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LIVRE m, CHAPITRE IV

et encore singulièrement barbares, pour la Mésopotamie. La langue araméenne demeura toujours la langue propre du pays. Au IV* et au v* siècle, le syriaque paraît avoir été seul en usage dans les écoles publiques*; saint Epbrem, la gloire de l'Eglise syrienne à cette époque, ignorait le grec*; Eusèbe d'Emèse, son contemporain, Tapprit dans une école particulière , comme une langue savante*. Les hommes les plus instruits de la Mésopotamie n'entendaient souvent que le syriaque*; la traduction des livres, surtout des livres ecclésiastiques, était une fonction attitrée dans l'église de Syrie *.

Au ▼* siècle, les éludes grecques prirent un développement tout nouveau en Mésopotamie, grâce à l'école d'Edesse, qui était devenue l'asile des Nestoriens ®. Après la destruction de l'école nestorienne d'Edesse, en ^89, ces études passèrent aui Jacobites ou Monophysites , et ne cessèrent de produire entre leurs mains d'assez beaux résultats durant les vi', vu* et VIII* siècles. L'initiation des Arabes à la science hellénique, qui se fait surtout au u.' siècle, est en grande partie l'œuvre des Syriens.

b langae ordinaire était le grec. Les Syriens établis en Ganle, dont parle Gr^ire de Tours (VIII, 1 ; X, 36), étaient sans doate des Orientaux pariant grec.

' Wiseman , Hone syr. a* part S 5 , note. — Wichelhaus, De N. T. vers. mfr. Mit. p. 8t et suir. — Kopp, Prœ/. ad Damatcium, tiepi kpjfôp.

* Assemani, Bibliotheca onenttdi», L I, p. 89, &&, &8. La l^ende rapporte que, dans la visite que fit saint Ephrem à saint Basile, les denx saints, par un miracle, se donnèrent réciproquement, Tun la facilité de parier grec , Tantre cdie de parier syriaque.

' Ta ÉAAnvaw "eaiiexjdeU -oapi tû nrixxavTa èv r^ Èiéaij êx(^{ii)aovn «ni- Sevt^. (SocraL Hist. eeeiea. 1. II, c n.)

* Qaatremère , Mém. $wr les Nabot, p. 1 3& et suir.

* Assemani, Bibl. orient. 1. 1, prol. et p. li'jô.

* De phUosophia peripatetiea apud Syros, S a. Les faits rapporiés par Noise de Kborène, sar les écoles grecques d'Edesse antérieures au christianisme, sont sans doute antidatés. {Hist. d'Ami, l. I, c tiu et n; L U, c xxxtui.)

Peu à peu, cependant, la connaissance de la langue grecque allait en déclinant chez ces derniers; à partir du xi* siècle, on ne trouve plus que quelques individus isolés qui la possèdent. Quant aux Arabes, j'ai essayé de prouver que jamais les études grecques n'ont été cultivées parmi eux, que presque toutes les traductions d'auteurs grecs en arabe ont été faites du syriaque , ou du moins par des Syriens, et qu'il n'y aurait pas beaucoup d'exagération à affirmer qu'à aucune époque aucun savant musulman n'a su le grec^

Indépendamment des Syriens chrétiens, quelques villes d'Orient conservèrent jusqu'en plein moyen âge la tradition de la science et de la langue grecques. Telle fut en particulier la ville de Carrhes (Harran), où l'hellénisme continua de fleurir jusqu'au \if siècle, au milieu d'une population qui n'était ni chrétienne , ni musulmane. Les nombreux médecins, astronomes, mathématiciens, philosophes, traducteurs d'ouvrages grecs en syriaque et en arabe que produit la ville de Harran vers le x* siècle, et entre lesquels il suffit de nommer Albaténi , Thabet ben-Korrah , Senan ben-Thabet , Thabet ben- Senan, attestent la présence dans cette ville d'une école active, restée fidèle aux études grecques, et à laquelle appartient sans doute, dans la fondation de la science et de la philosophie arabes , une part presque aussi considérable qu'aux Syriens jacobites et nestoriens ^.

L'importance que prit la langue grecque en Syrie, soit comme langue vulgaire, soit comme langue savante , eut pour effet d'introduire un très-grand nombre de mots grecs dans la langue syriaque. L'emploi de mots grecs est surtout sensible chez les écrivains monophysites , qui poussent l'affectation de

• De philot. perip. apudSyros, S 8.

* Chwolsohn, Die Ssabier und der Ssahismus, t. I, 1. I, ch. xu.

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