LIVRE III, CHAPITRE IV
Svrio en deçà de i'Euphrale, et y réduisit la langue syriaque à un rang secondaire'. Les campagnes, les faubourgs de villes, et quelques localités plus rapprochées de l'Euphrate ou moins atteintes par l'influence grecque, telles que Damas, Palmyre, Bérée, conservèrent seuls le dialecte araméen ou l'usage simultané des deux langues 2. Sous la domination romaine et byzantine, l'hellénisme pénétra de plus en plus la région de rOronte et du littoral. Antioche, Béryte eurent des écoles grecques rivales des plus célèbres de l'empire. La littérature grecque et l'Eglise grecque reçurent de la Syrie leurs plus illustres représentants. Cependant la langue syriaque ne disparut entièrement de ces contrées que dans les siècles qui suivirent la conquête musulmane.
La Phénicie, la Palestine, l'île de Chypre ne furent pas aussi complètement envahies par l'hellénisme. Jusqu'au temps des Antonins, on continua à frapper des monnaies avec des légendes phéniciennes. Dans la Palestine et l'île de Chypre, le syriaque resta, jusqu'en plein moyen âge, la langue d'une partie de la population; plusieurs écrivains syriaques sont même nés dans ces deux pays'. Le judaïsme palestinien, d'un autre côté , opposa à l'esprit grec une résistance plus énergique que le judaïsme alexandrin. Toutes les tentatives des Séleucides, et en particulier d'Antiochus Epiphane, pour conquérir la Judée à l'hellénisme, vinrent se briser contre l'invincible ténacité des vrais Israélites. Le parti nombreux qui s'était formé
* Conf. Wenrich , De aitctorum grœc. vertionibut et commentariis tyriacis, etc. p. It el suiv. — Wichelhaus, De N. T. versione tyr. ant. p. 37 et suit. 77 et suiv. — Droysen, Geschichte des Hellenitmus, t II (Hambourg, i8i3),p. 3i, 58 et suiv. — Cramer, De ttudiis quœ veteres ad aliarum genliurn contulerint Unguas (Sundiae, i844), c. v. — Spiegel, Gramm. der Huzw. p. 10 et suiv.
* Cf. Amm. Marcell. XIV, tui, 6.
' Assemani, Bibl. orient. 1. 1, p. 171,
à Jérusalem en faveur des idées grecques^ dut céder devant la recrudescence d'esprit national représentée par la famille des Macchabées. Tandis que les Juifs d'Egypte acceptaient pleinement la langue et la culture helléniques, ceux de Palestine restèrent bien plus fidèles à l'hébraïsme; l'influence grecque ne se fit jamais sentir chez eux que d'une manière indirecte; l'idiome sémitique resta toujours leur idiome habituel. Ceci ne doit pas s'appliquer, il est vrai, à certaines villes, telles que Césarée, Scythopolis, en grande partie peuplées d'étrangers, ni aux communautés des Juifs dits hellénistes, lesquels parlaient grec, ou du moins un jargon hellénique (|nD"'jibN), et faisaient usage de la version grecque des Ecritures, malgré i'anathème des rabbins, plus sévères, de Jérusalem^; mais on ne peut supposer que, même dans ces familles moins pures, les études grecques aient été bien florissantes; les fondateurs du christianisme en particulier paraissaient y être restés tout à fait étrangers '.
La numismatique juive présente sous ce rapport le spectacle le plus instructif. On y voit l'hébreu reparaître avec toutes les victoires de la nationalité israélite et céder la place au grec toutes les fois que cette nationalité souffre quelque défaite : grecques sous les Séleucides, hébraïques sous les Asmonéens, grecques sous les princes d'Idumée , hébraïques durant la première révolte, grecques après la soumission de Jérusalem,
* II Macch. chap. m , ly, v.
* Voy. Talmud de Jérusalem, Sota, 31, a. Rabbi Levi bar Cheita s'indigno en entendant prier en hellénique à Césarée : «Eh quoi ! lui répond le chef de la jynagogue, veux-tu donc que ceux qui ne comprennent pas le chalde'en ne prient en aucune langue?» (Conf. Landau , Geist und Sprache der Hehrœer, p. 4 9 et suiv.) Sur l'acception du mot chalde'en dans le sens de hébreu, voy. ci-dessus, p. i/»5, note 3.
* Lami, Deeruditione apostolorum ; Fiorentiae, 1788, in-8*.