De là ce fait remarquable, que le plus ancien monument de presque toutes les littératures chrétiennes de l'Asie est une version de la Bible , révérée presque à l'égal du texte sacré.
Dès l'époque des Séleucides, la Grèce prit possession de la
' llisl. (clh. 1. IV, c. I , init.