‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 16 sur 281 · II · texte numérisé non relu

II

L'unité et la simplicité , qui distinguent la race sémitique, se ^ retrouvent dans les langues sémitiques elles-mêmes. L'abstraction leur est inconnue ; la métaphysique , impossible. La langue étant le moule nécessaire des opérations intellectuelles d'un peuple, un idiome presque dénué de syntaxe, sans variété de construction, privé de ces conjonctions qui établissent entre les membres de la pensée des relations si délicates, peignant tous les objets par leurs qualités extérieures, devait être éminemment propre aux éloquentes inspirations des voyants et à la peinture de fugitives impressions , mais devait se refuser à toute philosophie, à toute spéculation purement intellectuelle. Imaginer un Aristote ou un Kant avec un pareil instrument est aussi impossible que de concevoir une Iliade ou un poëme comme celui de Job écrits dans nos langues métaphysiques et compliquées. Ajoutez que les langues sémitiques, surtout les plus anciennes, sont peu précises, et ne disent les choses qu'à peu près. Leurs formules n'ont pas cette exactitude qui, chez nous, ne laisse point de place à l'équivoque. Quand on cherche à traduire dans nos langues européennes, où chaque mot n'a qu'un sens, les plus anciens monuments de la poésie hébraïque, on éprouve le besoin de s'adresser des questions et de faire une foule de distinctions auxquelles l'auteur ne pensait point, mais auxquelles le mécanisme de nos idiomes nous force de songer.

Ce caractère physique et sensuel nous semble le trait dominant de la famille de langues qui fait l'objet de notre étude. Les racines en sont presque toutes empruntées à l'imitation de la nature, et laissent entrevoir, comme à travers un cristal

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