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LIVRE III, CHAPITRE IV

l'hellénisme jusqu'à la pédanterie. C'est sans doute à eux qu'il faut faire remonter l'usage bizarre de marquer dans l'écriture syriaque le son des voyelles par les lettres grecques A, E, H, O, T ainsi figurées : y, '^, =, ^, «►, pour a, e, i, o, ou. Michaëlis pense que cette notation fut déjà employée dans la version philoxénienne , ou de Xenaias de Mabug , au vi' siècle ^ ; cependant on en attribue d'ordinaire l'invention à Théophile d'Edesse, au viii* siècle, et l'on suppose que ce fut pour rendre plus exactement les noms propres dans sa traduction syriaque d'Homère qu'il eut recours à un tel expédient. Quoi qu'il en soit, Assemani assure n'avoir trouvé ce système employé dans aucun manuscrit antérieur à l'an 861^.

L'Arabie elle-même, si fermée dans l'antiquité comme de / nos jours aux influences du dehors, subit, à un degré plus '; profond qu'on ne serait d'abord tenté de le supposer, l'action de la langue et de la civilisation helléniques. Le grec était la langue commerciale de toute la côte de la mer Rouge; à l'époque des Lagides et des Romains, toute cette côte se couvrit de comptoirs et de colonies grecques : Socotora devint presque une île grecque^. Plusieurs mots grecs s'introduisirent dans | l'arabe à une époque reculée; ainsi ^j^^z-erup-yos. D'autres y pénétrèrent par le persan à l'époque des Sassanides, ainsi 1 les noms de monnaies : jViji (^Snvâpiov) , (j*Ji (oêoX($?), J^à V {SpoLyjiiiY' M. Letronne a démontré, par de curieux monuments épigraphiques, l'importance que la langue grecque avait prise en Nubie et en Abyssinie dans les premiers siècles de

' Michaëlis, Gramm. tyr. S 7.

* Assemani, Bihl. orient, t. I, p. 6A, 5ai ; t. Ill, a* part. p. cccixxnii.

' Droysen, Getchichte des Hellenùmu», II, 6 tib, 781,746. — Reinaud, Géogr. d^Ahoulféda, introd. p. ccclxxxii.

* De Longpéricr, Etsai tur le* médailles de* roi* perse* de la dynasUe satsanide, p. 8,

notre èrc^ D'un autre côté, les Arabes de l'Auranitide et de Pétra s'étaient presque fondus dans la civilisation grecque et romaine^; plusieurs grammairiens ou personnages politiques de l'époque romaine, tels que l'empereur Philippe, le sophiste Major, le grammairien Phrynichus^ portent l'épithète à' Arabes. La dynastie des Odheyna, qui régna à Palmyre, et dont les mœurs semblent toutes grecques, est une dynastie arabe*. 11 en faut dire autant de la dynastie des Hâreth (Aretas) de Pétra, et de la dynastie d'Emèse, oij nous trouvons le nom évidemment arabe de Jamblique {^^àXçy Les rois de Ghassan étaient dans des rapports continuels avec la cour de Gonstantinople, et sans cesse opposés, par la politique byzantine, aux rois de Hira , qui dépendaient des Sassanides ^. Plusieurs tribus arabes recevaient de Gonstantinople leur phylarque et étaient dans une espèce de vasselage à l'égard de l'empire grec^. La langue grecque pénétrait, avec le christianisme, jusque dans les parties les plus inabordables de l'Arabie : Grégentius , évêque de Zhafar, écrivait en grec une polémique contre les Juifs et dressait en grec le code des lois homérites''. Mahomet fondait

' Journal des Savants, mai iSaS , et Mémoires de l'Académie des inscription» et belles-lettres, t. IX (nouvelle série), p, 128 et suiv. (Voyez ci-dessous, i. IV, CI, S 5.)

* J'ai développé ce point dans le Bulletin archéol. français de MM. de Longpérier et de W'itte, sept. i856.

^ Grœfenhan, Geschichte der klassischm Phil. im Alterthum, III, p, /i5-46, 195, 197.

* Caussin de Perceval, Essai sur l'kist. des Arabes avant l'islamisme, t. II, p. 190 et suiv. — Saint-Martin, dans la Biogr. univ. art. Odénath et Zénobie.

* Caussin, op. cit. II, p. 119 et suiv. — Journal asiatique, octobre 18A8, p. aSg, 3i8.

* Caussin, ibid. p. 3 16, etc.

' Voir ce curieux texte, publié à la suite du premier volume de la Literalurgeschichte der Araber de M. de Hammer. Un passage publié par M. Miller (Suppl. aux petits géogr. grecs, p. i/»5) prouve la présence des Grecs dans l'Yémen.

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