LIVRE IV, CHAPITRE I
est, par excellence, la vie du Sémite; toutes îes fois que la race arabe s*est renfermée dans la vie citadine, elle y a perdu ses qualités essentielles, sa fierté, sa grâce, sa sévère majesté, et ce n'est pas sans raison qu'aux yeux des Arabes le séjour au désert est le complément nécessaire de toute éducation distinguée. L'islamisme lui-même, qu'est-il autre cbose qu'une réaction du monothéisme sémitique contre la doctrine de la Trinité et de l'Incarnation , par laquelle le christianisme cherchait, en suivant des idées d'origine indo-européenne, à introduire en Dieu des relations impliquant diversité et vie ?
Les traditions arabes sur la différence des idiomes cahtanique et ismaélique, sur l'adoption de la langue arabe par Yaroh, sur la distinction des Ariha, Moutéarriba et Moiistariba, sur la priorité du syriaque relativement à la langue arabe \ répandent bien peu de lumières sur les obscurités qui enveloppent l'histoire primitive des langues de l'Arabie. Les vérités qu'on peut démêler au-dessous de ce tissu de fables et de contradictions, telles que la distinction des dialectes de l'Yémen (^^*^ ^j^) et de l'Hedjaz (iù^i^5 *^^î , arabe pury^ la prédominance que prit, vers l'époque de l'islamisme, le dialecte de l'Hedjaz; la primauté littéraire des Syriens sur les Arabes, sont de celles que la science eût découvertes , lors même qu'elle n'eût pas eu pour se fixer à cet égard le témoignage des historiens musulmans. L'absence complète de critique rend le témoignage de ceux-ci assez léger quand il s'agit d'époques reculées et
l'opinion des Arabes, n'est qu'un Arabe dégénéré. (Voir sur ce point les réflexioné ingénieuses d'Ibn Khaldoun, dans ses Prolégomènes, 1. II, ch. i-tii.)
' Caussin de Perceval, Essai sur l'hist. des Arabes avant l'islamisme, t. I, p. 7 et suiv, 5o, 56 etsuiv. — Fresnel, dans h Journal asiatii^ue , juin i838, p. 5a6 et suiv. — Ibn Kbaldoun, Prolégomènes, chapitre traduit par M. de S«cy, dans sou Anthologie grammaticale tu-abe, p. ItoS etsuiv.
de faits qui , pour être bien observés , demandent un don particulier de finesse et de pénétration.
C'est par la langue de l'Yémen que nous devons commencer l'histoire des langues de la péninsule arabe et de l'Abyssinie. Les recherches de M. Fresnel sur les idiomes de l'Arabie mér ridionale, la découverte d'un grand nombre d'inscriptions hi™ myarites, l'analogie reconnue entre l'himyarite et l'éthiopien ou ghez ont, depuis quelques années, renouvelé ces études et ajouté, on peut le dire, une nouvelle branche à la famille sémitique. La profonde différence qui sépare le dialecte himyarite de l'arabe suffirait, en effet, pour assigner une place distincte à la langue de l'Yémen : toutefois la science n'est pas assez avancée pour qu'il soit permis de créer une pareille ca-tégorie. Il suffit d'avertir ici qu'à côté des trois groupes, aramécn, chananéen et arabe, une classification rigoureuse des langues sémitiques en placerait peut-être un quatrième, le groupe méridional, qu'on appellera, si l'on veut, couschite ou sahéen, occupant les deux côtés du détroit de Bâb-el- Mandeb, et qui paraît avoir eu, depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, son individualité distincte. Seulement, ce groupe n'ayant pas dans l'histoire l'importance des trois autres, l'himyarite et l'éthiopien ne figureront longtemps encore dans le tableau des langues sémitiques que comme ayant préparé l'avènement de l'arabe , c'est-à-dire , du rameau sémitique qui se développa le dernier et arriva, en absorbant les dialectes congénères, à la domination universelle.
S IL
Tous les auteurs arabes s'accordent à dire que l'ancienne langue de l'Yémen, ou langue liimyarile, différait de l'arabe raaaddique ou de Modhar, à tel point que ceux qui parlaient